L’Agence spatiale européenne se retire de Luna, le programme russe pour retourner sur la Lune avec des atterrisseurs.

La guerre d’invasion de la Russie en Ukraine continue de dégrader les relations entre l’Agence spatiale européenne (ESA) et Roscosmos. Cette fois, c’est la coopération lunaire qui devient une victime indirecte du conflit en Europe, puisque les pays membres de l’ESA ont annoncé le 13 avril suspendre le partenariat avec Moscou sur les missions Luna.

« L’ESA suspend les activités conduites en coopération avec la Russie au titre des missions Luna‑25, Luna-26 et Luna-27. […] L’agression russe à l’égard de l’Ukraine et les sanctions qui en résultent constituent un changement fondamental de circonstances et mettent l’ESA dans l’impossibilité de mener à bien la coopération prévue à des fins d’exploration lunaire », acte l’agence.

Luna 25
Luna 25 // Source : Roscosmos

C’est la première fois que l’ESA règle aussi directement le dossier des missions Luna, même si on se doutait bien que la participation aux atterrisseurs lunaires de la Russie était désormais impossible. L’agence avait déjà indiqué que toutes les opérations communes avec Roscosmos étaient stoppées, hormis la gestion de la Station spatiale internationale (ISS).

Ainsi, dès la fin février, la Russie a décidé d’arrêter de faire décoller des fusées Soyouz depuis la Guyane. Puis, ce fut autour de la mission ExoMars 2022 d’être sur la sellette. Le projet d’envoyer un astromobile sur Mars est désormais en pause, alors que le rover est techniquement prêt. Il n’y a hélas plus de fusée adaptée pour effectuer le lancement à temps.

Le programme Luna va se poursuivre. La Chine en alternative ?

Le retrait, pour une durée indéterminée, de l’ESA du programme Luna devrait légèrement perturber les plans de Moscou, mais sans remettre en cause leur exécution. Luna-25 est la mission la plus exposée, compte tenu des contraintes de calendrier : Roscosmos souhaite procéder au lancement courant août 2022, après déjà plusieurs reports.

C’est Roscosmos qui assure le gros de la contribution aux missions Luna, puisque ce programme est historiquement attaché à la conquête spatiale soviétique. La toute dernière mission à date, Luna-24, remonte à 1976, il y a plus de quarante-cinq ans. À l’époque, Luna-25, une mission inhabitée, avait pour objectif de procéder à un retour d’échantillons. Ce fut un succès.

Roscosmos CNSA
La Russie et la Chine ont fortement resserré leurs liens dans le spatial. // Source : Roscosmos

Le programme Luna, qui est né à la fin des années 50, a lui connu une histoire plus mouvementée, marqué par de nombreux échecs : 29 ratés sur 44 tentatives ont été recensés (crash sur la surface lunaire, défaillance, mauvaise orbite, tir raté, etc.) Des missions étaient dupliquées, comme Luna 3, Luna 3A, Luna 3B, ce qui explique le décalage entre le nombre d’essais et la numérotation officielle.

Les missions Luna-25, 26, 27 et suivantes constituent de fait un évènement pour le programme spatial russe, car il signe le retour du pays sur le devant de la scène, parmi les nations qui comptent dans la conquête spatiale. C’est en tout cas le sentiment qui peut se retrouver en Russie. Mais l’aventurisme militaire du pays en Ukraine ternit ce tableau.

La contribution de l’ESA à Luna est en apparence mineure par rapport à tout ce que Roscosmos prend à sa charge — la construction des atterrisseurs, la mise à disposition des bases de lancement, l’emploi de fusées russes. Mais l’apport européen n’est pas négligeable, que ce soit les instruments scientifiques ou les outils de navigation.

Après Luna-25 en 2022, Luna-26 et Luna-27 sont prévus en 2024 et 2025. Ces échéances plus lointaines devraient permettre à Roscosmos de stabiliser toute perturbation causée par la séparation avec l’Agence spatiale européenne. Et peut-être trouver une solution de repli du côté de la Chine : les deux pays ont tissé des liens très forts pour travailler ensemble sur la Lune.