Alors que l’orbite terrestre est chaque jour un peu plus un lieu de pouvoir et de rivalités, l’armée américaine explore la possibilité d’une explosion nucléaire dans l’espace. Un événement militaire qui aurait des conséquences dramatiques sur le long terme.

C’était une des lubies de Donald Trump durant son premier mandat à la tête des États-Unis. Le président américain souhaitait le retour de l’US Space Command, une structure militaire responsable des opérations dans l’espace qui avait été fusionné avec d’autres instances précédemment.

Active depuis 2019, cette division de l’armée a entamé un nouveau genre de simulation, révèle Ars Technica : une explosion nucléaire dans l’espace. Concrètement, il s’agit de « wargames », des mises en scène de scénarios de guerre, auxquelles ont été conviées plusieurs entreprises privées.

Un scénario inspiré d’une histoire vraie ?

L’idée est de savoir ce qu’il se produirait en cas d’explosion nucléaire dans l’espace. Une soixantaine d’entreprises américaines, mais aussi des sociétés venant de Nouvelle-Zélande, d’Australie, du Royaume-Uni et du Canada, se sont donc penchées sur les possibles conséquences d’une telle détonation, et de déterminer ce qu’il conviendrait de faire pour ne pas trop en souffrir.

Il faut dire que la menace est prise au sérieux par les États-Unis. En 2024, pendant le mandat de Joe Biden, des rumeurs faisaient état de la possibilité d’une arme nucléaire russe placée dans l’espace. Une situation qui viendrait enfreindre le traité de l’espace, et qui constituerait une menace grave, à la fois les populations au sol et les satellites en orbite.

Les débris du satellite visé par la Russie. // Source : Via Twitter @sling_shot_aero, capture d'écran
Les débris d’un satellite détruit volontairement par la Russie. // Source : Via X @sling_shot_aero, capture d’écran

À l’époque, le scénario redouté était que la Russie s’en serve pour détruire de nombreux satellites en orbite terrestre basse, pour perturber largement les communications adverses. Problème : une telle opération viendrait aussi affecter les liaisons satellites de Moscou, de pays alliés ainsi que des pays neutres, qui n’ont rien à voir avec un hypothétique conflit.

Depuis, rien de tel ne s’est produit. Cependant, que se passerait-il si cela advenait quand même ? Que l’explosion soit préméditée ou accidentelle, l’armée américaine tient quand même à anticiper les conséquences que cela entraînerait, afin d’être prête.

Des dégâts majeurs

D’après les simulations, une détonation nucléaire dans l’orbite basse pourrait endommager ou détruire plusieurs milliers de satellites, ce qui inclut les systèmes de communication, de surveillance, ainsi que bon nombre d’engins militaires. Pire : les débris générés rendraient l’orbite inutilisable pour plusieurs années.

Mais le danger principal est surtout invisible : dans le vide spatial, pas de souffle ni d’onde de choc. À la place, une impulsion électromagnétique qui grillerait instantanément l’électronique des constellations en vue. En outre, la détonation créerait une ceinture de radiations artificielle et permanente autour de la Terre.

Terre globe atmosphère
L’orbite terrestre pourrait devenir impraticable dans un tel scénario. // Source : NASA Johnson

Un enfer radioactif qui rongerait les satellites survivants en quelques mois, comme l’avait prouvé l’essai réel américain Starfish Prime en 1962.

L’enjeu des exercices menés avec les entreprises privées est donc de voir comment ces acteurs pourraient aider l’armée dans cette situation. L’espoir est qu’elle puisse alors fournir de quoi lancer de nouveaux satellites, ou même des infrastructures pour en produire plus rapidement, mais aussi des moyens pour rétablir la communication et l’imagerie spatiale.

Intégrer le privé aux besoins militaires

Derrière ce partenariat, l’armée teste un concept clé. Être capable de configurer et de lancer un satellite de secours en un temps très réduit pour remplacer les pertes. Le Pentagone pousse aussi les industriels à durcir les technologies civiles comme Starlink, aujourd’hui beaucoup trop vulnérables. En clair, les blinder contre les radiations.

Ce type de relais entre pouvoir militaire et entreprises privées a déjà fait l’objet d’une mise en pratique. Lors du début de la guerre en Ukraine, la constellation Starlink de SpaceX fut nécessaire pour assurer la communication sur le champ de bataille. Ce type d’événements a poussé le Pentagone à réaffirmer les liens avec ces entreprises, tout particulièrement dans l’hypothèse où une crise surviendrait.

Après ce wargame intitulé Apollo Insight, l’US Space Command compte explorer d’autres scénarios du même type autour des manœuvres orbitales en temps de crise et des missiles de défense.

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