Qu’est-ce qui se passe avec Discord et la vérification de l’âge ?
Comme on le rapportait au début du mois de février 2026, Discord désirait opérer une refonte majeure de sa politique de sécurité, afin de proposer deux types d’expérience : une pour les adultes, une pour les mineurs. Il était question, à ce moment-là, de passer tous les comptes en « mode ado » dès mars 2026, tout en déployant un système de contrôle de l’âge.
L’idée, sur le papier, est louable : il s’agit d’avoir un moyen de distinguer les mineurs et les majeurs, afin que les contenus sensibles pouvant circuler sur Discord ne soient visibles que des personnes ayant atteint l’âge de la majorité. Mais c’est la mise en musique concrète de ce plan qui a provoqué un tollé immédiat dans la communauté.
Craignant pour leurs données personnelles (une peur pas illégitime, dans la mesure où l’histoire de la cybersécurité regorge d’incidents en tout genre), de nombreux utilisateurs ont alors menacé de quitter la plateforme pour filer à la concurrence. D’autres, en riposte, ont annulé leur abonnement Nitro pour attaquer Discord au portefeuille.

Face à la gronde d’individus voyant cela comme une intrusion excessive, la direction de Discord a d’abord tenté d’éteindre l’incendie, avec une foire aux questions sur X et des articles dédiés, afin de démêler le vrai du faux, et de préciser les intentions du service ainsi que des détails techniques relatifs à la sécurité des données.
Tout cela, c’était jusqu’à la mi-février 2026. Mais en fin de compte, le 24 février 2026, le cofondateur et directeur technique de la plateforme, Stanislav Vishnevskiy, s’est fendu d’un long message sur le blog officiel. Son titre ? « Réussir la vérification d’âge à l’échelle mondiale : ce que nous avons raté et ce qui change ». Il y est question d’importants ajustements, mais pas d’un renoncement.
Pourquoi ce revirement de situation ?
Dans sa prise de parole, l’entreprise justifie ces ajustements par un échec de communication qu’elle reconnaît volontiers. Le directeur technique observe que la majorité des membres a cru, à tort, qu’un scan du visage ou l’envoi d’une pièce d’identité serait obligatoire pour tout le monde. Ce n’était pas ce qui allait se produire, mais c’est ainsi que ça a été perçu.
Ce malentendu sur le cadre envisagé par Discord et la manière dont il a été compris par les internautes a par ailleurs été exacerbé par l’histoire récente : en 2025, un sous-traitant spécialisé dans le service client a connu un gros incident de sécurité. On parlait alors d’une fuite touchant 70 000 individus et concernant des documents d’identité.
Cette affaire a évidemment nourri une méfiance légitime envers la capacité réelle de Discord de proposer un mécanisme blindé, insensible aux accès non autorisés ou aux extractions d’informations. L’affaire ne se calmant pas, décision a donc été prise de freiner des quatre fers sur ce déploiement en mars 2026, et de repenser le système de contrôle de l’âge.

Ce qui est abandonné par Discord
Dans le message de Stanislav Vishnevskiy, deux grandes concessions sont annoncées :
- Le déploiement mondial en mars 2026 : la date butoir initiale est annulée pour la majorité des pays. Pour autant, le principe de ce projet n’est pas abandonné. « Nous repoussons notre déploiement mondial au second semestre 2026 », explique Stan. Seule exception : le calendrier demeure pour les pays ayant déjà une obligation de vérification d’âge, que Discord ne peut esquiver (notamment le Royaume-Uni, le Brésil et l’Australie).
- Le prestataire Persona : Discord a mis fin à un petit test mené en janvier 2026 outre-Manche avec cette entreprise de vérification (utilisée par Reddit et Roblox, entre autres). Le motif ? Discord exige désormais que les estimations d’âge par scan facial soient traitées exclusivement en local sur l’appareil de l’utilisateur, pour limiter les risques. Persona ne répondait pas à ce critère strict.
Ce qui est gardé par Discord et les nouveautés
Cela étant, Discord n’entend pas se détourner de son grand dessein : la société entend toujours déployer un mécanisme destiné à préserver les mineurs. Cependant, le tollé de ces dernières semaines impose de revoir et affiner la méthode.
- L’estimation automatique pour plus de 90 % des utilisateurs : la grande majorité des adultes n’aura rien à faire. Un modèle interne déduira l’âge via des signaux de compte (ancienneté, moyens de paiement enregistrés, types de serveurs fréquentés). Discord assure que ce système ne lit pas les messages et n’analyse pas le contenu publié.
- Une vérification manuelle pour une minorité (<10 %) : seuls les utilisateurs non identifiés automatiquement et souhaitant accéder à des contenus restreints devront se vérifier. En cas de refus, ils conserveront l’accès à leur compte, leurs amis, leurs messages privés et leurs salons vocaux normaux. Les contenus restreints, quant à eux, resteront hors de vue.
- L’ajout de nouvelles méthodes de vérification : pour offrir plus de choix, et éviter de futures controverses, Discord développe actuellement de nouvelles méthodes, comme la vérification par carte bancaire. « Nous proposerons plusieurs options de vérification afin que les utilisateurs puissent choisir celle qui leur convient le mieux », dit Stan. Celle avec laquelle ils sont le plus à l’aise, en somme.
- L’identité reste dissociée du compte : que ce soit via une pièce d’identité (supprimée après vérification) ou un scan facial (traité sur l’appareil), Discord et ses partenaires de vérification assurent qu’ils ne recevront qu’une seule information : la tranche d’âge de l’utilisateur. « Afin de maintenir une séparation entre Discord et vos informations personnelles, nous travaillons en partenariat avec des fournisseurs tiers qui se chargent de la vérification et ne transmettent que votre tranche d’âge », indique Stan. Cela marche aussi dans l’autre sens, selon la logique du double anonymat.
- La création de salons « Spoiler » : c’est la grande nouveauté. Constatant que beaucoup restreignaient l’âge de leur serveur uniquement pour parler de politique, de sujets lourds ou de séries, Discord va créer un type de salon dédié. Cela évitera de devoir bloquer tout un serveur aux mineurs pour ces sujets spécifiques, et plus « matures » parfois.
- Le maintien du calendrier pour certains pays : Le Royaume-Uni, l’Australie (où le système est déjà en place) et bientôt le Brésil restent soumis à cette vérification dès maintenant via des partenaires afin de se conformer aux législations locales déjà en vigueur.
Quelle est la nouvelle date pour la vérification d’âge sur Discord ?
Pour le reste du monde (y compris la France), le déploiement est repoussé au second semestre 2026.
D’ici là, Discord promet de fournir des éléments techniques détaillés sur le fonctionnement de son système avant le lancement global de la vérification de l’âge, y compris les catégories de signaux analysés et les contraintes liées à la vie privée. Par ailleurs, des statistiques sur le sujet seront incluses dans les rapports de transparence (combien de personnes ont dû se vérifier, les méthodes utilisées, etc.).
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