Alors que se tient la conférence de défense planétaire, le patron de la NASA Jim Bridenstine pense que la Terre devrait connaître un impact d'astéroïde d'ici soixante ans.

L’humanité pourrait être confrontée à une collision significative d’un astéroïde sur Terre d’ici une soixantaine d’années. Voilà la prédiction plutôt alarmiste formulée le 29 avril par Jim Bridenstine, le patron de la NASA. L’intéressé a fait cette remarque en ouverture de la conférence de défense planétaire, à laquelle l’agence spatiale américaine participe — en particulier à un exercice d’impact.

« Ces évènements ne sont pas rares ; il se produisent », a-t-il rappelé. L’incident spatial le plus connu est certainement l’évènement de la Toungouska, survenu en 1908. Si son origine n’est pas établie avec une absolue certitude, les connaissances actuelles plaident pour la désagrégation d’un astéroïde en haute altitude. L’énergie libérée a été estimée à plusieurs centaines d’explosions nucléaires.

Plus près de nous, il y a en eu 2013 la traversée puis la désintégration du superbolide de Tcheliabinsk. Observée dans le ciel de l’Oural, l’entrée atmosphérique du corps spatial a là aussi généré une onde de choc surpuissante, occasionnant plus d’un millier de blessés et endommagé de nombreux bâtiments — essentiellement des fenêtres cassées. Les dégâts ont été estimés à plusieurs millions d’euros.

« Nous devons nous assurer que les gens comprennent qu’il ne s’agit pas d’Hollywood, ni de films », a-t-il dit, dans des propos repris par The Next Web. « Il s’agit en fin de compte de protéger la seule planète que nous connaissons, à l’heure actuelle, pour accueillir la vie, et c’est la planète Terre ». Si une collision d’importance survenait dans une région habitée, cela pourrait tourner au carnage.

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Le meteor crater. // Source : Nasa Earth Observatory

La mise en garde très fataliste du patron de la NASA tranche pourtant avec les évaluations menées… par la NASA elle-même. « La NASA ne connaît aucun astéroïde ou aucune comète dont la trajectoire l’amène actuellement vers une collision avec la Terre, donc la probabilité d’une collision majeure est très faible », lit-on dans les pages du site web de l’agence spatiale américaine.

« En fait, d’après ce que nous pouvons dire, aucun objet de grande taille n’est susceptible de frapper la Terre au cours des prochaines plusieurs centaines d’années », est-il ajouté. Bien sûr, il y a toujours le risque de l’objet spatial qui passerait sous les radars, mais ce cas de figure concerne surtout les corps vraiment petits. À partir d’une certaine taille, ils sont difficilement « manquables ».

Détection de la menace et réaction

Mais l’analyse de la NASA ne vaut que pour les corps spatiaux déjà catalogués. Selon une enquête de Sciences & Vie, reprenant des chiffres de la NASA, seuls 30 % des corps de plus de 140 mètres, ceux capables de rayer une ville de la carte, sont référencés, selon les estimations de l’agence spatiale américaine. Sous les 30 mètres, seuls 2 % des astéroïdes sont connus.

Au sein des professionnels, l’inquiétude de Jim Bridenstine est partagée. Lindley Johnson, qui officie en tant que responsable du programme de surveillance des astéroïdes de la NASA, a déclaré à nos confrères que « nous pourrions avoir à faire face à un impact significatif avec pas, ou peu de temps pour réagir  ». Même son de cloche chez Patrick Michel, astrophysicien au CNRS. « C’est peu probable, mais ça va forcément arriver un jour. On ne sait juste pas quand  ».

« Ça va forcément arriver un jour. On ne sait juste pas quand »

Reste à savoir ce que l’on entend par impact significatif : est-ce une menace pour une ville, pour une région, pour un pays ? Voire pour toute l’humanité ? Il existe d’ailleurs à ce sujet une échelle qui permet de caractériser si un corps spatial constitue ou non un risque existentiel pour le genre humain : il s’agit de l’échelle de Turin, qui compte dix niveaux. Pour l’heure, aucun corps n’a été évalué comme dangereux.

Au-delà de savoir si une collision surviendra au cours de notre temps et de se demander quelle forme un tel évènement prendra s’il survient (est-ce que ce sera vraiment un impact au sol ou une désintégration dans l’atmosphère, suffisante toutefois pour produire une onde de choc dévastatrice ?), l’essentiel est de savoir si l’humanité serait prête à endurer le choc et si des réponses sont envisageables.

L’option d’envoyer des foreurs dans l’espace ne sera probablement pas retenue dans la réalité. // Source : Touchstone Pictures

C’est pour cela que des exercices sont menés régulièrement, entre les agences spatiales mais aussi en impliquant parfois les autorités chargées du maintien de l’ordre et des situations de crise. La tenue même d’une conférence sur la défense planétaire illustre bien la prise de conscience qu’il y a à anticiper le plutôt possible toute menace spatiale, d’en évaluer la dangerosité et de s’y préparer le cas échéant.

Outre la détection le plus tôt possible et le calcul le plus précis des trajectoires, il existe divers scénarios de riposte pour détruire ou dévier la menace : cela va de la volée de missiles nucléaires à l’envoi d’un impacteur (c’est le programme Dart), en passant par des projets plus ou moins avancés, incluant attraction universelle pour le dévier et foreuse pour le vaporiser.

Crédit photo de la une : Pixabay (photo recadrée)

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