De nombreux indices semblent indiquer un mouvement accéléré des pôles magnétiques de notre planète. Mais une inversion des pôles est-elle à l’ordre du jour sur Terre, dans un futur proche ? Cela reste extrêmement peu probable, selon une nouvelle étude.

Les pôles magnétiques nord et sud de la planète Terre vont-ils bientôt s’inverser ? Dans l’histoire de la planète, le phénomène existe : la dernière inversion en date remonte à 780 000 ans. Ces fluctuations proviennent directement de l’activité changeante du noyau.

Une anomalie récente dans le champ magnétique terrestre, située dans l’Atlantique sud, attire depuis plusieurs années toute l’attention des scientifiques : le champ s’affaiblit dans cette zone, ce qui pourrait suggérer une inversion imminente d’ici quelques décennies. Une hypothèse étayée également par le déplacement du pôle Nord magnétique, dont le mouvement s’accélère.

magnetiques_poles
État des pôles magnétiques terrestres en 2014. La zone en bleu foncé correspond au lieu de l’anomalie, où le champ est bien plus faible qu’il ne devrait l’être. // Source : ESA/DTU Space

Le champ magnétique terrestre agit comme un bouclier : sa présence nous est cruciale. L’inversion pourrait provoquer une période intermédiaire assez chaotique (mais pas ingérable) pour les systèmes de communication et de navigation — les particules provenant du Soleil, notamment en cas d’éruptions, dégraderaient les satellites, par exemple. Les conséquences plus vastes sont difficiles à anticiper, notamment, car il est délicat d’étudier l’impact des inversions passées. Faut-il pour autant s’en inquiéter ?

Quand aura lieu l’inversion des pôles ? Pas dans un futur proche

Alors que les études s’interrogeant sur la potentialité de l’inversion des pôles magnétiques sont croissantes, de nouveaux travaux publiés le 6 juin 2022 s’inscrivent en faux. Les auteurs ont rassemblé des données provenant de « capsules temporelles » issues de découvertes archéologiques, c’est-à-dire des objets et résidus dont l’étude de la composition donne de précieuses informations sur l’état de la planète dans le passé.

À partir de là, ils ont cartographié l’ensemble des changements connus du champ magnétique terrestre au cours des 9 000 dernières années, et ils en concluent qu’une anomalie comme celle de l’Atlantique Sud demeure relativement récurrente.

« Sur la base des similitudes avec les anomalies recréées, nous prédisons que l’anomalie de l’Atlantique Sud disparaîtra probablement dans les 300 prochaines années et que la Terre ne se dirige pas vers une inversion de polarité », conclut Andreas Nilsson, coauteur et géologue, sur le site de l’université Lund. Cette modélisation pourra s’avérer également utile pour prédire plus en détail l’avenir du champ magnétique terrestre.

En tout cas, cette étude ne scelle pas définitivement le débat, car sur un sujet si complexe, de nouveaux travaux pourraient très bien prendre en compte de nouveaux paramètres ou les interpréter différemment. Mais la solidité de cette cartographie suggère tout de même que l’inversion des pôles est bien loin d’être une évidence à court terme pour la planète.