L’Europe spatiale cherche à revenir à la hauteur des Américains sur les fusées réutilisables. ArianeGroup envisage une évolution majeure pour Ariane 6 : remplacer ses propulseurs à poudre par des boosters réutilisables dérivés de la mini-fusée Maia.

C’est une nécessité de plus en plus criante en Europe : la fusée Ariane 6, bien que toute récente et opérationnelle depuis l’été 2024, doit évoluer pour rester compétitive. Si le lanceur lourd européen a été conçu comme une fusée classique, la cadence effrénée imposée par les fusées Falcon 9 de SpaceX oblige le Vieux Continent à se remuer.

La finalité est claire : il s’agit de basculer enfin dans cette ère des lanceurs en partie réutilisables, qui fait tant défaut à l’Europe pour proposer des prix compétitifs et réduire ses coûts. Pour revenir au niveau de SpaceX, qui a mis sens dessus dessous le secteur, la solution pour ArianeGroup pourrait venir de sa filiale MaiaSpace.

Remplacement de boosters

Comme le rapporte le site spécialisé European Spaceflight le 7 janvier 2026, ArianeGroup a soumis une proposition technique dans le cadre de l’initiative BEST (Boosters for European Space Transportation) de l’Agence spatiale européenne (ESA). L’objectif affiché ? Encourager la concurrence pour de nouveaux concepts de futurs étages réutilisables ou propulseurs.

En l’espèce, le plan d’ArianeGroup consiste ici à faire une première mise à jour d’Ariane 6 : remplacer ses actuels propulseurs d’appoint à poudre (ESR — Equipped Solid Rocket) par des boosters liquides réutilisables (LRB — Liquid Reusable Booster). Ceux-ci iraient par deux ou par quatre sur la fusée, en fonction de la configuration retenue.

Retrait d'Ariane 6 de son portique. // Source : CNES/ESA/Arianespace-ArianeGroup/Optique Vidéo CSG/S Martin, 2023 (modifié avec Canva)
Ariane 6, avec à ses pieds, les boosters. // Source : CNES/ESA/Arianespace-ArianeGroup/Optique Vidéo CSG/S Martin, 2023

Aujourd’hui, la fusée européenne s’envole grâce à la poussée combinée de son étage principal (propulsé par le Vulcain 2.1) et deux ou quatre boosters (de type P120C). Ceux-ci, une fois vides, se détachent du lanceur et chutent dans l’océan. Ils sont alors perdus. C’est donc par eux que viendraient les premières briques technologiques pour une fusée réutilisable.

Greffer Maia sur Ariane

C’est là qu’intervient MaiaSpace. Cette filiale d’ArianeGroup travaille de son côté sur son propre mini-lanceur réutilisable, le Maia. Si l’engin n’a pas encore fait ses preuves, la proposition faite ici consiste à dériver le premier étage de Maia pour en faire un nouveau type de booster pour Ariane 6. Comme les premiers étages de la Falcon 9 servent de boosters au Falcon Heavy.

Cette piste n’est pas nécessairement une première. Dès 2022, l’industriel a fait publiquement mention de ces boosters liquides réutilisables. Le lien avec la technologie de MaiaSpace semble se préciser et c’est d’ailleurs en 2022 que cette filiale a vu le jour. La synergie industrielle est évidente : les avancées du mini-lanceur profitent à la fusée lourde pour évoluer.

Pour fonctionner, tout l’enjeu de la fusée réutilisable est de pouvoir être récupérée. L’approche la plus avancée, que suit SpaceX, consiste à avoir des boosters capables de revenir se poser après la séparation. Ensuite, une fois les contrôles d’usage pour vérifier l’état des propulseurs, ils seraient remis sur pied et parés pour la mission suivante.

Falcon 9
L’objectif rêvé de l’Europe. // Source : NASA/SpaceX

Un plan qui reste à concrétiser

Il convient toutefois de rester prudent sur le calendrier. Comme le précise European Spaceflight, cette évolution n’en est pour l’instant qu’au stade des études de faisabilité (Phases 0/A et B1). Par ailleurs, beaucoup de choses dépendent aussi des succès et des performances à venir de Maia, dont les débuts sont attendus en 2026.

L’autre facteur-clé se situe dans le financement du programme BEST, et ici le flou demeure. Cependant, notent nos confrères, le volet « réutilisabilité » du programme préparatoire pour les futurs lanceurs, dans le cadre duquel l’initiative devrait s’inscrire, a reçu des contributions totalisant 81,28 millions d’euros.

À terme, si une telle trajectoire est soutenue, l’Europe pourrait aligner enfin une première fusée partiellement réutilisable, et idéalement avant la fin de la décennie 2020. Une fusée un peu plus flexible, en attendant des mises à jour plus spectaculaires, qui viendraient toucher cette fois le cœur d’Ariane 6, sur son premier étage, et peut-être un jour, sur son second.

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