La Russie a mené, en toute discrétion, une manœuvre orbitale délicate au cours de laquelle deux satellites se sont frôlés. Un ballet cosmique repéré par des radars au sol et qui soulève de nombreuses questions.

Les satellites en orbite au-dessus de nos têtes gagnent sans cesse en sophistication et en maîtrise, mais il y a une manœuvre clé qui reste, la plupart du temps, très difficile à mener : le rendez-vous orbital. Le but : faire en sorte que deux appareils s’approchent, voire se touchent.

Dans la mesure où l’on parle d’engins qui voyagent tout de même à 28 000 kilomètres par heure, entreprendre ce type de prouesse est loin d’être évident. À la moindre imprécision, il y a le risque de voir les deux satellites se percuter, devenant ainsi inopérants, et générant par la même occasion un dangereux nuage de débris.

Un délicat ballet cosmique

C’est pourtant ce qu’aurait réussi à faire la Russie, tout récemment, d’après des observations par des radars au sol. C’est l’entreprise américaine Comspoc, spécialisée dans la surveillance des engins spatiaux, qui a dévoilé cette acrobatie dans un message sur le réseau social X. Elle décrit un ballet cosmique particulièrement technique entre plusieurs engins russes.

Tout d’abord, le satellite COSMOS 2581 et COSMOS 2583 se sont rapprochés à une distance minimale d’environ trois mètres l’un de l’autre, ce qui est extrêmement compliqué à effectuer sans incident. Pendant ce temps, un autre engin, COSMOS 2582, regardait la scène à moins de 100 kilomètres de distance. Il a ainsi pu voir un autre invité appelé Objet F, qui pourrait être un micro-satellite relâché par COSMOS 2583, s’approcher des autres, et passer à 15 kilomètres de COSMOS 2582, puis à 10 kilomètres de COSMOS 2581, sans que ceux-ci ne réalisent la moindre action d’évitement, comme c’est normalement le cas lorsque deux satellites sont si proches l’un de l’autre.

Tout ceci semble montrer que la manœuvre était belle et bien volontaire, et qu’il n’y a pas eu de gêne provenant de cet Objet F. Par ailleurs, cet épisode démontre l’ampleur du savoir-faire russe en la matière, alors que l’ensemble de ces opérations se déroule secrètement et qu’il s’agit d’expérimentations à but militaire.

L’enjeu du rendez-vous orbital

Mais comme le souligne le site Space, ce n’est pas forcément une première venant de la Russie. Déjà l’année dernière, ce même trio avait été impliqué dans un autre type de manœuvre ressemblant à des opérations de proximité. Mais peu d’informations avaient pu être connues car la Russie n’a absolument pas communiqué dessus.

Il est à noter qu’en 2020 un autre engin similaire s’était approché à à peine quelques centaines de kilomètres d’un satellite militaire américain. Suffisant pour inquiéter les États-Unis dans un contexte de fortes tensions géopolitiques.

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Vue d’artiste d’un rendez-vous orbital avec une technique d’approche par laser. Source : ESA

Si l’objectif précis de la Russie reste encore mal connu, d’autres nations cherchent à maîtriser ce type de rendez-vous orbital. L’opération est délicate mais représente un véritable tournant stratégique.

Si, sur le papier, cette prouesse technique pourrait permettre de refaire le plein de carburant ou de réparer des engins, l’enjeu militaire est tout autre : il s’agit avant tout de maîtriser l’inspection spatiale (s’approcher discrètement d’un satellite d’une nation rivale pour l’espionner) ou de développer des armes antisatellites. Ces fameux « satellites tueurs » seraient capables de s’approcher d’une cible ennemie pour la brouiller, la dégrader ou la détruire.

Actuellement, plusieurs tentatives ont déjà eu lieu, et ont réussi, mais l’opération reste délicate et demande une surveillance extrême de la part des équipes au sol, alors que l’ambition serait de pouvoir automatiser le processus.

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