Dans la nuit du 27 au 28 mars 2021, la France passe à l'heure d'été. Pourquoi change-t-on d'heure ? Et allons-nous perdre ou gagner une heure ? Voici ce qu'il faut savoir sur cette mesure, qui était censée prendre fin cette année.

La France s’apprête encore une fois à changer d’heure, dans le contexte particulier de l’épidémie de coronavirus et, pour certains départements, d’un confinement. Le matin du dimanche 28 mars 2021, il faudra changer l’heure de votre montre ou de votre réveil, si elle se règle manuellement. Nous aurons changé d’heure au cours de la nuit précédente. À quoi sert-il de changer d’heure ? Aurons-nous avancé ou reculé par rapport à l’ancienne heure ? Et qu’en est-il de l’abandon de cette mesure, qui était censée prendre fin en 2021 ?

Pour aborder le week-end des 27 et 28 mars avec sérénité, voici ce qu’il faut savoir sur ce prochain changement d’heure.

Faut-il avancer ou reculer sa montre ?

Le passage à l’heure d’été est prévu pour le dimanche 28 mars 2021 à 2 heures du matin. Il sera alors 3 heures. Autrement dit, il faudra ajouter 60 minutes à l’heure affichée. Nous allons donc avancer d’une heure. Et donc dormir moins longtemps.

Comment retenir facilement dans quel sens s’effectue le passage à l’heure d’été ? Vous pouvez utiliser un moyen mnémotechnique. En octobRE, l’heure REcule ; en mArs, elle Avance. Les anglophones ont trouvé une technique encore plus simple : ils parlent de « Daylight Saving Time » pour désigner l’heure d’été, c’est-à-dire celle qui est décalée par rapport au fuseau horaire. En octobre, quand on passe à l’heure d’hiver, on passe à l’heure « normale ».

Inutile de détruire votre réveil si vous avez moins dormi, il n’y est pour rien. // Source : Pexels/Karl Gerber (photo recadrée)

D’où vient le changement d’heure ?

Le changement d’heure a été envisagé bien avant le 20e siècle. En 1784, l’écrivain et homme politique américain Benjamin Franklin évoque cette idée dans Le Journal de Paris. Sur un ton visiblement teinté d’humour et de moqueries, il présente les économies de bougies que permettrait cette mesure et s’amuse du fait que les Français ne verraient jamais, d’après lui, la lumière du soleil avant midi.

En France, l’heure d’été est instituée en 1917, avant d’être abandonnée en 1945. Cette année-là, l’heure légale est fixée avec une heure de décalage par rapport à l’heure de son fuseau horaire (GMT+1). Le changement d’heure est rétabli en 1976, à la suite du choc pétrolier de 1973 : l’objectif est de faire des économies d’énergie en réduisant la nécessité d’utiliser l’éclairage en soirée. Cette mesure, qui était censée être provisoire, est toujours en application.

En 1998, le changement d’heure est harmonisé à l’échelle de l’Union européenne afin de faciliter les échanges entre les États. Chaque pays passe à l’heure d’été le dernier dimanche de mars et à l’heure d’hiver le dernier dimanche d’octobre.

Pourquoi le changement d’heure est-il contesté ?

Le changement d’heure sert-il à quelque chose ? Les Français semblent en tout cas vouloir majoritairement en finir avec cette mesure. Entre le 4 février et le 3 mars 2019, la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale a recueilli plus de 2 millions de réponses lors d’une consultation. 83 % des participants se sont exprimés en faveur de la fin du changement d’heure. La consultation a aussi permis d’apprendre que 61 % des personnes ayant répondu ont « une expérience négative ou très négative » du changement d’heure.

Ces réponses reflètent les critiques régulièrement adressées à l’encontre de cette mesure. À l’origine, le changement d’heure devait permettre de réaliser des économies d’énergie. En 2017, le Service de recherche du Parlement européen a présenté une analyse qui montre que les économies d’énergies existent, mais que leur portée reste « marginale ».

Les économies d’énergies sont marginales. // Source : Pexels/eric anada (photo recadrée)

Le ministère de la Transition écologique et solidaire assure que le changement d’heure a permis d’économiser 440 gigawatts-heure (GWh) en éclairage en 2009. Cela correspond à la consommation de 800 000 ménages. « Grâce à ces économies, la France a ainsi évité l’émission de 44 000 tonnes de CO2 », écrit le gouvernement. Si l’on compare cela à la consommation électrique nationale, de 486,4 térawatts-heure (TWh) la même année, on voit que la diminution reste faible, de l’ordre de 0,09 %.

Quand va-t-on arrêter de changer d’heure ?

Le 26 mars 2019, le Parlement européen a voté en faveur de la fin du changement d’heure. À ce stade, le texte des députés n’était donc pas encore adopté de façon définitive. Il devait encore faire l’objet de négociations avec le Conseil de l’Union européenne, composé des ministres des États membres. Les parlementaires avaient considéré, comme les ministres européens des Transports en octobre 2018, qu’il était réaliste que la fin du changement d’heure prenne effet en 2021.

