Les crustacés qui vivent entre 7 et 11 kilomètres de profondeur dans l'océan n'échappent pas aux microplastiques. Des chercheurs ont découvert qu'ils ingèrent ces matériaux issus des activités humaines.

Même dans les profondeurs de l’océan, les crustacés ingèrent du plastique. Des chercheurs ont dressé ce constat le 27 février 2019 au sein de la revue Royal Society Open Science : ils ont découvert que ces animaux vivant dans les abysses contiennent du plastique.

L’étude a été menée dans la ceinture du Pacifique, dans des zones sous-marines profondes. Les chercheurs ont fait leurs prélèvement entre 7 et 11 kilomètres de profondeur, dans les abysses de l’océan. Sur 90 spécimens d’amphipodes (des petits crustacés dont la taille est estimée en centimètres), 65 avaient ingéré au moins une microparticule de plastique — soit un ratio de 72 %.

Dans la fosse des Mariannes située au nord-ouest du Pacifique, la plus profonde connue (jusqu’à 10 971 mètres), 100 % des amphipodes avant ingéré au moins un fragment.

Les fosses océaniques étudiées // Source : Royal Society Open Science, Jamieson, Brooks, Reid, Piertney, Narayanaswamy, Linley

Comme avaler une corde de 2 mètres

Ces microplastiques arrivent dans les profondeurs de l’océans de plusieurs manières, poursuivent les scientifiques. Ils peuvent être rejetés lors d’activités maritimes comme la pêche ou sont le résultat de la fragmentation de plus gros débris. Ils notent aussi que les « fibres synthétiques provenant du lavage des vêtements […] entrent dans l’environnent marin par l’intermédiaire des eaux usées ».

Un microplastique mesure moins de 5 millimètres. « C’est comme si vous avaliez une corde de polypropylène de 2 mètres et que vous espériez que ça n’a pas d’impact sur votre santé », explique Alan Jamieson, spécialiste de l’écologie marine à l’université de Newcastle (Royaume-Uni) et co-auteur de l’étude.

Les spécimens analysés. // Source : Royal Society Open Science, Jamieson, Brooks, Reid, Piertney, Narayanaswamy, Linley

Ces matières sont « plastiques et synthétiques » : on retrouve du nylon, du polyéthylène, du polyamide, de l’alcool polyvinylique ou encore du polychlorure de vinyle. Les chercheurs ont aussi trouvé des matières semi-synthétiques : de la rayonne (c’est à dire de la viscose) et du lyocell (produit à partir de pulpe de bois).

Les plus profonds enregistrements réalisés

Les auteurs sont formels : il s’agit selon eux des « enregistrements les plus profonds d’ingestion de microplastique ». Ces débris plastiques que l’humain propage — et ingère lui aussi — parviennent jusque dans les grandes profondeurs de l’océan et n’épargnent pas les organismes qui peuplent ces espaces.

« Les plastiques représentent sans doute l’indicateur le plus clair de l’impact de l’humanité au détriment des océans », assurent les scientifiques, convaincus que plus aucun écosystème marin n’échappe désormais à cette pollution.

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