À travers l’analyse de parties d’échecs, une étude montre que l’exposition à un air davantage pollué aux particules fines affecte la prise de décision.

« Nous avons découvert que lorsque les individus sont exposés à des niveaux plus élevés de pollution atmosphérique, ils commettent plus d’erreurs, et des erreurs plus importantes », affirme Juan Palacios, coauteur de travaux publiés fin janvier 2023.

Pour évaluer l’impact de la pollution de l’air sur la prise de décision, les auteurs se sont penchés sur le jeu d’échecs — qui implique autant de la réflexion que de la stratégie. Ils ont analysé plusieurs parties à l’aide d’une intelligence artificielle spécifiquement dédiée aux jeux.

Résultat, quand la concentration en particules fines (PM2.5) augmentait, les joueurs et les joueuses faisaient davantage d’erreurs — et des erreurs dont la sévérité augmentait en même temps que la concentration. C’était, en effet, proportionnel : une augmentation de 10 microgrammes par mètre cube dans les niveaux de particules fines augmente le nombre d’erreurs de 2,1 % et l’ampleur d’une erreur de 10,8 %. Cela signifie qu’il y a un impact sur la performance cognitive, dans la prise de décision.

« Être exposé à différents niveaux de qualité de l’air fait une différence »

Les taux de concentration en particules PM2.5 dans les environnements étudiés allait de 14 à 70 microgrammes (µg) par mètre cube (m³). Ce sont des niveaux que l’on retrouve dans de nombreuses grandes villes à travers le monde. À Paris, elle est en moyenne de 14,7 µg/m³, mais cela varie selon la période : au moment où l’écrit cet article, elle est de 25 µg/m³. À New York, la moyenne est de 35 µg/m³.

Le jeu d'échecs demande une prise de décision stratégique. // Source : Chase Clark sur Unsplash
Le jeu d’échecs demande une prise de décision stratégique. // Source : Chase Clark sur Unsplash

Afin d’établir le lien entre les performances des joueurs d’échecs et la pollution de l’air, les auteurs ont éliminé les autres explications possibles — ne trouvant pas de lien avec les changements de dioxyde de carbone, de température, de bruit, ni avec la qualité des adversaires. Dans l’environnement contrôlé des tournois d’échecs étudiés, situés en Allemagne, ils ont installé des capteurs de dioxyde de carbone, de température et de particules PM2.5. Ils ont étudié trois tournois, durant chacun huit semaines, en 2017, 2018, 2019. Au total, cela représente une base de données massive de 30 000 décisions (mouvements de pièces) pour 121 joueurs au cours de 609 parties. Puis, ils ont ajouté à cela l’étude de tournois historiques, sur 20 ans, en récupérant les données de la qualité de l’air lors de ces événements.

« Contre des adversaires comparables au cours d’un même tour de tournoi, le fait d’être exposé à différents niveaux de qualité de l’air fait une différence pour la qualité des coups et la qualité des décisions », indique Juan Palacios auprès de MIT News. Il relève par ailleurs que les erreurs se produisent principalement durant la phase lors de laquelle les joueurs sont soumis à une « pression temporelle » : « Lorsque ces joueurs n’ont pas la capacité de compenser [une] performance cognitive moindre par une plus grande délibération, [c’est] là que nous observons les impacts les plus importants. »

La pollution de l’air a des effets de plus en plus reconnus. En 2020, une étude n’hésitait pas à la comparer à une forme de pandémie. Il semblerait par ailleurs qu’un humain sur deux, au moins, soit exposé à une dégradation croissante de sa qualité de l’air, campagnes y compris.


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