Ce 13 février, le nombre officiel de personnes infectées a augmenté de 14 000 cas. C'est à cause d'un changement dans la méthode de diagnostic.

Jusqu’à hier, le nombre de personnes infectées dans le cadre de Covid-19 était autour de 45 000 personnes. D’ailleurs, la dynamique des infections semblait plutôt se freiner. Et puis, ce 13 février 2020, le chiffre a soudainement bondi à 60 000. Cela signifie que 14 840 nouveaux cas ont été enregistrés, soit une augmentation de 33 %. Pour autant, ces milliers de personnes ne se sont pas retrouvées infectées du jour au lendemain. Le virus n’est pas davantage virulent qu’avant : c’est la méthode de diagnostic qui a changé dans la province de Hubei. Cela montre que l’échelle réelle de Covid-19 reste difficile à cerner.

Depuis le début de l’épidémie, qui a émergé à Wuhan, en Chine, avant de se répandre dans le pays et à plusieurs reprises hors de ses frontières, ce nouveau coronavirus pose un sérieux problème médical : ses symptômes sont proches de n’importe quelle grippe saisonnière. L’épidémie Covid-19 s’est déclarée en plein hiver, ne facilitant pas le travail des autorités sanitaires. Sur le plan de la recherche fondamentale, le coronavirus lui-même est nouveau, même s’il est proche du Sras, ce qui implique que nous n’étions pas préparés à le reconnaître facilement.

Le coronavirus nCov-2019 (illustration). // Source : Numerama / Claire Braikeh

Comment compte-t-on les personnes infectées par le coronavirus ?

La situation s’avère tout particulièrement tendue à l’épicentre de la maladie, dans la province de Hubei, au centre de la Chine, où les autorités sanitaires semblent en grande partie dépassées. Que ce soit localement ou mondialement, la méthode de diagnostic privilégiée est un test des acides nucléiques visant à détecter la signature génétique — et plus spécifiquement ARN — du coronavirus chez les patients. Cela passe par des prélèvements au niveau de la bouche et du nez. Ce procédé, lourd quant au matériel médical nécessaire, s’avère relativement lent face à l’urgence régionale en Chine.

Pour accélérer le diagnostic mais aussi et surtout la prise en charge des patients, les autorités sanitaires chinoises de Hubei ont annoncé dans un communiqué l’autorisation nouvelle du diagnostic des personnes symptomatiques par le biais d’une scanner pulmonaire. Cette méthode consiste à repérer par imagerie médicale (tomographie) les lésions pulmonaires laissées par le coronavirus — elles représentent des marqueurs. Ce procédé clinique est évidemment moins fiable que la détection génétique en laboratoire, mais elle est tout de même utile.

Un besoin de rapidité pour contenir la crise à Hubei

« Le plus gros avantage des scans de tomographie est la rapidité — on peut voir les résultats immédiatement », indiquait le professeur Qi Xiaolong à Reuters. Il s’avère que les tests génétiques ARN peuvent prendre des jours, avant qu’un résultat soit accessible. Le problème, c’est que cette période de hiatus dans le diagnostic empêchait de soigner le patient concerné jusqu’au résultat. Or, dans une crise sanitaire de cette ampleur, la rapidité avec laquelle les malades sont soignés est tout aussi essentielle que la quarantaine, afin de freiner la propagation — mais aussi, tout simplement, pour sauver la vie des personnes infectées les plus fragiles.

Le flou persiste sur certains aspects de Covid-19

Ce bond dans les chiffres est le résultat de la prise en compte de cette nouvelle méthode de diagnostic : ce ne sont plus seulement les personnes testées en laboratoire qui sont enregistrées comme infectées, mais aussi celles qui ont éprouvé un test clinique par ces scanners pulmonaires. Ce changement s’applique exclusivement à la province de Hubei — à l’échelle mondiale, seuls les tests ARN restent valables pour diagnostiquer l’infection. Le chiffre de 14 000 cas s’applique donc lui aussi exclusivement à Hubei.

Voilà qui montre en tout cas l’ampleur régionale de l’épidémie, moins quant à sa virulence — le nombre de décès a peu augmenté proportionnellement à ce bond — qu’à sa haute capacité de transmission. Celle-ci est accrue par l’existence de cas que l’on appelle « super propagateurs » (super spreaders) : à eux seuls, ils peuvent contaminer une douzaine de personnes. De manière générale, le comportement de ce nouveau coronavirus reste partiellement incompris. Ce changement soudain dans la méthode de diagnostic dans une seule région du monde — où la transparence sur les informations est déjà loin d’être suffisante — n’aide pas vraiment à bien cerner l’échelle réelle de l’épidémie Covid-19, au contraire, mais il aide à y faire face localement.

Crédit photo de la une : Johns-Hopkins / carte au 13 février 2020

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