L'aération pourrait bien être un geste barrière très utile contre la propagation de la maladie Covid-19.

Se protéger et protéger les autres contre le coronavirus repose sur l’addition de plusieurs gestes barrière : mettre un masque (en recouvrant y compris le nez), se tenir à distance, se laver les mains, tousser dans son coude, éviter de se toucher le visage, se moucher dans un mouchoir à usage unique. Ce sont des gestes reconnus par la communauté scientifique, mais également ceux diffusés par le gouvernement français et la plupart des autres pays. Toutefois, l’Allemagne a récemment ajouté un nouveau geste aux recommandations officielles : l’aération.

Le gouvernement allemand explique que l’aération régulière dans les lieux privés comme publics peut réduire considérablement les risques d’infection. Comme le rapporte The Guardian, la chancelière allemande Angela Merkel a estimé que «  cela pourrait bien être l’un des moyens les plus simples et les plus efficaces » de freiner la propagation de la maladie Covid-19.

Il est vrai que la plupart des cas d’infection concernent des lieux fermés, où il y a du monde. Plus on reste longtemps dans un lieu fermé, et plus on parle fort, plus le risque de transmission augmente, en raison d’une plus forte production de gouttelettes infectées. Le rôle de la ventilation pourrait donc s’avérer crucial, et c’est ce que note aussi le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies : « Une faible ventilation dans des espaces confinés est associée à une augmentation de la transmission des infections respiratoires, et du Covid-19 en particulier. »

À gauche, une configuration de l’air propice à la propagation du virus. À droite, l’air est renouvelé, ce qui crée une barrière supplémentaire aux contaminations. // Source : Lidia Morawska, Donald K Milton

La transmission semble aussi aéroportée

Les espaces clos mal aérés sont particulièrement propices à la transmission du coronavirus en raison du contact rapproché et du partage des surfaces. À cela, il faut aussi ajouter croissante l’inquiétude du monde scientifique envers la transmission aéroportée. Il est de plus en plus prouvé que l’infection peut aussi se transmettre par des particules aéroportées, en suspension dans l’air pendant plusieurs dizaines de minutes après avoir été émises.

En juillet 2020, des dizaines de scientifiques écrivaient une lettre ouverte à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour que ce risque soit davantage reconnu, le nombre de preuves s’accumulant suffisamment pour enclencher le principe de précaution. «  Des études menées par les signataires et d’autres scientifiques ont démontré, au-delà de tout doute raisonnable, que les virus sont relâchés lors de l’expiration, la parole et la toux, sous forme de microparticules suffisamment petites pour perdurer dans l’air et présenter un risque d’exposition sur des distances supérieures à 1-2 mètres d’un individu infecté. » Depuis, l’OMS relève que ce mode de contamination ne peut être totalement évacué.

L’évolution concerne également le CDC — l’agence sanitaire américaine. Pendant plusieurs mois, une grande partie de la communauté scientifique lui a reproché de ne pas mettre en avant les risques de transmission aéroportée. Début octobre, l’autorité a finalement mis son site à jour, admettant qu’il y avait « des preuves que dans certaines circonstances, des personnes infectées par la maladie Covid-19 semblent en avoir infecté d’autres à plus de 2 mètres de loin ». Le CDC relève que ce type de transmissions a lieu «  dans des endroits fermés avec une aération inadéquate », alors que la personne infectée devait respirer fort, «  par exemple en chantant ou en faisant de l’exercice ».

Une transmission aéroportée ne signifie pas que toute personne contaminée laisse n’importe où derrière elle une traînée de particules contaminées qui vous infectera automatiquement. La mécanique est plus complexe. Tout dépend du contexte et de la charge virale (nombre de copies du virus dans une certaine dose de fluide : plus la charge virale est élevée, plus le potentiel d’infectiosité est élevé). Cette charge virale diminue avec le temps. Elle se dissipe aussi progressivement jusqu’à disparaître lorsque l’air circule, puisque les copies du virus sont dispersées, il n’en reste donc plus assez pour contaminer.

D’où l’importance des masques qui, lorsqu’on est contaminé, filtrent une majeure partie des particules et le peu qui passe au travers contient une faible charge virale. Mais cela montre aussi l’importance de l’aération, puisqu’on renouvelle ainsi l’air. Au bureau, par exemple, il est important d’ouvrir régulièrement les fenêtres.

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