En France, la nouvelle génération des réacteurs nucléaires s’appelle EPR, dont Flamanville accueille la tête de série. Mais il existe aussi le projet dit d’EPR 2. Il s’agit d’une évolution de l’EPR censée être plus facile à construire, à entretenir et à opérer, mais aussi moins cher.

Il y aura bien de nouveaux réacteurs nucléaires qui seront construits en France. À l’occasion d’une prise de parole le 10 février 2022, Emmanuel Macron a fait savoir que six nouveaux réacteurs nucléaires verront le jour, et possiblement huit de plus à plus long terme. Ces nouvelles installations appartiendront à la génération dite « EPR », mais dans un format évolué : « EPR 2 ».

On savait déjà depuis quelques mois les intentions du chef de l’État en la matière. En novembre 2021, au détour d’une allocution, l’intéressé avait tracé la perspective de relancer la filière nucléaire en France, après des années sans nouveau chantier. Le président de la République n’avait pas pris la parole au hasard : au même moment se tenait la Cop 26 sur le climat.

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Une centrale nucléaire (image d’illustration). // Source : Pixabay

« Si nous voulons notre énergie à des prix raisonnables, il faut économiser notre énergie et investir sur l’énergie décarbonée sur notre sol », avait-il justifié alors. Il ajoutait que la consolidation de l’industrie nucléaire dans l’Hexagone assurerait aussi « l’indépendance énergétique de la France » et à soutenir la politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Mais si la construction de réacteurs nucléaires va être relancée en France, après une très longue interruption (le seul chantier en cours a démarré en 2007 avec la tranche 3 de la centrale nucléaire de Flamanville, dans le département de La Manche, et celui-ci n’est toujours pas achevé), il n’était alors pas encore question d’EPR 2. Du moins, pas de façon aussi évidente.

L’EPR 2, un réacteur nucléaire EPR « optimisé »

Un EPR désigne un réacteur de troisième génération, dont la conception démarre à partir des années 90, avec pour objectif de succéder aux technologies passées (eau légère, gaz-eau lourde, graphite-gaz, neutrons rapides) ou actuelles (en France, ce sont des réacteurs à eau pressurisée qui sont utilisés, et ceux-ci appartiennent à la 2e génération).

En France, il y a actuellement 56 réacteurs nucléaires répartis dans 18 centrales sur le territoire métropolitain. L’ensemble du parc a été mis en service à partir de 1979 (les chantiers les plus anciens remontant à 1972) et est à l’origine de la majorité de l’électricité du pays — aux alentours de 70 %. Le raccordement le plus récent au réseau est la centrale de Civeaux, en 1999.

L’EPR est un acronyme pour European Pressurized water Reactor, soit réacteur à eau pressurisée européen. Il y a aujourd’hui un seul EPR en construction en France, la tranche 3 de Flamanville. Mais on en trouve d’autres dans le monde : en Chine (Taishan), en Finlande (Olkiluoto) et au Royaume-Uni (Hinkley Point). Les tranches chinoises sont les seules en service.

Pour réduire notre consommation d’énergies fossiles, il nous faut produire davantage d’électricité. En développant les énergies renouvelables et en misant sur le nucléaire.

Emmanuel Macron

Pour qui suit de près l’actualité de l’industrie nucléaire, il est de notoriété publique que le chantier de Flamanville s’est embourbé — c’est le problème des têtes de série. Initialement, le projet devait être bouclé pour 2012. Après des retards successifs, sa mise en route est espérée pour le premier trimestre 2023, mais la filière n’est pas à l’abri d’une énième mauvaise surprise.

Les coûts se sont par ailleurs envolés : l’estimation à l’époque chiffrait un chantier à 3 milliards d’euros. Aujourd’hui, EDF table sur 12,7 milliards d’euros — quatre fois plus. Et du côté de la Cour des comptes, le tableau est encore plus sombre : le coût global, en incluant d’autres dépenses périphériques, mais indispensables, atteindrait 19 milliards, selon une évaluation de juillet 2020.

C’est dans ce contexte qu’émerge l’EPR2, aussi surnommé EPR NM (pour Nouveau Modèle). L’EPR2, explique la Cour des comptes dans un autre rapport, vise en fait à proposer une évolution de l’EPR qui serait « plus simple et moins cher à construire », alors que le chantier à Flamanville était décrit comme un « échec opérationnel, des dérives de coûts et de délais considérables ».

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Le chantier de Flamanville en 2010 pour le nouvel EPR. // Source : Wikimédias/schoella

Le modèle d’EPR 2 est travaillé depuis le milieu des années 2010 par EDF et Areva (devenu Orano) et il était déjà bien identifié dans l’industrie — moins par le public. Il vise aussi à intégrer les retours d’expérience de Flamanville, mais aussi de l’accident de la centrale de Fukushima-Daiichi au Japon, en 2011, afin d’améliorer la sécurité générale, l’exploitation et l’entretien des installations.

En 2019, la nouvelle configuration a reçu un avis favorable de l’Agence de sûreté nucléaire (ASN). « Les objectifs généraux de sûreté, le référentiel de sûreté et les principales options de conception [pour l’EPR 2] sont globalement satisfaisants », a commenté l’autorité administrative indépendante. « Il répond aux objectifs généraux de sûreté des réacteurs de troisième génération. »

De son côté, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), qui est expert sur la question des risques radiologiques et nucléaires, indiquait en 2019 « que les choix de conception retenus par EDF sont de nature à garantir un niveau de sûreté pour l’EPR NM au moins équivalent à celui de l’EPR de Flamanville », lui-même jugé plus sûr que les générations précédentes.

Un chantier qui engage jusqu’au 22e siècle

Ces EPR optimisés seront-ils installés dans des emprises déjà existantes, comme ce qui est fait avec la tranche 3 de Flamanville, ou faudra-t-il sortir de terre de toutes nouvelles centrales nucléaires ? La question n’est manifestement pas encore tranchée à ce jour. Le sujet générera en tout cas des débats importants dans les localités qui seront concernés, mais aussi pour les éventuels pays frontaliers.

Au-delà de la question des sites d’implantation de ces EPR2, qu’il faudra trancher, la décision prise par le président de la République est considérable, sur les plans énergétique, industriel, scientifique, stratégique et financier : le coût de construction de trois paires d’EPR2 est estimé à 46 milliards d’euros, selon la Cour des comptes. C’est aussi un engagement pour le futur.

La Cour des comptes anticipe qu’il faudra entre 12 et 15 ans pour lancer le chantier, construire et mettre en service un EPR2, si aucun retard ne survient. Cela signifie qu’une décision prise en 2023 entrainerait une mise en service entre 2035 et 2038, dans le meilleur des cas. Et si on table sur une durée estimée de fonctionnement de 60 ans (en excluant la question du démantèlement), alors les décisions prises aujourd’hui auront des répercussions jusqu’au 22e siècle.