Une fusée Longue Marche 5B retombée sur Terre, sans aucun contrôle, a fini sa chute dans l’océan Pacifique. La catastrophe humaine a été évitée, mais la situation n’est pas réjouissante pour autant.

La fusée chinoise est retombée sur Terre de manière totalement incontrôlée, ce vendredi 4 novembre 2022. Le lanceur a fini sa descente à 11h01 (heure française) au sud de l’océan Pacifique, a confirmé l’United States Space Command. La probabilité était faible que les gros débris du véhicule spatial tombent sur une zone peuplée. Cependant, elle n’était pas inexistante. Le retour de la fusée chinoise, même s’il s’est passé sans dommages, ne change pas la situation : c’est un choix complètement irresponsable de faire retomber un lanceur sur Terre sans le contrôler.

L’étage de la fusée, une Longue Marche 5B (CZ-5B), s’est vraisemblablement brisé en deux morceaux principaux. La carte suivante montre une ligne rouge, qui relie les positions estimées de ces débris lors de la rentrée. Selon l’astrophysicien Jonathan McDowell, du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, « certains débris auraient pu aller jusqu’à Puerto Escondido » (au Mexique).

Les endroits où ont du tomber les deux morceaux de la fusée. // Source : Via Twitter @planet4589
Les endroits où ont dû tomber les deux morceaux de la fusée. // Source : Via Twitter @planet4589

La Chine parie que ses fusées vont retomber sans incident : jusqu’à quand ?

« La Chine a de nouveau parié, et cette fois, elle a gagné : son étage de fusée est descendu au-dessus du Pacifique équatorial à 10h01 UTC. La chute incontrôlée d’objets de 20 tonnes est toujours irresponsable », complète Jonathan McDowell. Certes, aucune perte humaine n’est à déplorer, mais la situation a suscité beaucoup d’inquiétude et a eu des conséquences importantes. En Espagne, de nombreux aéroports ont dû fermer à cause de cette fusée chinoise, par mesure de précaution. Au sud de la Corse également, l’espace aérien français a aussi été fermé pendant une heure, entre 9h30 et 10h30.

La fusée CZ-5B en question a été lancée dans l’espace le 31 octobre. L’objectif était d’envoyer le troisième module de la station spatiale chinoise Tiangong en orbite terrestre. Cependant, la Chine n’a pas anticipé ce qu’il allait ensuite arriver à son lanceur, devenu un débris spatial. La CZ-5B a atteint l’orbite, sans qu’aucune manœuvre de désorbitation ne soit prévue. Résultat, le véhicule spatial s’est retrouvé livré à lui-même, hors de tout contrôle, pour le faire redescendre en toute sécurité sur Terre. Pour rappel, la masse initiale du lanceur était estimée à plus de 22 tonnes. Sur l’ensemble de ce matériel, il a été estimé que 5 à 9 tonnes devraient atteindre le sol lors de la retombée de la fusée sur Terre.

Le fait que la Chine décide de lancer un engin aussi imposant dans l’espace, sans se préoccuper des conséquences, pose un sérieux problème de sécurité. Cette fois-ci, il n’y a pas eu d’incident. En juillet 2022, lors d’un précédent tir de la CS-5B, la catastrophe n’avait pas eu lieu non plus, mais des débris avaient été retrouvés non loin de villages. À quelques centaines de mètres près, l’issue de cette retombée de fusée aurait pu être bien plus dramatique.

Le sujet risque probablement d’être vite oublié dans les prochains jours et de ne revenir sur le devant de la scène qu’au prochain décollage d’une Longue Marche 5B. Alors que les risques ne sont plus à démontrer. Dans le top 6 des plus grosses retombées incontrôlées jamais réalisées, les Longue Marche 5B occupent 4 places (de la 3e à la 6e). La plupart des retombées incontrôlées d’objets aussi imposants qui eu lieu durant 50 dernières années étaient d’origine accidentelle. Jusqu’aux lancements des CZ-5B. Faudra-t-il un accident pour que la Chine cesse enfin de prendre des risques aussi inconsidérés ?