Ce n'est pas que dans Watchmen. Dans la réalité, il existe aussi une « horloge de la fin du monde ». Elle vient de se rapprocher, plus que jamais, de minuit. Pourquoi cette proximité historique avec l'effondrement ? Et surtout : faut-il s'y fier ? Réponses.

Aux yeux de beaucoup de gens, 2020 a commencé comme une année de fin de monde. Quand on tape « Iran » et « États-Unis » dans Google, l’une des premières suggestions qui apparaît est « 3e guerre mondiale ». Sans oublier les violents incendies en Australie qui ont tué plus d’un milliard d’animaux ; ou plus récemment, les inquiétudes de la population envers un nouveau virus (dont, rappelons-le, il ne faut pas encore s’alarmer).

Alors, est-ce vraiment la fin du monde ? En tout cas, si l’on en croit l’horloge de l’apocalypse, on s’en rapproche : le 23 janvier 2020, l’aiguille a été avancée à seulement 100 secondes de minuit, heure symbolique de l’effondrement. Chaque année depuis maintenant 73 ans, le Bulletin of the Atomic Scientists publie le nombre de minutes symboliques qu’il reste à l’humanité. Cette « horloge » a été créée, originellement, par un groupe de chercheurs ayant travaillé sur le Projet Manhattan, à savoir, la première bombe atomique.

L’horloge de l’apocalypse est censée afficher symboliquement le temps qu’il nous reste avant la fin du monde. (Image d’illustration : horloge du Musée d’Orsay) // Source : Flickr/CC/Yann Caradec

Qu’est-ce que l’horloge de l’apocalypse ?

Le but de l’horloge de l’apocalypse est de prendre en compte toutes les menaces qui pèsent sur l’humanité. À sa création, elle concernait essentiellement la Guerre froide, son risque nucléaire. Depuis, le spectre s’est étendu, tout particulièrement au changement climatique. Elle prend aussi en compte le développement de l’intelligence artificielle ou même les risques informatiques, les fake news et, évidemment, les enjeux politiques internationaux du moment.

En 2018 et 2019, l’horloge avait été rapprochée plus que jamais de l’apocalypse, soit à deux minutes de minuit — une première depuis 71 ans. L’une des raisons : Donald Trump, et plus spécifiquement sa mauvaise gestion diplomatique de la crise iranienne et ses déclarations qui, selon le groupe de chercheurs, favoriseraient une nouvelle course à l’armement nucléaire.

Qu’est-ce qui nous rapproche de la fin du monde ?

En 2020, l’horloge affiche son stade de proximité avec minuit le plus proche jamais atteint de toute son histoire. La raison ? « L’humanité continue à faire face à deux dangers existentiels simultanés — la guerre nucléaire et le changement climatique — qui sont aggravés par un multiplicateur de menace, la cyberguerre de l’information, qui réduit la capacité de réaction de la société », expliquent les chercheurs du Bulletin of the Atomic Scientists.

Armes nucléaire, changement climatique et fake news

Dans la déclaration 2020, le rédacteur en chef du bulletin John Mecklin précise un peu plus en détails les raisons qui ont poussé à avancer les aiguilles. Concernant la menace nucléaire, il explique que les traités qui encadrent ce type d’armements apparaissent de moins en moins suffisants. En cause, des conflits politiques qui engrangent une nouvelle prolifération de ces armes.

En matière de changement climatique, les chercheurs du bulletin saluent la prise de conscience citoyenne qui a eu lieu durant l’année 2019, mais ils en tirent le constat d’autant plus tragique de l’inaction politique perpétuelle. «  Lors des sommets des Nations unies l’année dernière, les délégations nationales ont fait de beaux discours mais ont présenté peu de plans concrets pour limiter davantage les émissions de CO² qui perturbent le climat terrestre », président-ils. La COP25 de décembre fut effectivement un échec.

Ces deux menaces sont aggravées par un troisième ingrédient : la «  corruption continue de l’écosystème de l’information dont dépendent la démocratie et la prise de décision publique ». Il est question ici principalement de la désinformation et de la prolifération des fameuses fake news, qui sont d’autant plus dangereuses selon les chercheurs dans un contexte où elles sont technologiquement sophistiquées.

Faut-il se fier à cette horloge ? Des critiques émergent

La rhétorique utilisée quand il est question de l’horloge de l’apocalypse peut prêter à confusion. On entend et on lit que l’horloge « avance » (toute seule comme par magie) ou que c’est « le temps qu’il nous reste à vivre ». Alors, à toutes fins utiles, ce qu’il faut retenir par-dessus tout est que l’horloge de l’apocalypse est évidemment une indication symbolique et qu’elle est mise à jour manuellement à travers les estimations d’un seul et même groupe de chercheurs. Donc, non, techniquement elle n’affiche pas vraiment le compte-à-rebours avant la fin du monde et celle-ci n’est pas forcément imminente.

L’horloge n’est qu’un symbole

Les critiques contre l’existence même de cette horloge sont nombreuses. Dans une tribune publiée le 22 janvier 2020, le physicien Lawrence M. Krauss déclare que l’horloge repose sur des bases non-scientifiques et qu’il serait même temps de l’arrêter. D’autres critiques vont jusqu’à reprocher à l’horloge de générer un climat de peur et d’aggraver la situation en freinant les efforts pour résoudre les problèmes.

Quoi qu’il en soit, il faut surtout retenir que cette « horloge de l’apocalypse » est un symbole. Les chercheurs du Bulletin of the Atomic Scientists ne prétendent jamais vraiment annoncer une véritable fin du monde, leur objectif semble plutôt d’alerter sur des dangers qui, selon leurs estimations, ne sont pas suffisamment bien gérés et pourraient donc porter atteinte au bien-être de l’humanité. Précisons enfin que cette horloge pourrait tout à fait être « remontée » dans les années à venir.

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