Facebook est dans la tourmente et vivement critiqué pour avoir donné des informations à la police ayant amené à l’arrestation d’une jeune femme qui a avorté. Les appels au boycott du réseau social sont arrivés en top tendance sur Twitter.

« Toutes les femmes devraient #SupprimerFacebook immédiatement ». Le message a été posté sur Twitter le 10 août 2022 par l’activiste féministe américaine Olivia Julianna. L’appel n’a pas été lancé par hasard : le même jour, des journaux révélaient que Facebook a fourni à la police les conversations privées de l’une de ses utilisatrices mineures, qui avaient ensuite été utilisées contre elle pour l’arrêter. Son crime ? Avoir avorté aux États-Unis.

Depuis que la Cour suprême des États-Unis a décidé de ne plus protéger le droit à l’avortement au niveau fédéral, les femmes souhaitant avoir recours à une IVG courent de plus en plus de risques si elles veulent le faire dans un État fédéré qui n’autorise plus cette démarche médicale. Leurs données peuvent être traquées, même lorsqu’elles utilisent des apps de suivi de règles supposément sécurisées, et ces informations sont susceptibles d’être utilisées contre elles.

L’histoire de cette jeune fille mineure poursuivie à cause de ses messages privés est la preuve parfaite que les autorités les plus conservatrices du pays n’hésiteront pas à demander des informations à Facebook et aux réseaux sociaux dans le seul but de poursuivre des femmes ayant avorté.

Facebook dans la tourmente, encore

L’appel d’Olivia Julianna a été largement repris sur Twitter, tant et si bien que le hashtag #DeleteFacebook faisait partie des sujets les plus discutés sur le réseau social dans la journée du 10 août.

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Le hashtag #DeleteFacebook s’est retrouvé dans les tendances Twitter // Source : Capture d’écran Numerama

Il convient de rappeler que Facebook n’avait pas forcément d’autres options que d’obtempérer : les services de police avaient un mandat de perquisition signé par un juge. Le réseau social était obligé de fournir ce qui était demandé (bien qu’il aurait peut-être pu limiter la quantité de données fournies aux policiers). Mais ce qui est réclamé par les internautes n’est au final pas tant de désobéir aux ordres d’un juge, mais de protéger leurs données : le réseau social n’active toujours pas le chiffrement de bout en bout par défaut sur son service de messagerie, une protection qui aurait probablement permis à la jeune fille de ne pas être exposée de la sorte.

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Les appels au boycott de Facebook sont très populaires, mais leur portée reste limitée. // Source : Canva

Ce n’est pas la première fois que le hashtag #DeleteFacebook se retrouve dans les tendances. En février 2022, le message était largement partagé à la suite de l’annonce des résultats de Facebook, qui avait déclaré pour la première fois de son histoire avoir perdu des utilisateurs. En avril 2018, c’était suite au scandale de Cambridge Analytica, une entreprise qui avait volé les données de millions d’utilisateurs, que #DeleteFacebook s’était retrouvé dans les tendances — et Steve Wozniak, le co-fondateur d’Apple, y avait même participé. À chaque fois, les utilisateurs mécontents demandaient plus de protection et de contrôle sur leurs données.

Les appels au boycott ont-ils fait effet ? Difficile de savoir si l’émergence sur Twitter du hashtag #DeleteFacebook et le mouvement de défiance à son égard auront un vrai effet sur la fréquentation du site. On peut raisonnablement en douter, au regard des précédentes tentatives — en fait, si le site est délaissé c’est peut-être moins par ces actions d’éclat que par un désintérêt général.

Le fait est que de plus en plus d’utilisateurs en ont marre de Facebook : une étude du Pew Research Centre publié le 10 août montre l’exode des plus jeunes. Alors que 71 % des ados américains déclaraient utiliser Facebook entre 2014 et 2015, en 2022, ils ne sont plus de 32 %. Il y a une vraie bascule générationnelle qui est en train de s’opérer.