L'OMS a ajouté la corticothérapie dans ses recommandations des orientations cliniques pour traiter des formes sévères de la maladie Covid-19. La raison : de nombreux essais cliniques aux excellents résultats.

Les preuves scientifiques concrètes s’additionnent en faveur de la corticothérapie, c’est-à-dire l’usage de corticoïdes, pour soigner les formes graves de la maladie Covid-19, déclenchée par le coronavirus SARS-CoV-2. Une équipe de chercheurs français issue à la fois de l’Inserm, du CHU de Tours et de l’AP-HP ont publié une étude clinique randomisée (CAPE-COVID) sur l’un de ces corticoïdes dans le Journal of American Medical Association. Le même jour, dans la même revue, a été publiée une méta-analyse faisant le bilan de sept études randomisées, dont CAPE-COVID (une méta-analyse permet d’effectuer un bilan  à partir de données issues d’études indépendantes les unes des autres mais au protocole similaire et répondant au même problème).

Pourquoi l’usage de corticoïdes, type de médicament bien connu, est-il au cœur de la recherche sur un nouveau coronavirus ? Le « repositionnement médicamenteux » est l’une des pistes les plus solides pour améliorer rapidement la prise en charge des malades du coronavirus SARS-CoV-2. Cette technique de recherche consiste à utiliser un médicament déjà existant, pour l’adapter à une autre malade que celle contre laquelle il sert déjà. Dans certains cas, cela peut s’avérer infructueux ou manquer de preuves, comme pour la chloroquine ou le remdesivir (l’association du remdesivir à du diltiazem n’est toutefois pas encore exclue). En revanche, du côté des corticoïdes, les recherches ont déjà livré des résultats fructueux et même assez nets, tout du moins pour les formes graves.

Une diminution du risque de mortalité

Le regroupement des sept études, paru le 2 septembre 2020, se repose au total sur plus de  1 700 patients, issus de 12 pays. Ils ont reçu à l’aveugle, par tirage au sort randomisé, soit le traitement usuel symptôme par symptôme, soit un placebo en plus, soit des corticoïdes. Trois types de corticoïdes sont impliqués : dexaméthasone, hydrocortisone ou méthylprednisolone. Les essais cliniques s’étendent du 26 février 2020 au 9 juin 2020.

Les essais cliniques sur des médicaments doivent être randomisés, à l’aveugle, sur un grand nombre de personnes, pour montrer des preuves solides. // Source : Pixabay

Le résultat collectif de toutes ces études montre que le traitement à l’aide de corticoïdes réduit de 21 % le risque de mortalité en cas de forme sévère de la maladie — par rapport aux patients recevant le traitement usuel et ceux recevant le traitement usuel + placebo. Pour l’instant, le bénéfice et la sécurité des corticoïdes n’ont pas encore été suffisamment montrés pour des formes non-sévères de la maladie. Mais la capacité à traiter les formes sévères reste l’une des priorités absolues pour sauver les vies, puisque ce sont ces formes les plus graves qui causent les pertes humaines en services de réanimation.

« La publication de la méta-analyse confirme aujourd’hui le bénéfice des corticoïdes dans les formes sévères de COVID-19, bénéfice qui n’avait jamais été montré dans une infection respiratoire et systémique due à un virus. C’est une étape thérapeutique importante qui a été franchie cet été », a indiqué le co-auteur de l’étude française, Pierre-François Dequin, dans un commentaire de l’Inserm. « L’augmentation spectaculaire des chances de survie grâce au traitement par de faibles doses de corticoïdes est confirmée par sept études indépendantes  », y ajoute Djillali Annane, de l’AP-HP. Aux études comptées dans cette méta-analyse, il faut ajouter la publication de l’essai Recovery, lequel a déterminé, auprès de plus de 6 000 patients, que le taux de mortalité était de 22.9 % avec la prise du corticoïde dexaméthasone, contre 25,7 % avec les soins habituels. Cela dénote une réduction importante du taux de mortalité.

La recommandation de l’OMS

À la faveur de ces résultats positifs de la corticothérapie dans certains cas, l’Organisation mondiale de la Santé l’a ajouté à ses orientations cliniques le 2 septembre, pour le soin des formes sévères de la maladie Covid-19.

«  Les corticostéroïdes figurent sur la liste modèle OMS des médicaments essentiels et sont facilement disponibles dans le monde, à bas prix, explique l’organisation dans son communiqué. L’OMS invite chaque pays à constituer des stocks suffisants de corticostéroïdes pour traiter la COVID-19 et les autres maladies pour lesquelles ils sont efficaces, sans faire de surstockage afin que d’autres pays puissent également y avoir accès. »

L’OMS insiste bien sur le fait que la corticothérapie se restreint à l’heure actuelle aux formes graves, et non pas pour traiter les formes bénignes de la maladie, car dans ce deuxième cas «  le traitement ne présente  aucun avantage et pourrait même s’avérer nocif ». Les corticoïdes sont des médicaments tout sauf anodins, « le traitement doit être pris sous surveillance médicale » exclusivement.

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