L'institut Pasteur a donné la version définitive de ses projections de contaminations liées au coronavirus à travers la France. À la date du 11 mai, ils estiment que 4,4 % de la population française aurait été infectée par la Covid-19, ce qui balaie l'option d'une immunité collective comme solution de sortie de la pandémie. Et invite à préserver à tout prix le maintient des mesures barrières pour éviter un risque de deuxième vague de la maladie.

L’institut Pasteur a revu ses prédictions à la baisse : selon les résultats d’une étude publiée le 13 mai 2020, basée sur des projections à partir de données d’hospitalisation, 4,4 % des Françaises et Français auraient été contaminés par le coronavirus, soit 2,8 millions de personnes, à la date du 11 mai. « Nous estimons que 58 % des infections auront eu lieu dans les régions Île-de-France et Grand Est », écrivent les chercheurs et chercheuses.

Ces données se basent sur des modèles qui laissent une grande place aux marges d’erreur : ces 4,4 % sont estimés dans la marge « 2,8 % — 7,2 % », ce qui signifie que les 2,8 millions de personnes se situent dans la marge « 1,8–4,7 » millions.

Quoi qu’il en soit, ces chiffres sont inférieurs à ceux que l’Institut avait envisagés dans la pré-publication de son étude, qui avait été mise en ligne le 20 avril. Elle estimait alors que 5,7 % des Français auraient été contaminés par la Covid-19 d’ici le 11 mai, soit 1,3 point de plus.

Le nombre d’admissions en hôpitaux/réanimation et décès attribués à la Covid-19 en France // Source : Institut Pasteur

L’institut Pasteur loue les résultats du confinement

Maintenant que ces données ont été revues à la baisse, cette mise à jour renforce l’affirmation des chercheurs concernant la notion d’immunité grégaire. Les auteurs et autrices de l’étude estiment en effet qu’il faudrait que «  65 % de la population soit immunisée pour que la pandémique soit sous contrôle » uniquement grâce à l’immunité collective. Or avec un pourcentage aussi bas, il est évident que la France ne pourra pas se reposer sur cette solution seule pour venir à bout de l’épidémie.

Les chercheurs notent « l’impact énorme » qu’ont eu les mesures de confinement sur la transmission du virus SARS-CoV-2 parmi la population française, comme on peut le voir sur le graphique de gauche (G) qui montre la décroissance du nombre quotidien de contaminations. Il convient toutefois de rappeler que la France n’a pas, depuis le début de la pandémie, été en capacité de réaliser des tests à grande échelle, et donc que de nombreuses personnes ont pu être infectées sans être comptabilisées, voire sans montrer de symptômes importants de la maladie.

Représentations du pourcentage d’infection estimé au 11 mai 2020 en France (droite) et projections de nouvelles contaminations (gauche) // Source : Institut Pasteur

L’importance de l’efficacité des mesures de confinement est d’autant plus pertinente que la France a, depuis le 11 mai, entamé une première étape de déconfinement progressif qui laisse place à de nombreuses inconnues. « Nos estimations (…) indiquent qu’il faudra que les mesures de contrôle efficaces qui limitent les risques de transmission soient maintenues après le 11 mai pour éviter un rebond de l’épidémie  », avertissent les chercheurs.

* Estimating the burden of SARS-CoV-2 in France, pré-publication, réalisée par Henrik Salje, Cécile Kiem, Noémie Lefrancq, Noémie Courtejoie, Paolo Bosetti, Juliette Paireau, Alessio Andronico, Nathanaël Hoze, Jehanne Richet, Claire-Lise Dubost, Yann Le Strat, Justin Lessler, Daniel Bruhl, Arnaud Fontanet, Lulla Opatowski, Pierre-Yves Boëlle, Simon Cauchemez.

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