Elon Musk a attiré toute l'attention sur Neuralink en dévoilant la vidéo d'un singe jouant une partie de Pong par la pensée. C'est impressionnant, oui. Mais sa communication très enthousiaste ne doit pas faire oublier les énormes défis techniques que les interfaces cerveau-machine continuent de poser.

En parfait showman, Elon Musk a de nouveau réussi à attirer toute l’attention sur la dernière avancée d’une de ses sociétés. « Un singe joue à Pong avec son esprit », a-t-il tweeté le 9 avril, partageant une vidéo YouTube. On y voit, en effet, l’animal en train de jouer une partie de Pong par la pensée, grâce à une interface cerveau-machine développée par sa société Neuralink, qui fabrique ce type d’implants cérébraux.

La vidéo est impressionnante, d’autant que l’animal est sacrément doué. Le commentateur dans la vidéo précise que, durant la phase d’entraînement, le singe de neuf ans, baptisé Pager, utilisait un joystick et recevait de la purée de banane lorsqu’il marquait des points.

Cette phase d’entraînement a permis au dispositif conçu par Neuralink de distinguer quelles zones cérébrales étaient activées lors des différentes commandes gestuelles du singe. Une fois ces données récoltées, les scientifiques ont pu déconnecter complètement le joystick : l’interface était alors à même de comprendre quel mouvement le singe souhaitait effectuer en analysant ses signaux cérébraux.

Elon Musk en a remis une couche sur Twitter : « Les premiers produits Neuralink, permettront à une personne paralysée d’utiliser son smartphone par la pensée plus vite qu’une personne avec ses doigts. »

La communication un peu trop hyperbolique

Comme la fois où il avait présenté ces fameux « cyber-cochons » en septembre 2020, la communication d’Elon Musk sur l’avancée de sa société est un peu trop enthousiaste. Pour commencer, ce type de réalisation n’est pas neuf. D’autres scientifiques sont parvenus à des résultats similaires à ceux de Neuralink avec Pager — même s’ils ne réussissent pas toujours à attirer autant l’attention que lui sur leurs travaux.

Dès 2006, une équipe de scientifiques menée par John P. Donoghue de l’université de Brown, avait par exemple permis à un patient paralysé, Matthew Nagle, de faire une partie de Pong et d’actionner une main robotique. C’était il y a 15 ans.

Dublin, Wednesday 31th October 2013 : Pictured at the The Web Summit 2013, RDS. Photo by Dan Taylor/Heisenberg Media

Le problème de cette communication très sensationnelle est qu’elle peut faire penser que les interfaces cerveau-machine sont des appareils très aboutis et inoffensifs. Certes, ces technologies ont un potentiel extraordinaire, en particulier les interfaces invasives, comme celles de Neuralink, qui sont placées sous le crâne. Ces dispositifs permettent en effet d’analyser les «  commandes cérébrales » bien plus finement que les interfaces non invasives — positionnées sur le crâne, à l’extérieur.

L’immense potentiel de ces interfaces

Avec elles, il n’est, par exemple, plus seulement envisageable d’effectuer des gestes basiques (lever un bras robotique) par la pensée mais aussi de réaliser des mouvements complexes avec la main (attraper une tasse, ouvrir un emballage, etc.). Les scientifiques étudient aussi la manière dont ces interfaces pourraient restaurer des sens comme le toucher ou la vue. Ces avancées pourraient donc radicalement changer le quotidien de personnes atteintes de handicaps.

Les interfaces cerveau-machine invasives comme celle de Neuralink soulèvent toutefois des questions très complexes notamment sur le plan technique. Le premier défi qu’elles posent est celui de leur innocuité à long terme qui n’est pour l’heure pas du tout avérée. Nous n’avons pas encore d’études analysant l’impact de tels dispositifs s’ils étaient portés pendant plusieurs années, par exemple. Rien ne garantit donc que des appareils si invasifs n’engendreraient pas des problèmes de santé à long terme. Les risques seraient du reste encore plus élevés si la personne qui en est équipée recevait un choc sur la tête.

Des défis techniques énormes pour Neuralink

Autre défi majeur : la durabilité de ces appareils. On sait que les tissus cérébraux ont tendance à s’écarter des interfaces à mesure que le temps passe. Résultat, celles-ci deviennent de moins en moins efficaces. Or ,changer d’interface n’est pas aussi simple que de changer de téléphone : cela implique de réopérer la personne.

Contrairement à ce que les messages d’Elon Musk pourraient faire penser, les interfaces cerveau-machine sont donc loin d’être des produits que l’on pourrait voir arriver très prochainement sur le marché. Et ce ne sont certainement pas des appareils que l’on implantera à la légère, pour des usages ludiques par exemple.

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