Quel bilan tirer de cette première saison de Batwoman ?

Derrière le masque de Batwoman se cache Kate Kane, cousine de Bruce Wayne. Dans les comics, elle est apparue dès 1956, mais elle a pris une nouvelle dimension avec sa version moderne, mise en lumière en 2006 lorsque, dans la continuité DC, Batman quitte Gotham. La série de la CW reprend ce même principe : alors que Bruce a mystérieusement disparu, Kate Kane décide d’endosser le costume et devient du jour au lendemain Batwoman. Kate est également la première super-héroïne lesbienne dans un rôle-titre. Tout était alléchant sur le papier, donc, et la première apparition de l’héroïne dans un crossover de l’Arrowverse (l’univers DC de la CW) laissait présager une héroïne badass et complexe.

Sauf que la série s’est d’abord illustrée par un épisode pilote décevant : des plans séquences déstabilisants ; des mollesses dans la narration ; Ruby Rose très tâtonnante dans son interprétation. Il aura fallu véritablement attendre que Kate Kane endosse le costume final de Batwoman, après trois épisodes, pour qu’une montée en puissance s’enclenche. Sans quitter totalement la légèreté qui anime les productions de la CW, la série s’immisce, intrigue après intrigue, dans la psychologie de ses personnages. Ces derniers nous livrent alors quelques moments hauts en couleur, parfois déchirants. L’interprétation de Ruby Rose s’améliore également : elle devient drôle et touchante, son côté un peu gauche créant un contraste avec l’héroïne imposante qu’elle devient lors des scènes d’action.

Miroir déformant

Toute oeuvre se situant dans Gotham se doit d’aborder l’ingrédient essentiel de cette ville fictive : la folie. En général, une multitude de personnages antagonistes en sont habités. Mais la série a choisi une autre approche : c’est surtout en un seul personnage que s’ancre toutes les dimensions de cette folie, en la soeur jumelle de Kate Kane. Celle-ci, enlevée à sa famille lorsqu’elle était enfant, a été élevée par un psychopathe. Sa seule porte de sortie : le livre Alice au pays des merveilles. Elle en est ressortie criminelle, plutôt démente, et se fait surnommer Alice, dont elle adopte l’esthétique.

Alice (Rachel Skarsten) et Kate Kane / Batwoman (Ruby Rose). // Source : The CW

La relation entre Kate et Alice devient alors un tropisme narratif : tout scénario, toute histoire secondaire, conduit systématiquement à cette relation clé. Et tout est alors renvoyé à la logique du miroir déformant. Alice et Kate sont jumelles mais représentent deux faces d’une même personnalité. Deux chemins croisés se dessinent alors. Kate affronte la rage enfouie en elle, quand Alice refuse de laisser resurgir celle qu’elle était avant de vriller dans la folie. La série explore ainsi non pas l’identité en tant qu’objet pur, unique, indivisible, mais les identités comme une multiplicité constamment en mouvement.

L’évolution d’Alice est ainsi ce qui donne réellement du sens à l’intrigue de cette saison 1. Si sa dégaine et son comportement délirants prêtent souvent à rire, on contourne malgré tout les clichés fictifs sur la folie : Alice n’est pas une caricature. Elle est humaine, et cette humanité finit par nous toucher profondément… jusqu’à ce que certaines actions de Kate à son encontre ne finissent même par nous heurter.

Dans les comics, la justice est sociale

Que Batwoman soit la première série super-héroïque avec une femme lesbienne dans le rôle-titre était une chose, mais restait à savoir comment cet élément allait être impliqué dans le récit. Les séries de la CW ne lésinent pas sur les histoires d’amour, et Batwoman répond au même mécanisme, avec son lot de triangles amoureux. Mais l’écriture est totalement différente : l’identité amoureuse et sexuelle de l’héroïne est directement sur le devant de la scène. Les discriminations sont au cœur de l’intrigue amoureuse entre Kate et son ex, mais le traitement que fait la série ne se contente — heureusement — pas seulement de quelques artifices placés ci et là pour créer une vitrine.

La narration est construite autour du fait que Kate est lesbienne, et cela a des implications sur sa vie et son combat comme la conséquence naturelle de ce qu’elle est. Lors d’un tournant, qui survient assez tôt dans la saison, Batwoman décide de revendiquer publiquement être lesbienne. Rapidement, cela infuse dans son rôle de justicière : sa lutte contre la criminalité est aussi une lutte sociale.

Une version assez assumée du fait que, dans les comics, l’application de la justice a toujours été sociale, politique, en décrivant une justice légale faillible dans sa capacité à être équitable. De fait, Batwoman n’est pas une super-héroïne parmi d’autres, elle représente un symbole nécessaire aujourd’hui. Car si Alice est le miroir déformant de Kate (et inversement), Gotham est, comme toujours, le miroir déformant — heureusement un peu plus fou — de notre réalité.

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