Une étude de cas, publiée dans Nature, s'intéresse à une famille dont les enfants, exposés au coronavirus, ont développé des anticorps sans que le pathogène ne se soit répliqué dans leurs cellules. Une nouvelle brique ajoutée aux rares études sur la réaction immunitaire des enfants à cette maladie.

«  Par rapport aux adultes, les enfants atteints du [SARS-CoV-2] présentent principalement des infections légères ou asymptomatiques, mais les différences immunologiques sous-jacentes restent floues », introduit une étude publiée le 11 novembre dans Nature. Ce travail de recherche se penche sur un cas étonnant : une famille australienne dont les parents sont positifs au coronavirus, confirmés par PCR, et symptomatiques, mais dont les enfants ont été testés plusieurs fois négatifs… tout en ayant pourtant développé, comme leurs parents, une haute réponse immunitaire. Une piste pour mieux comprendre pourquoi les enfants sont moins susceptibles de développer cette maladie ?

Les parents de la famille — Leila Sawenko et Tony Maguire — ont vraisemblablement été contaminés par la maladie lors d’un mariage à Sydney, durant lequel les enfants n’étaient pas présents. Dès leur retour à Melbourne auprès de leurs trois enfants, Leila et Tony ont ressenti les premiers symptômes liés au coronavirus. Tous les membres de la famille ont alors rapidement été recrutés dans le cadre d’une étude menée par le Murdoch Children’s Research Institute (MCRI). Des échantillons ont été prélevés tous les 2-3 jours auprès de toute la famille (prélèvements naso-pharyngés, ainsi que sérologiques, mais aussi dans la gorge, les selles et l’urine).

Une famille au temps du coronavirus. // Source : Pexels

Les résultats de cette étude montrent que les enfants de cette famille australienne semblent avoir développé une réponse immunitaire immédiate qui a empêché le développement même de la maladie, rendant aussi le début d’infection invisible. « Le plus jeune enfant, qui n’a montré aucun symptôme du tout, a la plus forte réponse en anticorps », commente l’immunologue Melanie Neeland sur le site de l’institut. En parallèle de cette réponse immunitaire, les niveaux de cytokines — qui réagissent en cas d’inflammation — sont extrêmement bas. Cela signifie que l’inflammation n’a quasiment pas eu lieu.

Une réponse immunitaire efficace et immédiate

Pour les chercheurs, ces enfants exposés au coronavirus ont donc immédiatement développé des anticorps, n’empêchant donc pas en soi l’infection, mais empêchant que le pathogène se réplique et que ce début d’infection conduise à une inflammation. La réponse immunitaire a en fait été si rapide et efficace qu’elle a évité la maladie (il faut distinguer l’infection de la maladie), réduisant la charge virale à un niveau si bas qu’elle ne pouvait pas être relevée par un test PCR, qui est pourtant la technique la plus sensible, et même lorsque celui-ci est répété sur plusieurs jours.

Il est évident qu’il est possible d’être infecté par le coronavirus sans présenter de symptômes, ce fonctionnement asymptomatique est même assez courant pour la maladie Covid-19. Mais, chez les enfants, la réponse immunitaire reste peu étudiée, et ce cas pratique montre qu’elle pourrait pourtant avoir certaines spécificités — comme causer un plus grand nombre de cas asymptomatiques et peu graves que chez l’adulte ainsi qu’une plus forte invisibilité de l’infection face aux tests PCR. Car habituellement, chez l’adulte, un niveau si élevé d’anticorps comme chez les enfants impliqués dans cette étude signifie que même en l’absence de symptômes, des tests PCR auraient dû détecter l’infection.

Les auteurs de l’étude ne peuvent pas encore réellement expliquer en détail ce mécanisme, mais le constat est déjà important en tant que tel pour faire avancer la recherche scientifique sur le système immunitaire des enfants face à cette maladie, et pourquoi ils ne développent pas de formes graves : « Ces données indiquent que les enfants peuvent développer une réponse immunitaire au SARS-Cov-2 sans confirmation virologique de l’infection, ce qui soulève la possibilité que l’immunité des enfants puisse empêcher l’apparition de l’infection par le SARS-CoV-2. »

Quelle implication ?

Il s’agit ici d’une seule étude, développant des conclusions sur le cas pratique d’une famille. La découverte n’en surprend pas moins les auteurs. La mère de la famille concernée confiait d’ailleurs à ABC avoir remarqué la façon dont les chercheurs ont été eux-mêmes étonnés par ce qu’ils ont trouvé. Quoi qu’il en soit, les auteurs estiment surtout que cela invite à développer cette voie de recherche en impliquant davantage de familles, dans des études plus larges.

Approfondir la réaction immunitaire chez les enfants est crucial, puisqu’en plus de faire avancer la compréhension virologique du coronavirus, cela peut avoir un impact épidémiologique, sur les stratégies de dépistage et les mesures visant à freiner la propagation de la maladie — jusqu’à remettre en question, par exemple, l’ouverture des écoles pendant un confinement. « La discordance entre les résultats du test virologique PCR et les tests sérologiques cliniques, malgré une réponse immunitaire marquée, met en évidence les limites de la sensibilité du dépistage PCR nasopharyngé et de la sérologie diagnostique actuelle chez les enfants. Nos conclusions soulignent la nécessité d’une étude plus détaillée de la réponse immunitaire du SARS-CoV-2 afin de mieux comprendre l’exposition et l’immunité protectrice chez les enfants », soulignent les chercheurs du Murdoch Children’s Research Institute.

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