Un physicien propose d'envoyer une flotte de minuscules vaisseaux à l'aide d'un laser dans l'espace. Ils pourraient servir à chercher l'hypothétique Planète 9, si l'objet existe sous la forme d'un trou noir primordial.

Si la Planète 9 existe bien sous la forme d’un petit trou noir, comment pourrait-on la trouver ? En envoyant une flotte de minuscules vaisseaux spatiaux, peut-être. C’est la proposition du physicien Edward Witten, professeur à l’Institute for Advanced Study (New Jersey, États-Unis). Il la détaille dans une étude, repérée par Discover Magazine le 7 mai 2020, déposée sur arXiv (elle n’a donc pas été validée par un comité de relecture).

« Si la Planète 9 est vraiment un trou noir primordial ou un autre objet exotique compact, les recherches conventionnelles seront vaines », affirme le scientifique. Afin de détecter un si petit trou noir dans le système solaire externe, Edward Witten préconise de « sonder le champ gravitationnel de cet objet en utilisant de petits vaisseaux spatiaux lancés avec un laser ». Une telle idée se rapproche du projet Breakthrough Starshot, qui consisterait en l’envoi de millier de sondes spatiales vers le système stellaire le plus proche du nôtre (Alpha Centauri).

Le projet Breakthrough Startshot, vue d’artiste. // Source : Flickr/CC/Futurilla (photo recadrée)

L’existence d’une neuvième planète cachée dans le système solaire a été envisagée pour expliquer des perturbations dans l’orbite d’objets situés au-delà de Neptune. Même si l’hypothèse est régulièrement remise en question, elle passionne des scientifiques. En septembre dernier, des chercheurs ont envisagé que l’astre hypothétique ne soit pas une planète, mais un trou noir primordial, d’à peine 9 centimètres de diamètre et d’une masse estimée entre 5 et 15 fois celle de la Terre. Pour tenter de vérifier un tel scénario, il serait impensable de chercher « Phattie » au télescope, de la façon dont on le ferait pour débusquer une planète conventionnelle.

Comment sonder les environs de Phattie ?

À la place, Edward Witten préconise de « sonder directement les environs de la Planète 9 », même si cette méthode entraîne deux difficultés. Si Phattie existe, elle est située très loin dans le système solaire : pour le scientifique, il faudrait environ 150 ans pour qu’un vaisseau comme la sonde Voyager 1 atteigne la zone en question. Par ailleurs, on ignore où la Planète 9 pourrait se trouver sur son orbite : la portion de ciel à explorer serait non seulement lointaine, mais aussi très étendue.

Il faudrait donc des vaisseaux spatiaux en grand nombre (au moins des centaines) pour pouvoir les lancer dans différentes directions, et que ces appareils puissent parcourir des centaines de kilomètres par seconde. « De tels vaisseaux pourraient atteindre la Planète 9 environ une décennie après leur lancement », détaille le physicien. En l’absence de perturbations, les vaisseaux évolueraient en ligne droite. Néanmoins, si leur trajectoire était déviée de façon inattendue, ce pourrait être un signe qu’un trou noir serait bien présent.

L’une des difficultés majeures serait de recevoir des signaux de la part des vaisseaux envoyés, suivant un chronométrage précis (et qui ne serait pas perturbé par autre chose que la possible Planète 9). Mais Edward Witten finit sur une note encourageante. « Une fois la Planète 9 trouvée à l’aide de cette méthode, des recherches ultérieures avec cette même méthode pourraient déterminer son emplacement de manière beaucoup plus précise et permettre éventuellement de réaliser une étude rapprochée de cet objet », conclut-il.

Crédit photo de la une : Wikimedia/CC/Nagualdesign (photo recadrée et modifiée)

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