Une nouvelle étude se penche sur l'épaisseur de la banquise en Arctique. Cette glace de mer serait en train de s'amincir bien plus vite qu'on le soupçonnait, d'après leurs estimations. Cette glace est pourtant censée jouer un rôle important de « couverture isolante ».

La banquise de l’Arctique serait en train de s’affiner encore plus vite qu’on le pensait. Une équipe de scientifiques de l’University College de Londres (UCL) estime dans la revue The Cryosphere le 4 juin 2021 que la glace de mer pourrait être en train de s’amincir jusqu’à deux fois plus vite que prévu, comme le relève l’AFP. « L’épaisseur moyenne de la glace de mer est un indicateur sensible du changement climatique arctique et est en déclin à long terme malgré une variabilité interannuelle importante », soulignent les auteurs du document.

Pour déduire l’épaisseur de la banquise (c’est-à-dire la couche de glace formée à la surface de l’eau, à ne pas confondre avec la glace continentale), on peut mesurer la hauteur de la glace au-dessus de l’eau. Néanmoins, relève l’UCL dans son communiqué présentant l’étude, cette mesure peut être faussée si de la neige pèse sur la banquise. Pour ajuster la mesure, une carte de l’épaisseur de la neige dans l’Arctique est généralement utilisée, mais celle-ci a été mise à jour pour la dernière fois il y a 20 ans, explique l’UCL.

Ours polaire. // Source : Flickr/CC/Christopher Michel (photo recadrée)

Les auteurs de la nouvelle étude ont choisi de ne pas utiliser une telle carte, mais se servent d’un modèle informatique qui estime la profondeur de la neige en fonction de ses variations d’une année à l’autre (et tient compte du fait que, la banquise se formant de plus en plus tard dans l’année, la neige a moins de temps pour s’y accumuler). Ils ont aussi exploité le satellite d’observation de la Terre CryoSat-2, de l’Agence spatiale européenne, équipé d’un radar altimétrique (mesurant la superficie et l’épaisseur des glaces), pour calculer la hauteur de la glace au-dessus de l’eau. Le taux global de la perte d’épaisseur de la banquise arctique a été estimé en combinant les observations radar et le modèle informatique.

« Une glace plus épaisse agit comme une couverture isolante »

Avec cette méthode, ils constatent que la banquise s’amincirait bien plus vite qu’escompté dans les principales régions côtières de l’Arctique. « Lorsque l’épaisseur de la glace de mer au cours de la période 2002-2008 est calculée à l’aide de nouvelles données sur la neige avec une variabilité et des tendances plus réalistes, nous constatons que l’épaisseur moyenne de la glace de mer dans quatre des sept mers côtières diminue entre 60 % et 100 % plus vite que lorsqu’elle est calculée avec la climatologie conventionnelle », peut-on lire dans l’étude.

Même si la banquise n’est pas de la glace de terre, et que sa fonte ne fait donc pas monter le niveau des mers, le fait qu’elle s’amincisse ainsi est préoccupant. « Une glace plus épaisse agit comme une couverture isolante, empêchant l’océan de réchauffer l’atmosphère en hiver et protégeant l’océan du Soleil en été. Une glace plus mince est également moins susceptible de survivre pendant la fonte estivale de l’Arctique », commente Robbie Mallett, doctorant à l’UCL Earth Sciences, auteur principal de l’étude, dans le communiqué.

Cette étude ne suffit pas pour écarter toutes les incertitudes qui existent dans la mesure de l’épaisseur de la banquise. Mais les auteurs espèrent que leurs travaux aideront à mieux prévoir les effets du changement climatique dans l’Arctique sur le long terme.

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