Une étude comparative met en rapport les résultats de nocivité des cigarettes, des cigarettes électroniques et des chichas. Toutes trois sont nocives, et toutes trois sont susceptibles d'aggraver les symptômes causés par le coronavirus SARS-CoV-2.

Les scientifiques dressent progressivement les profils les plus à risque dans le cadre de la pandémie de Covid-19. Les fumeurs sont concernés, puisque le tabagisme est connu pour favoriser et aggraver les problèmes ou infections respiratoires. C’est ce que rappelait l’Organisation mondiale de la santé le 11 mai 2020 : « La COVID-19 est une maladie infectieuse qui touche principalement les poumons. Le fait de fumer affaiblit la fonction pulmonaire, rendant l’organisme moins résistant aux coronavirus et à d’autres agents pathogènes. »

Une étude comparative publiée le 25 juin 2020 dans European Heart Journal appuie à nouveau sur ces risques spécifiques. À l’origine, cette étude est surtout la première à comparer les dangers de trois modes différents de tabagisme et de vapotage : la cigarette classique au tabac, la cigarette électronique et la chicha. En synthétisant l’ensemble des études sérieuses sur le sujet, ces chercheurs dressent un panorama de la question.

Les études sur le vapotage ont longtemps été manquantes, mais une chose commence déjà à être certaine : elles sont loin d’être sans dangers. // Source : Pexels

Ils livrent ainsi une échelle de gravité entre ces trois façons de fumer. Les pourcentages suivants correspondent à l’augmentation des risques par rapport à une personne non-fumeuse :

  • Risques de bronchopneumopathie chronique obstructive : les cigarettes au tabac accroissent le risque de 704 %, les chichas de 208 %, et la cigarette électronique de 194 %.
  • Risques de cancer du poumon : les cigarettes au tabac accroissent le risque de 1 210 % et les chichas de 122 %. Les données étant trop parcellaires pour les cigarettes électroniques sur ce risque précis, il n’était pas possible d’en tirer un chiffre.
  • Risques de raidissement des artères (source de problèmes cardiaques et accidents vasculaires cérébraux) : 10 % pour les cigarettes de tabac, 9 % pour les chichas et 7 % pour les cigarettes électroniques.

Des risques accrus en période Covid-19

Ces trois formes de tabagisme et de vapotage ont donc pour point commun d’augmenter quoi qu’il en soit les risques. Elles comportent toutes des produits toxiques connus pour endommager les cellules, y compris les cigarettes électroniques — elles contiennent du formaldéhyde, de l’acroléine, du métal de transition et des composés organiques volatils.

En plus des produits chimiques qui détériorent l’organisme, ces trois façons de fumer entraînent une surproduction des dérivés réactifs de l’oxygène, comme du superoxyde, dans les tissus des vaisseaux sanguins. Cette superproduction empêche l’endothélium (couche de cellules au sein des vaisseaux sanguins) de produire du monoxyde d’azote. Ce composé joue pourtant un rôle essentiel : empêcher les inflammations et l’obstruction des artères.

« Les cigarettes au tabac, la chicha et la cigarette électronique peuvent contribuer à augmenter la charge des symptômes »

Le coronavirus SARS-CoV-2 attaque justement l’organisme en provoquant une inflammation. Qui plus est, il se sert du récepteur cellulaire ACE2, qui s’exprime dans plusieurs organes, comme le rein, les poumons, le cœur… mais également à travers les cellules endothéliales, donc celles reliées à l’endothélium. Or, le tabagisme et le vapotage endommagent l’endothélium. Les fumeurs et vapoteurs sont donc davantage sujet à des problèmes cardiovasculaires en cas d’infection par le coronavirus.

Plus globalement, le tabagisme et le vapotage affaiblissant le corps : les symptômes dans leur ensemble sont plus difficilement combattus par l’organisme, ce qui donne plus facilement lieu à une hospitalisation en soins intensifs ou au recours à la ventilation artificielle. «  Les cigarettes au tabac, la chicha et la cigarette électronique peuvent contribuer à augmenter la charge des symptômes provoqués par la maladie Covid-19 et les conséquences graves sur la santé », écrivent les auteurs de cette étude comparative.

Le cas de la nicotine

En mars, une étude française menée à la Pitié-Salpêtrière soulevait l’observation selon laquelle il y a une faible proportion de fumeurs parmi les malades de la Covid-19. Les auteurs se demandaient alors si la nicotine ne pourrait pas générer un effet protecteur. Cette potentialité qui a donné lieu à de nouvelles recherches sur les liens entre nicotine et coronavirus.

Sur le sujet, la position de l’Organisation mondiale de la santé est d’inciter « les chercheurs, les scientifiques et les médias à la prudence pour ne pas répercuter des allégations non étayées selon lesquelles le tabac ou la nicotine pourraient réduire le risque de COVID-19. Les informations dont on dispose sont actuellement insuffisantes pour confirmer tout lien entre le tabac ou la nicotine et la prévention ou le traitement de la COVID-19. »

Plusieurs limites se posent pour l’instant sur ce prétendu effet protecteur. D’abord, il s’agit bien de la nicotine, et donc du fait de fumer : les chercheurs n’invitent pas à fumer pour se protéger. Il est prouvé que cet acte provoque davantage de dangers que de bénéfices. Ensuite, quand bien même la nicotine aurait finalement un effet protecteur prouvé en amont de l’infection, cela ne changerait rien aux effets néfastes du tabagisme et du vapotage après l’infection, puisque le tabagisme et la vapotage auront de toute façon détérioré l’organisme par ailleurs.

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