Des chercheurs en aérodynamique ont présenté leurs premiers résultats sur la propagation des gouttelettes (postillons, éternuements, toux, etc.) dans le flux créé derrière un coureur ou un cycliste. Cela permet de donner des recommandations sur les distances à conserver pendant l'exercice.

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Les gestes barrières qui ont été conseillés pour enrayer la propagation du coronavirus continueront très probablement à être recommandés dans les phases de déconfinement, pour éviter une nouvelle vague de contamination. La distanciation sociale est l’une des mesures les plus importantes : c’est en s’éloignant les uns des autres que l’on évite le mieux la transmission du virus.

Les pays qui font face à l’épidémie ont tous choisi de faire appliquer une distanciation sociale entre 1 et 2 mètres entre les individus. Cette distance est censée empêcher les projections de gouttelettes de voyager d’un individu à un autres (toux, postillon, crachat, éternuement, etc.). Mais elle a été pensée pour des situations où les personnes seraient immobiles et dans des espaces où l’air n’est pas agité. On comprend facilement que du vent, un ventilateur ou un courant d’air changent la dynamique des gouttelettes, qui peuvent se retrouver bien plus loin.

Et ce sont justement des ingénieurs belges et néerlandais en aérodynamique et aérodynamique du sport qui se sont intéressés à la propagation de ces fameuses gouttelettes pendant l’exercice. Leur étude est présentée pour l’instant comme une « modeste contribution  » car ne faisant pas partie d’un corpus encore revu par les pairs. Il est précisé que la publication des résultats en avance par rapport à la soumission à une revue scientifique a été faite pour répondre à l’urgence sanitaire. Ces précautions prises, elle éclaire néanmoins sur les distances qu’il faudrait respecter pendant l’exercice.

Oui, elles sont bien plus importantes que celles recommandées par les gouvernements.

La représentation des particules de salive sur une course rapide (14 km/h) selon leur diamètre // Source : Bert Blocken , Fabio Malizia , Thijs van Druenen, Thierry Marchal

Quelle distanciation sociale quand on court ?

Pour arriver à ces résultats, les scientifiques ont appliqué des modèles utilisés normalement pour améliorer la performance des athlètes. En course, mais surtout en cyclisme, se positionner dans le sillage du vélo qui précède permet de profiter de son flux de glissement (slip stream), créant un appel d’air qui facilite l’effort du cycliste qui suit.

Une personne qui court crée également un flux derrière elle. Dans sa simulation, l’équipe a testé des courses entre 4 et 14 km/h et, au vu de la dispersion des gouttelettes sous forme de traînée, préconise de rester entre 4 et 5 mètres derrière le coureur qui précède. Les simulations ont été faites sur différents profils de course, avec des coureurs côte à côte, les uns derrière les autres ou en diagonale. Cette distanciation augmentée permet aux gouttes de salive éventuellement émises lors de la course de ne pas toucher les coureurs autour.

Les chercheurs notent que les coureurs qui sont côte à côte, à distance tout de même, prennent le moins de risque : les flux forment une traînée derrière eux, où se retrouvent les gouttelettes.

Quelle distanciation sociale quand on fait du vélo ?

Évidemment, les mêmes conclusions, encore plus radicales, s’appliquent au vélo. D’après l’étude, un cycliste peut laisser une traînée de 10 mètres, même à vitesse modérée. À vitesse élevée, les chercheurs recommandent même de laisser 20 mètres derrière un cycliste. « Si vous souhaitez dépasser quelqu’un à vélo, anticipez au maximum pour tenter d’être à très bonne distance de lui pendant le dépassement. Le mieux reste de se déplacer latéralement dans un premier temps et de dépasser sur une ligne droite, sans changer de trajectoire  », affirme Bert Blocken, professeur à l’université d’Eindhoven et à l’université de Louvain, qui a participé à l’étude.

L’article compare les dépassements à effectuer à vélo ou à pied à ceux que l’on pourrait faire en voiture : anticiper, se décaler bien avant de rencontrer la voiture de devant, rester sur sa ligne pour dépasser et se rabattre quand le véhicule dépassé est loin derrière. Ainsi, les flux sont plus droits et plus prévisibles pour les autres que lors d’un éventuel zigzag incontrôlé.

L’étude sera soumise à validation par les pairs : « Nous avons décidé que cela aurait été irresponsable de garder ces résultats confidentiels.  »

Récapitulatif

TypeCourseVélo normalVélo rapide
Distance recommandée4 à 5 m10 m20 m

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