La saison 3 de Dickinson, diffusée par Apple TV+, démarre ce vendredi 5 novembre 2021. Que vous connaissiez déjà ou non l'œuvre de la poétesse, vous ne devez pas passer à côté de ce bijou.

Emily Dickinson habitait le possible, « maison plus belle que la Prose ». Par son surréalisme constant, Dickinson sur Apple TV+ offre le plus bel hommage à cette façon qu’avait la poétesse américaine d’habiter le monde. La série créée par Alena Smith se termine avec une troisième et dernière saison, dont les premiers épisodes sont diffusés ce vendredi 5 novembre 2021.

Avec Hailee Steinfield dans le rôle-titre, cette œuvre au format court — 20-25 minutes par épisode — n’est pas une simple adaptation de la vie de la poétesse. La série Apple TV+ met en scène l’esprit des poèmes d’Emily Dickinson. Un petit bijou plein de fantaisie et de profondeur.

Apple TV+ est disponible à partir de 4,99 €.

Dans la Calèche rien que Nous deux

Alors que le premier épisode s’achève, Emily Dickinson aperçoit une calèche, au loin dans la brume, tirée par un imposant cheval noir. À l’intérieur, la Mort l’y attend, interprétée par un Wiz Khalifa habillé d’un classieux costard et d’un haut-de-forme. Emily l’y rejoint, non pour faire son dernier adieu, mais pour échanger avec lui.

Cette scène, épousant le fantastique, place le décor d’un récit biographique qui n’a rien de « réaliste » à proprement parler. Mais ce surréalisme se justifie par un réalisme poétique : les poèmes d’Emily Dickinson faisaient corporellement partie de sa vie.

La scène dans la calèche se comprend comme un poème à elle seule, un poème incarné. La Mort y est personnifiée, car Emily Dickinson la côtoyait constamment dans ses poèmes :

Pour Mort ne pouvant m’arrêter —
Aimable il s’arrêta pour moi —
Dans la Calèche rien que Nous deux —
Et l’Immortalité.

Lent voyage — Lui était sans hâte
Et j’avais renoncé
À mon labeur, à mes loisirs aussi,
Pour Sa Civilité —

Wiz Khalifa (la Mort) et Hailee Steinfield (Emily Dickinson) dans la calèche. // Source : Dickinson/AppleTV+

La série avec Hailee Steinfield ne fait pas que flirter constamment avec le fantastique : elle incorpore un grand nombre d’anachronismes, poussant sa modernité plus loin que la période historique ne le suppose. Là encore, une lecture de la poésie d’Emily Dickinson donne toute sa profondeur à cette mise en scène. La poétesse américaine n’était pas seulement avant-gardiste dans son écriture, elle était intemporelle ; elle qui aimait tant écrire l’éternité.

L’interprétation surréaliste de la vie d’Emily Dickinson par la série est digne de son œuvre. L’anachronisme et le fantastique épousent d’une sublime justesse la vérité « oblique » qui définit les écrits de la poétesse.

Cette polaire intimité

Par son surréalisme, mais aussi sa tendresse et son comique, Dickinson franchit le seuil le plus viscéral de l’empathie en nous plongeant dans l’âme de la poétesse, dans cette polaire intimité qu’elle évoquait au détour un poème :

Il est une solitude de l’espace
Une solitude de la mer
Une solitude de la Mort, mais elles
Sont société
Comparées à ce site plus profond
Cette polaire intimité

D’une âme qui se visite*

Dickinson, saison 3. // Source : AppleTV+

La série d’Apple TV+ prend le parti pris singulier de traverser ce site plus profond, de mettre en couleurs et en musique le monde de la poétesse en l’inscrivant dans notre modernité. C’est ainsi que, grâce à Dickinson, la «  lettre au Monde » d’Emily Dickinson prend vie. On rit, on pleure et l’on s’émerveille en compagne d’Emily, sa famille, ses amis, avec qui ses liens sont, bien que sensiblement timides, d’une puissance touchante. Dickinson est une série rare.

Elle peut se regarder comme une série bonbon, mais s’avère bien plus qu’une friandise si l’on se prend au jeu, que l’on « fend l’alouette » pour « trouver la musique » comme nous y invite la poétesse, et que l’on laisse les frontières fictives tomber comme le fait la poésie. Peut-être, alors, passant d’Apple TV+ à votre libraire, ferez-vous des recueils d’Emily Dickinson vos livres de chevet ?

*Tous les extraits de poèmes présentés dans cet article proviennent de la traduction française de Claire Malroux dans, Car l’adieu, c’est la nuit (Gallimard). Nous vous en recommandons la lecture, au même titre que l’autre recueil traduit par Claire Malroux : Quatrains et autres poèmes brefs (Gallimard). Le recueil Autoportrait au Roitelet (Belles Lettres) vous permet également de vous plonger dans une part de la correspondance d’Emily Dickinson.

En bref

Dickinson

Note indicative : 5/5

Entre surréalisme, tendresse et humour, la série Dickinson donne vie aussi bien à Emily Dickinson qu’à ses oeuvres, en visitant son âme à travers ses poèmes. Il n’y a pas de plus bel hommage à son œuvre si puissante, intimiste et singulière. Même les anachronismes ou les touches de fantastique se justifient. En tant qu’œuvre télévisuelle, Dickinson repose donc sur une forme de « réalisme poétique », en adaptant non seulement le parcours biographique de la poétesse, mais aussi en mettant en scène ses poèmes au cœur de sa vie.

Un petit bijou, dont il faut visionner l’intégralité, puis, si ce n’est pas déjà fait, poursuivre le chemin avec les recueils d’Emily Dickinson.

Top

  • L'atmosphère surréaliste fait prendre vie aux poèmes d'Emily Dickinson
  • Une série au « réalisme poétique » sublime
  • On se sent en intimité avec les personnages

Bof

  • Les poèmes à l'écran sont parfois difficiles à lire

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