Dans une lettre, Didier Raoult et son équipe nuancent leurs travaux bien plus qu’auparavant. Mais ils ne reviennent pas totalement sur leur position, bien que les preuves ne soient toujours pas significatives.

Il est établi depuis plusieurs mois maintenant que les protocoles basés sur l’hydroxychloroquine, dont notamment celui de Didier Raoult à l’IHU de Marseille, ne fonctionnent pas pour guérir de la maladie Covid-19, voire qu’ils peuvent avoir une certaine dangerosité accrue. Pourtant, vanté par une désinformation active sur les réseaux sociaux, le protocole de Didier Raoult a continué à faire son chemin dans l’esprit de beaucoup de gens, au détriment des résultats scientifiques et, surtout, jusqu’à conduire au harcèlement inadmissible des chercheurs ayant prouvé cette inefficacité.

Le professeur Didier Raoult et son équipe ont finalement publié en ligne ce mois de janvier 2021 une nouvelle autoanalyse de leur essai. Cette première étude était critiquée pour ne respecter aucune règle de la méthode scientifique, en étant notamment non randomisée et portant sur seulement une quarantaine de personnes (16 patients traités à l’hydroxychloroquine ; 8 patients avec hydroxychloroquine+azithromycine ; 18 patients sans traitement).

L’hydroxychloroquine n’est pas un traitement efficace contre la maladie Covid-19. // Source : Numerama

Dans cette lettre, Didier Raoult et ses coauteurs écrivent une phrase qui a suscité nombre de réactions, le 17 janvier dernier : « Le recours à l’assistance respiratoire sous oxygène, le transfert en réanimation et les décès ne différaient pas significativement entre les groupes  ». Cette affirmation relève que le protocole n’a d’effet ni pour empêcher les formes graves de la maladie ni pour faire baisser la mortalité.

Faut-il conclure, à partir de cette nouvelle analyse, que Didier Raoult revient sur sa position ? La réalité reste plus ambiguë que cela.

La position ambiguë de Didier Raoult et son équipe

Dans cette lettre, Didier Raoult et son équipe admettent que le protocole ne fonctionne pas pour décroître les risques de formes graves ou les risques de mortalité, puisqu’il n’y aucune différence entre la prise ou non du traitement.

En revanche, leur position quant à l’usage de ce traitement ne semble pas entièrement changer, car ils écrivent également que «  la durée du séjour à l’hôpital et la persistance virale étaient significativement plus courtes dans le groupe de patients traités, par rapport au groupe de contrôle ».

Yanis Roussel, collaborateur de Didier Raoult, insiste quant à lui sur l’idée qu’il s’agissait bien d’une étude dédiée à la charge virale spécifiquement. Ce qui n’est pas totalement vrai, puisque la mortalité faisait partie des critères inscrits dans le protocole d’étude (vous pouvez le constater par vous-même dans la section « objectives of the trial » de la fiche de l’essai). Qui plus est, depuis, Didier Raoult n’a eu de cesse de revendiquer l’efficacité de son traitement de manière générale.

Les preuves n’existent toujours pas

Quoi qu’il en soit, même en matière de charge virale ou pour quoi que ce soit d’autre, l’étude ne constitue pas la moindre preuve. Rappelons qu’à un échantillonnage extrêmement minime (les résultats de 38 personnes, puisque 4 ont été exclues de l’essai en cours de route) et à l’absence de randomisation (il y a donc des biais), il faut ajouter divers autres défauts de protocole : il annonce notamment un suivi jusqu’à 7 jours et jusqu’à 14 jours, alors que l’interprétation des résultats s’arrête à 6 jours, sans justification, sans non plus préciser à quel stade de la maladie l’étude démarre. Par ailleurs, ce critère biologique choisi à la place du critère clinique n’a que peu d’intérêt médical pour évaluer l’efficacité d’un traitement. Aucun résultat tiré de cette étude ne peut être considéré comme significatif.

Les études solides, réalisées avec des centaines de patients et une méthode rigoureuse, sont nombreuses à avoir prouvé une inefficacité, dans Nature, dans Annals of Internal Medecine, dans le New England Journal of Medecine (où une seconde étude montre aussi l’inefficacité du traitement en prophylaxie). En juillet 2020, l’épidémiologiste Thibaut Fiolet avait réalisé un tableau résumant les études principales sur le sujet, où l’on peut voir que la tendance écrasante à l’absence de preuves d’une utilité de l’hydroxychloroquine. Cela s’est encore confirmé en août 2020, avec une étude parue dans Clinical Microbiology and Infection attestant de l’inefficacité et même de la dangerosité d’un traitement basé sur l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine.

Pour toutes ces raisons, depuis la mi-2020, il n’y a plus vraiment de débat dans la communauté scientifique, en dehors de l’IHU qui défend sa position de manière plus politique que médicale. D’où l’importance de cette petite phrase, qui ressemble à un retournement de veste à demi-mot tout en maintenant une ambiguïté.

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