Le paludisme (ou malaria) tue 400 000 personnes chaque année, essentiellement des enfants de moins de 5 ans. Un nouveau protocole, qui combine le tout premier vaccin et des antipaludiques de façon saisonnière, semble efficace pour sauver des vies.

La malaria — ou « paludisme » — représente un défi sanitaire et humain en Afrique, avec une forte prévalence dans le Sahel, mais aussi dans d’autres régions humides du monde. Transmise par piqûre de moustique, elle est provoquée par l’envahissement des globules rouges par un parasite de type Plasmodium. Cela peut donner lieu à des états sévères, allant jusqu’à entraîner la mort. «  C’est la première endémie parasitaire mondiale », rappelle l’Institut Pasteur, une endémie étant une maladie ancrée dans un territoire donné. Le dernier rapport sur le paludisme dans le monde de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publié en 2020, comptait 229 millions de cas de paludisme et environ 409 000 décès dus au paludisme sur l’année 2019. La malaria tue tout particulièrement des enfants de moins de 5 ans.

Une publication, datant de ce 25 août 2021, dans The New England Journal of Medecine, vient apporter un peu d’espoir sur le contrôle de cette maladie. Lors d’un essai clinique randomisé, cette étude établit que combiner le tout premier vaccin anti-malaria avec des médicaments anti-malaria, et de le faire avec une dose de rappel avant la saison pluvieuse (car c’est une maladie saisonnière), « peut substantiellement réduire les cas de malaria posant des risques mortels dans le Sahel. »

Le protocole de combinaison est le plus efficace

L’essai clinique se base sur le tout premier vaccin à avoir été établi contre cette maladie : RTS,S/AS01E, distribué sous le nom de marque Mosquirix. Un premier avis favorable avait été remis par l’Agence européenne des médicaments, en 2015, à la suite d’un essai clinique de phase 3 tout à fait concluant et aux résultats publiés dans The Lancet.

Le nouvel essai clinique aux résultats publiés ce mois d’août 2021 a été mené auprès de 6 000 enfants, âgés de 5 à 17 mois, résidants au Burkina Faso et au Mali. L’étude court sur trois ans, puisque la saisonnalité de la maladie a un impact pour l’évaluation de l’efficacité de cette stratégie. Il y avait trois groupes :

  • l’un recevant les antipaludiques habituels ;
  • l’autre recevant le vaccin exclusivement ;
  • le dernier recevant la combinaison des deux.
Le vaccin est efficace à 70 % contre les formes sévères, mortelles, de la maladie du paludisme. // Source : OMS

Le résultat est une réussite, en particulier pour le « bras » combinaison : dans la population étudiée, la combinaison du vaccin et des antipaludiques de manière saisonnière, avant les pluies, a permis de réduire les formes sévères, et donc les épisodes cliniques, les hospitalisations et les décès, de 70 % par rapport à la prise exclusive des médicaments antipaludiques — l’approche qui est actuellement généralisée au Mali et au Burkina Faso. Dans le détail des chiffres : les cas d’infection étaient réduits de 63 %, les hospitalisations de 71 %, et les décès de 73 %.

« Les résultats sont très frappants »

Sur le site de la London School of Hygiene and Medical Medecine, qui a piloté l’étude,  Brian Greenwood — l’un des chercheurs participant à ces travaux — explique que de nouveaux protocoles doivent être mis en place urgemment dans des zones du Sahel où l’incidence de cette maladie ne baisse plus. Ce premier vaccin établi et validé répond à cette urgence, et avec une efficacité plus élevée que ce qui était anticipé : les premiers essais cliniques montraient une efficacité de 50 % sur un an de vaccination, là où celui-ci montre qu’avec une dose de rappel saisonnière, l’efficacité dans le groupe monte à 70 %.

« Nous avons cherché à savoir si le vaccin RTS,S/AS01E pouvait être plus efficace dans les zones de transmission saisonnière en administrant aux enfants trois doses du vaccin avant la saison de transmission du paludisme, puis une dose de rappel avant la saison des pluies au cours des années suivantes. Les résultats sont très frappants et pourraient ouvrir la voie à une nouvelle approche potentielle de la lutte contre le paludisme. »

Les enfants qui ont participé à l’étude vont continuer à recevoir ce protocole médical, jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de 5 ans (car les décès surviennent essentiellement chez les enfants de moins de 5 ans). Cette extension donnera lieu, d’ici environ 2 ans, à une publication complémentaire pour évaluer les résultats sur un temps encore plus long. Par ailleurs, à partir de cette réussite dans le cadre d’un essai, il va maintenant falloir trouver un protocole pour implanter cette stratégie « sur le terrain », ce qui pose davantage de complications que dans le cadre d’une étude scientifique.

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