Le patron de l’agence spatiale Roscosmos a confirmé à Vladimir Poutine le désengagement de la Russie de l’ISS à partir de 2024. Le devenir des modules russes est incertain.

2024 sera donc l’année qui marquera la fin de la contribution de la Russie à la Station spatiale internationale (ISS). Cette échéance a été confirmée ce mardi 26 juillet 2022 par Iouri Borissov, le nouveau directeur général de Roscosmos, l’agence spatiale russe. Des extraits d’un entretien avec Vladimir Poutine, le président de la Russie, ont été publiés sur le site du Kremlin.

« La décision de quitter [l’ISS] après 2024 a été prise », a-t-il fait savoir. Iouri Borissov a pris ses fonctions au cours du mois de juillet, en remplacement de Dmitri Rogozine, en poste depuis 2018 et que l’on dit pourtant proche de Poutine. Ces derniers mois, Rogozine avait multiplié les remarques douteuses à l’égard d’Elon Musk et de Starlink, mais aussi de l’ISS.

Iouri Borissov
Iouri Borissov lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine. // Source : Kremlin

Les raisons qui ont poussé le Kremlin à « débrancher » Rogozine de son poste pour le remplacer par Borissov ne sont pas claires. L’attitude de plus en plus belliqueuse de l’intéressé envers ses partenaires occidentaux a peut-être pesé dans la balance. Les difficultés de l’industrie spatiale russe, touchée par les sanctions occidentales dans le cadre de la guerre en Ukraine, aussi.

Les soucis rencontrés par le secteur spatial russe ont été évoqués d’une phrase par Borissov dans son échange avec Poutine — du moins dans ce qui a été rendu public par le Kremlin. « Le secteur se trouve dans une situation difficile », a-t-il ainsi admis. Entre autres, la Russie a des difficultés pour s’approvisionner en composants pour construire des satellites et équipements divers.

D’ici 2024 toutefois, pas question pour la Russie de faillir à ses devoirs. « Nous remplirons toutes nos obligations envers nos partenaires », a confirmé le chef de Roscosmos, « dans le cadre de la coopération internationale ». Et ensuite ? La Russie devrait mener à bien son propre projet de station spatiale, comme par le passé avec le programme Mir.

« La décision de quitter [l’ISS] après 2024 a été prise »

Iouri Borissov

Mir était une station spatiale russe qui est née à l’époque soviétique, en 1987. Elle comptait sept modules qui ont été ajoutés les dix années suivantes. Et si la station a été surtout fréquentée par des Russes, des spationautes européens ont aussi séjourné à bord, dont les Français Jean-Loup Chrétien, Michel Tognini, Jean-Pierre Haigneré, Claudie Haigneré et Léopold Eyharts.

Mir a été désorbitée en 2001 et la Russie contribuait déjà à l’époque à l’assemblage de l’ISS. Le premier module est d’origine russe, d’ailleurs : Zarya. Il a été positionné en orbite autour de la Terre dès 1998. Et au moment de la chute de Mir dans l’océan, l’ISS disposait déjà de plusieurs autres éléments, dont les bras mécaniques, les panneaux solaires, un laboratoire et quelques modules.

Quel avenir pour le segment russe de l’ISS ?

Le départ de la Russie à partir de 2024 pose forcément la question de savoir ce qu’il adviendra du segment russe de l’ISS. Moscou va-t-il le laisser aux autres sans contrepartie ou voudra-t-il le vendre, en interdire l’usage, le vider, le séparer du reste ? En fait, il va falloir se reporter à l’accord international qui fixe le cadre de la coopération et détermine les droits et les obligations de chacun.

Ainsi, le traité prévoit que « si un partenaire donne notification de son retrait du présent accord, les partenaires s’efforcent, afin d’assurer la poursuite de l’ensemble du programme, de parvenir à un accord sur les modalités du retrait de ce Partenaire avant la date effective de son retrait ». L’accord traite également de la propriété des éléments et des équipements. Ainsi, lorsque la Russie notifiera ses partenaires de son intention de quitter l’ISS, des discussions devraient s’engager pour organiser son retrait. C’est une situation inédite : aucun partenaire de l’ISS n’a jamais annoncé son retrait auparavant. On peut donc s’attendre, même si la procédure est décrite dans l’accord international, à ce qu’il y ait des ajustements en pratique.

Quant à la future station spatiale russe, tout reste encore à faire. Borissov a indiqué seulement que le successeur national de l’ISS, côté russe, commencera à voir le jour après 2024. À Poutine, le chef de Roscosmos a affirmé que les missions habitées font partie des priorités de l’agence. Les dimensions et l’ampleur de la station sont encore un mystère.

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Le vaisseau Soyuz MS-18 attaché à l’ISS. // Source : Flickr/CC/Nasa Johnson (photo recadrée)

Nonobstant le statut des modules russes de l’ISS, la Russie ne s’avère plus tout à fait indispensable pour gérer le quotidien de la station. Les Occidentaux peuvent procéder eux-mêmes à son ravitaillement, assurer le transport aller-retour de tous les équipages, effectuer des sorties extra-véhiculaires ou encore ajuster son orbite en se servant de la propulsion de certains vaisseaux.

Le départ annoncé de l’ISS la Russie à partir de 2024 traduit hélas une rupture dans les relations entre les chancelleries occidentales et le Kremlin, avec un fossé qui est désormais abyssal à cause du conflit en Ukraine. Cette décision n’est toutefois pas une surprise : par le passé, Rogozine avait agité cette menace, y compris avant le début de la guerre.

Quant à l’ISS, ses jours sont relativement comptés : il est prévu qu’elle fonctionne encore une dizaine d’années. Après, la structure devrait être précipitée dans l’océan, loin de toute terre. On parle d’une échéance à 2031. Et ensuite ? La suite se fera en orbite autour de la Lune. Une coopération se met en place pour faire comme avec l’ISS, mais sans la Russie cette fois.