Le gouvernement liste plusieurs actions à mener dans le numérique, dans le cadre du plan de sobriété énergétique. Nombre de ces leviers reposent sur l’incitation.

On connait désormais les principaux axes du plan de sobriété énergétique pour que la France passe l’hiver sans mettre sous tension son réseau électrique. La Première ministre Elisabeth Borne a décliné devant la presse le 6 octobre tous les leviers à actionner, afin que la crise énergétique ne se débouche pas sur un écroulement de la distribution électrique.

Le plan ratisse large : l’industrie, le logement, les collectivités territoriales, l’État, les transports, les entreprises, le tertiaire, la culture, le sport… les propositions par secteur sont multiples. Le numérique, évidemment, est aussi dans la boucle. Dans ce domaine, le gouvernement a retenu trois pistes : dans les télécoms, au niveau des centres de données et sur la puissance de calcul.

Davantage de veille pour les box et les décodeurs TV

Concernant les télécommunications, les opérateurs vont devoir définir les critères d’un paramétrage des box Internet et des décodeurs TV pour que ces appareils passent en veille quand ils ne sont pas utilisés. Les fournisseurs d’accès à Internet comme Orange, SFR et Bouygues Telecom n’ont pas attendu le 6 octobre pour commencer à communiquer.

Pour l’heure, les trois opérateurs sont plutôt adeptes de l’incitation : SFR parle ainsi de délivrer « des conseils » à sa clientèle pour « éteindre la box si elle n’est pas utilisée ». Idem pour Bouygues Telecom, qui évoque l’éco-geste consistant à « éteindre sa box ou son décodeur en cas d’absence ». Orange prévoit même des SMS en cas de pic de consommation.

Livebox 6 Orange horizontal
Une Livebox 6. // Source : Numerama

Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, la consommation annuelle d’une box est en moyenne de 97 kWh/an. Dans le cas d’un décodeur, c’est 87 kWh/an. Le document du gouvernement mentionne des seuils plus élevés, en se fondant sur une étude de Green IT. Une box consomme 158 kWh/an. Certains modèles jusqu’à 300 kWh/an.

Au-delà de la valeur exacte de la consommation de la box, ce sont les critères de la bascule en veille et les circonstances dans lesquelles elle se déclenche qu’il faudra observer. Il a été fait remarquer qu’il ne faudrait pas « couper » les box Internet à tort et à travers, car celles-ci peuvent être au cœur d’un environnement domotique (en clair, la maison connectée).

Éteindre une box aura aussi pour effet de rendre inopérants des équipements : caméras de surveillance, chauffage, volets roulants, capteurs… L’idée de la mise en veille ou de l’extinction de la box requiert de pouvoir l’appliquer au cas par cas afin de ne pas provoquer une hausse de la consommation énergétique, ce qui pourrait advenir dans certains cas de figure.

Climatiser moins fort les data centers

Les centres de traitement de données (data centers) sont une composante critique du net : c’est là où sont stockées des quantités toujours plus massives d’informations. Ces fichiers se trouvent sur des serveurs, qui chauffent dans le cadre de leur fonctionnement. Il faut donc constamment les refroidir pour qu’ils marchent correctement.

La stratégie ici est de moins refroidir les salles où sont stockés les serveurs. En se passant sur les chiffres de 2022 rapportés par France Data Center, une remontée de 2°C (de 21 à 23°C) diminuerait la consommation d’énergie de l’ordre de 7 à 10 %. Par ailleurs, il est aussi prévu « d’améliorer l’efficacité énergétique » des data centers de l’État — aucun détail n’est fourni.

câble réseau data center tech
Moins de clim’ pour les données. // Source : CommScope

Déplacer certains calculs informatiques très intenses

Troisième axe significatif du côté du numérique : déplacer certains gros traitements informatiques, très énergivores, puisqu’ils font tourner à plein régime de nombreux appareils, sur des créneaux plus favorables. En clair, moins utilisés au niveau national. Mais pour ce dernier point, un travail doit encore être fait pour déterminer les bons créneaux.

Pour que les entreprises s’y retrouvent, il est question d’y associer une tarification incitative — un peu comme un mécanisme d’heures pleines / heures creuses. Cela pourrait être par exemple en pleine nuit, là où le réseau est moins sollicité. Là encore, le plan repose sur l’engagement volontaire des parties, plutôt que par un cadre obligatoire.

Quelques autres mesures non détaillées

  • Sensibiliser et former les agents et les salariés sur les écogestes et les bons gestes du numérique ;
  • Rationaliser le stockage des données au sein de l’entreprise ;
  • Mettre en place des mécanismes de bonne hygiène de gestion des documents et des e-mails ;
  • Adapter les systèmes de refroidissement des serveurs qui stockent les données ;
  • Encourager à utiliser le Wi-Fi lorsqu’il est disponible dans l’entreprise ;
  • Mettre en veille ou, si cela est possible, éteindre le matériel réseau quand il n’est pas utilisé dans l’entreprise ;
  • Réduire la luminosité des écrans et éteindre le ou les écrans supplémentaires lorsqu’ils ne sont pas nécessaires ;
  • Mettre en veille prolongée ou éteindre le poste de travail en cas d’absence ;
  • Avant d’acheter un appareil, s’orienter vers des produits porteurs de labels environnementaux, plus respectueux de l’environnement et de la santé (ce qui n’a pas nécessairement d’incidence sur la consommation elle-même) ;
  • Privilégier les appareils les moins gourmands en énergie et les plus durables, grâce à l’indice de réparabilité.