La station spatiale envisagée par Blue Origin, la société de Jeff Bezos, s'appelle Orbital Reef. Elle n'est qu'au stade de projet.

Après avoir emmené William Shatner dans sa fusée et y être allé lui-même, Jeff Bezos veut faire de l’espace son domaine, en y installant son entreprise de manière plus permanente.

Le fondateur d’Amazon n’a jamais caché ses ambitions touristiques pour sa société spatiale Blue Origin, et donc sa volonté de développer un « business spatial ». La dernière annonce en est symptomatique : dans un communiqué publié le 25 octobre 2021, Blue Origin envisage dorénavant une station spatiale, baptisée Orbital Reef.

Le projet se fait en partenariat avec les entreprises Sierra Space, Boeing, Redwire Space ou encore Genesis Engineering Solutions, ainsi qu’avec l’ASU — l’université de l’Arizona.

Business is business, même dans l’espace

« Conçu pour ouvrir de multiples nouveaux marchés dans l’espace, Orbital Reef offrira à quiconque la possibilité d’établir sa propre adresse en orbite », explique le communiqué de Blue Origin. La société de Jeff Bezos présente la station spatiale comme une cité des affaires, un peu à l’image de Manhattan, ou de la City de Londres. Il serait donc possible, pour des entreprises, de louer des sortes de bureaux au sein de la station, avec des espaces de travail, de restauration, mais aussi d’habitation.

Orbital Reef est décrite par Blue Origin comme la potentielle «  première destination commerciale en orbite terrestre basse ». Elle se destinera à fournir «  l’infrastructure essentielle nécessaire pour développer l’activité économique et ouvrir de nouveaux marchés dans l’espace ». Une sorte de gigantesque espace de coworking, donc.

Modélisations d’Orbital Reef fournies par l’entreprise. // Source : Blue Origin

Mais à quels publics s’adresserait au juste cette station exclusivement commerciale ? « Les agences spatiales expérimentées, les consortiums de haute technologie, les nations souveraines sans programme spatial, les entreprises de médias et de voyages, les entrepreneurs financés et les inventeurs sponsorisés, ainsi que les investisseurs tournés vers l’avenir ont tous leur place sur Orbital Reef », répond le communiqué.

Orbital Reef entrerait en orbite à la fin des années 2020

«  Pendant plus de soixante ans, la NASA et d’autres agences spatiales ont développé les vols spatiaux orbitaux et l’habitation spatiale, nous préparant ainsi à l’essor des activités commerciales au cours de cette décennie », affirme Brent Sherwood, l’un des porte-paroles de Blue Origin. Comme l’indique cette déclaration, la mise en service est prévue pour la fin des années 2020.

Le communiqué insiste à plusieurs reprises : la station Orbital Reef est destinée, avant tout, aux entreprises qui souhaiteraient mobiliser ce lieu pour des activités commerciales. Il y a là un changement de paradigme pour le spatial.

Il faut être clair : le domaine spatial n’a jamais été « neutre ». Ce n’est pas pour rien que l’expression « conquête spatiale » s’est imposée dans la deuxième partie du 20e siècle, puisqu’elle était et est toujours un investissement politique, économique pour les puissances nationales. Il y a toutefois, en toile de fond, une odyssée scientifique, technologique. La Station spatiale internationale est un formidable laboratoire de recherche, pour l’avenir de l’exploration spatiale, mais aussi (voire surtout) pour des enjeux et découvertes terrestres.

L’arrivée des entreprises privées et de riches magnats dans le domaine spatial, un phénomène baptisé New Space, pose de nouveaux questionnements. Une station spatiale installée en orbite basse à des fins exclusivement commerciales nécessitera une législation éthique. Or, le droit spatial a encore pas mal de lacunes, car il n’est plus forcément adapté à la dimension commerciale des nouveaux projets.

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