Ce n'est pas agiter le bâton de la peur que d'évoquer les vagues successives : il faut être rationnel sur ce qu'est une épidémie. Raison pour laquelle le Conseil scientifique invite à prendre la possibilité d'une troisième vague en compte.

La France ainsi que le reste de l’Europe connaissent actuellement une deuxième vague dans l’épidémie causée par le coronavirus SARS-CoV-2. Alors que le cœur du problème relève actuellement de la gestion de cette vague, son intensité a aussi fait émerger un questionnement sur la suite des événements : peut-on envisager qu’il y aura une troisième vague ?

La réponse est oui : une troisième vague est fortement probable. La deuxième vague épidémique était elle-même loin d’être une surprise. Les modèles épidémiologiques envisageaient une résurgence de cas autour de la rentrée 2020. Ces mêmes modèles n’arrêtaient pas leur simulation à cette deuxième vague, mais se projetaient plusieurs mois après, s’inspirant par exemple d’anciennes pandémies comme celle de la grippe espagnole. Les propagations épidémiques ont en effet tendance à fonctionner par vagues ; mais c’est leur intensité qui est déterminante.

Des vagues successives

Dans la modélisation fournie en mai 2020 par le Center for Infectious Disease Research and Policy (CIDRAP) de l’université du Minnesota, le premier scénario envisage « des pics et des creux » : une deuxième vague à l’automne 2020 ; une troisième au printemps 2021 ; une quatrième à l’automne 2021 ; ainsi de suite, avec des vagues assez similaires. Dans le deuxième scénario, ces épidémiologistes projettent une deuxième vague très élevée, puis de nouvelles vagues, d’une intensité bien plus basse. Même le scénario optimiste proposait des « vaguelettes » périodiques.

Le scénario 2 envisagé, avec une 2è vague plus grosse que la première // Source : Louise Audry pour Numerama

Cette description du futur de l’épidémie rejoint en partie le dernier avis du Conseil scientifique français. Dans leur rapport du 26 octobre, les membres relèvent la probabilité de « vagues successives », à l’échelle de la fin de l’hiver/printemps 2021. En l’absence d’immunité collective suffisante (et étant donné qu’on en sait encore peu sur la durée de l’immunité chez les personnes guéries), « on entre ainsi dans la gestion de vagues successives de recrudescence (non tributaires d’un caractère saisonnier exclusif) jusqu’à l’arrivée des premiers vaccins et/ou traitements prophylactiques (2ème trimestre 2021 ?). Il y a donc devant nous de nombreux mois avec une situation extrêmement difficile », explique le Conseil scientifique.

Les États-Unis font face à une troisième vague

La mécanique des vagues peut aussi dépendre de la région du monde. Si la France et l’Europe connaissent actuellement une deuxième vague, certains pays vivent au même moment leur troisième vague. C’est surtout le cas des États-Unis, depuis la rentrée 2020. Après une première vague au printemps, autour d’avril, le pays a connu une deuxième vague pendant l’été, en juillet, avant une troisième vague croissante cet automne. Celle-ci a démarré dans certains États, avant de se propager à tout le territoire. Le nombre d’hospitalisations s’accroît également, en décalé comme souvent, mais le nombre de décès est moins important que lors des précédentes vagues.

Nouveaux cas par jour aux États-Unis de mars à octobre 2020. On observe les trois vagues. // Source : NY Times

Il en va de même au Japon. Le pays a été plutôt épargné par la pandémie, mais l’existence de vagues est indépendante de leur intensité : il s’agit d’un pic qui suit un creux. La recrudescence relève alors en soi d’un enjeu sanitaire, pour ne pas qu’elle devienne exponentielle. En l’occurrence, le Japon ayant connu une vague au printemps puis à l’été, le rebond actuel «  pourrait être considéré comme une troisième vague » d’après Toshio Nakagawa, le président de l’Association médicale du Japon, au 12 novembre.

Se préparer aux vagues

Cette mécanique des vagues est cruciale à comprendre, pour bien saisir les enjeux qui sous-tendent la gestion de l’épidémie. La potentialité d’une deuxième vague a vraisemblablement été peu prise en compte, lors du déconfinement du printemps, ayant alors conduit à une deuxième crise sanitaire lors de la deuxième vague.

Pour le Conseil scientifique, il s’agit de tirer des leçons des erreurs du précédemment déconfinement. « Il faut en effet commencer à tirer des leçons du relatif échec de la stratégie ‘TesterTracer-Isoler’ durant la période de mai à septembre 2020. C’est la seule stratégie, couplée aux mesures de distanciations physiques, qui permet un contrôle possible de la circulation virale comme cela a été montré dans un petit nombre de pays d’Asie du Sud Est. »

Les membres du Conseil indiquent alors qu’il faut profiter des mesures du confinement pour repenser cette stratégie et la mettre en place plus solidement, afin de contenir l’épidémie lors du déconfinement, en prévision des vagues. L’avis du Conseil scientifique ajoute qu’une stratégie on/off est envisageable concernant les mesures restrictives de type confinement, en fonction de chaque vague, ou bien d’opter, comme en Allemagne, pour une stratégie qui « implique des mesures fortes et précoces à chaque reprise épidémique ». En clair : le principe des vagues doit être intégré dans les consciences, mais aussi dans les politiques publiques de gestion de la crise sanitaire.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo