Pour Martin Scorsese, il est incohérent de regarder ses films sur un petit écran de smartphone. Mais en acceptant que Netflix produise The Irishman, le réalisateur a pourtant consenti à ce que les abonnés le voient comme ils le souhaitent.

« J’ai fait des films pour un écran de cinéma ou pour un écran de télévision, jamais pour un téléphone. Je ne sais pas le faire ! » s’est exclamé Martin Scorsese dans une interview vidéo accordée à un journaliste de Rolling Stones, le 22 novembre dernier.

Son dernier film, The Irishman, a été produit par Netflix et mis en ligne sur la plateforme de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) le 27 novembre dans le monde entier. Cela fait donc quelques jours que les abonnés peuvent profiter de ce long-métrage de 3h30 avec Al Pacino et Robert De Niro, qui ont été rajeunis grâce à une technologie très onéreuse.

Le réalisateur italo-américain a beau avoir vanté les mérites de Netflix — «  aucun studio hollywoodien ne voulait faire [The Irishman], et Netflix s’est proposé. C’était un échange de bons procédés  » — au cours de l’interview, il a toutefois concédé, non sans sourire, qu’il trouvait particulièrement dommage que des spectateurs regardent ses films sur un format mobile.

«  Je suggèrerais, si vous avez envie de voir mes films : s’il vous plaît, ne les regardez pas sur un smartphone », a-t-il affirmé, avant de céder sur « un iPad à la limite, un gros iPad ».

Martin Scorsese // Source : Wikimedia Commons/Siebbi

Netflix est beaucoup utilisé sur smartphone

The Irishman est sorti dans quelques salles de cinéma en Californie, pendant trois semaines avant la mise en ligne du long-métrage sur Netflix, ce qui lui permet de concourir aux Oscars — dont il a d’ailleurs des chances d’empocher la statuette pour le meilleur film. Mais The Irishman est avant tout un film Netflix, ce qui signifie qu’il a vocation à être regardé en premier lieu sur la plateforme. Comme le rappelle souvent la multinationale, son seul objectif est de satisfaire ses abonnés, qui sont sa source première de ses revenus et lui permettent donc de financer des œuvres.

C’est envers eux que Netflix se dit régulièrement « redevable », ce qui lui donne une porte de sortie pour s’extraire des intenses débats sur l’art cinématographique et la place des salles noires dans l’appréciation de l’expérience.

Évidemment, Scorsese a pensé son nouveau film comme il a pensé ses précédents, profitant de tout l’espace et donnant de la place aux détails. Mais en passant un accord avec Netflix, il ne pouvait pas ignorer le fait que les nouveaux modes de visionnage ne correspondraient pas forcément à ceux de son public habituel. Les jeunes spectateurs, notamment, se passent de plus en plus souvent de l’écran de télévision, pour regarder des séries et des films sur des appareils portables — généralement sur smartphone, même si certains s’amusent à aller encore plus loin et imaginent ce que le film donnerait s’il était projeté sur une petite montre connectée (rassurez-vous, il s’agit d’une blague, Netflix n’est pas disponible sur Apple Watch).

Netflix ne partage pas de données officielles sur la répartition des modes de visionnage de ses abonnés en fonction des plateformes, mais au fil des discussions que nous avons eues avec la firme, on sait que la télévision reste privilégiée (via app et box tv), mais que la consommation sur mobile augmente de plus en plus. Entre 2017 et 2018, les revenus de Netflix  provenant du mobile avaient augmenté de 90 %.

De passage à Paris début octobre 2018, le PDG Reed Hastings nous confiait qu’«  un tiers » de ses utilisateurs regardaient Netflix sur mobile, pour « deux tiers » de télévision. Depuis, la proportion de mobile continue de grandir. Les pratiques varient aussi en fonction des pays : en Inde par exemple, Netflix a lancé récemment un forfait moins cher, 100 % mobile, pour mieux correspondre aux pratiques des habitants. Il faut s’y faire : le smartphone est l’avenir de Netflix. Mais pas de panique, cela ne signifie pas forcément qu’il est l’avenir du cinéma.

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