Or, depuis, aucune décision n’a été prise. Le dossier n’a pas avancé du côté du Conseil de l’UE : Numerama l’a vérifié auprès de l’institution, elle n’a toujours pas donné sa position sur le sujet. La pandémie a probablement retardé les décisions. Tant que le sujet n’est pas à l’agenda du conseil, le système actuel continue. On ne peut donc pas encore affirmer qu’en 2021, on changera d’heure pour la dernière fois.

Si le texte venait enfin à être adopté officiellement, la prochaine étape serait, pour chaque pays de l’union, de choisir entre conserver l’heure d’été ou l’heure d’hiver.

Faut-il rester à l’heure d’été ou l’heure d’hiver ?

La consultation adressée aux Français par l’Assemblée nationale anticipait cette interrogation : sur quel fuseau rester après la fin du changement d’heure ? Autrement dit, vaudrait-il mieux adopter définitivement l’heure d’hiver ou l’heure d’été ? 56 % des participants ont répondu vouloir rester à l’heure d’été, tandis que 36 % ont une préférence pour l’heure d’hiver.

Quels sont les arguments en faveur de l’heure d’été ? Le plus évident est celui de l’ensoleillement, qui dure plus longtemps le soir. S’il n’y avait pas de passage à l’heure d’été en mars, le soleil se coucherait plus tôt. Il se lèverait aussi une heure plus tôt, alors que nous sommes encore nombreux à dormir. David Prerau, auteur d’un ouvrage sur le « Daylight Saving Time », expliquait pourquoi l’heure d’été ne mérite pas selon lui les critiques qui lui sont adressées. Il estime que le problème vient des effets du changement d’heure… et pas des soirées ensoleillées. Aux États-Unis, une étude des Instituts américains de la santé soulignait en 2008 un argument en faveur de l’ensoleillement : il permet à notre corps de produire davantage de vitamine D. Ces soirées seraient aussi propices pour faire de l’exercice et socialiser davantage.

Que répondent les fervents défenseurs de l’heure d’hiver ? Pour l’ACHED (l’Association contre l’heure d’été double), l’heure d’été est « une mesure abusive ». Mais l’argumentaire de l’association n’est pas des plus convaincant : elle estime que « l’heure naturelle » est celle du fuseau horaire de Greenwich (UTC±00:00), et que la France (qui en hiver est à UTC+01:00) devrait avoir la même heure légale que le Royaume-Uni.

Quels risques et effets sur la santé ?

Le passage à l’heure d’été est controversé à cause de ses effets sur l’organisme. Lors du passage à l’heure d’été, nous perdons 1 heure de sommeil. « Le changement d’heure perturbe notre horloge interne qui contrôle nos différents rythmes biologiques », explique Véronique Fabre, enseignante-chercheuse au sein de l’INSERM.

Dans son rapport publié en 2010, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) tente d’estimer les impacts du changement d’heure sur la santé. On y apprend notamment que la Suède a constaté une hausse de 5 % du nombre d’infarctus dans la semaine suivant le changement d’heure (d’après l’institut Karolinska de Stockholm, qui décerne des prix Nobel de médecine et physique).

En 2016, la Direction de la sécurité et de la circulation routière (DSCR) assure que « chaque année, les jours suivant le changement d’heure enregistrent un pic d’accidentalité de + 40 % pour les piétons en fin de journée » au passage à l’heure d’hiver. La nuit, qui tombe plus tôt entre octobre et mars, pose des problèmes de visibilité des enfants qui sortent de l’école ou des adultes sur leur trajet professionnel.

Globalement, l’Ademe invite à considérer les études menées sur les effets néfastes du changement d’heure avec du recul. « La méthodologie employée pour déterminer les effets néfastes du changement d’heure est parfois discutable », écrit l’agence.

De façon similaire, la Commission européenne estime que « les éléments de preuve concernant les effets globaux sur la santé (c’est-à-dire la mise en balance des effets négatifs et positifs présumés) ne sont pas concluants ». De même pour le lien entre l’heure d’été avec les accidents de la route, la Commission estime que « les éléments de preuve ne sont pas concluants ».

S’adapter au changement d’heure semble plus difficile en mars qu’en octobre, puisque l’on perd une heure. Le passage à l’heure d’été a un impact qui semble plus évident sur notre rythme biologique, fondé sur un cycle de 24 heures. Avec l’heure gagnée le soir, le coucher est plus tardif qu’avec l’heure d’hiver.

Pour préparer en douceur ce changement, vous pouvez essayer se suivre quelques conseils : par exemple, décaler votre rythme les jours qui précèdent le changement d’heure, en vous levant 20 à 30 minutes plus tôt. Vous pouvez aussi essayer de vous exposer davantage à la lumière naturelle le matin, car elle est notre principal synchroniseur externe.

Article publié initialement le 28 mars 2019 et mis à jour le 27 mars 2021

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