Après le splendide manoir des Thrombey dans À couteaux tirés et l’île grecque transformée en oignon de verre par un milliardaire de la tech dans Glass Onion, le détective privé Benoit Blanc débarque en Nouvelle-Angleterre avec Wake Up Dead Man, disponible ce 12 décembre 2025, sur Netflix. Il se retrouve alors au cœur d’une petite communauté croyante, pour démêler un meurtre « impossible », commis dans une église.
On entre dans ce nouveau Cluedo cinématographique par le récit de Jud Duplenticy (Josh O’Connor), un prêtre catholique au sang chaud envoyé à l’église Notre-Dame de la Force Perpétuelle, après avoir frappé un diacre. Sur place, Jud doit composer avec Monseigneur Jefferson Wicks (Josh Brolin), un homme provocateur, charismatique et toxique, qui radicalise ses fidèles en tenant des propos haineux et réactionnaires à chacune de ses messes.
Son meurtre inexplicable place Jud tout en haut de la liste des suspects. À moins que ce ne soit l’œuvre de Dieu lui-même ? Tout un programme, donc, pour Wake Up Dead Man, que nous avons pu voir en avant-première. Mais est-il à la hauteur de ses aînés ? Voici notre critique, garantie sans spoilers.
Un casting divin
Les films de la franchise À couteaux tirés suivent une recette simple en apparence, mais dont la délicate alchimie tient au respect de ses ingrédients. Première règle (qui convient aussi parfaitement à la politique de Netflix) : s’offrir un casting alléchant, histoire d’attirer le chaland.
On retrouve avec un plaisir non dissimulé le toujours très bon Daniel Craig dans le rôle du facétieux détective Benoit Blanc, relooké pour l’occasion d’une barbe blanche et d’une coupe de cheveux plus longue (il a tout piqué à Jésus). Rian Johnson a la bonne idée d’apporter un peu de profondeur au personnage : l’enquête va mettre à rude épreuve son amour de la raison et de la déduction, et l’obliger à interroger son propre rapport à la foi. Lui et le public avec.
Dans le rôle d’un prêtre ex-boxeur et torturé par ses démons, Josh O’Connor (The Crown) volerait presque la vedette à l’inoubliable interprète de James Bond. Ce duo-là fait ainsi des merveilles, tandis que l’ombrageux Josh Brolin (Thanos dans Avengers) impressionne dans la soutane de l’inquiétant Mgr Wicks.

Mais les rôles secondaires des cosy mystery tiennent aussi une place non négligeable dans la réussite de ce genre de fiction. Les films À couteaux tirés, qui ont recruté par le passé des stars comme Jamie Lee Curtis, Chris Evans ou Janelle Monáe, ont une réputation à tenir.
Composée entre autres de la géniale Glenn Close en religieuse stricte, de Mila Kunis en flic dure à cuire (un contre-emploi pas totalement réussi), de Jeremy Renner en médecin aigri, d’Andrew Scott en écrivain opportuniste ou encore de Kerry Washington en épouse écrasée par la charge mentale, cette belle brochette de stars hollywoodiennes tient la dragée haute aux précédents volets.
S’ils remplissent tous leur rôle, on regrette quelque peu de voir ces pointures (en particulier Andrew Scott, inoubliable Moriarty dans la série Sherlock et Hot Priest de Fleabag) dans des partitions avec si peu d’épaisseur.
Une enquête gothique et mystique
En 2025, écrire un cosy mystery divertissant, à la fin satisfaisante, tout en conservant jusqu’au bout le mystère sur le ou la coupable tient d’un défi presque aussi impossible à relever que la résolution du meurtre de Wicks ! Demandez aux scénaristes d’Only Murders in the Building…

Rian Johnson, réalisateur, mais aussi scénariste du film, a dû passer quelques nuits blanches devant son « murder board » : Wake Up Dead Man (titre qui fait référence à une chanson de U2 et qui dévoile un sérieux indice sur l’un des twists) possède plus de rebondissements qu’un épisode de Game of Thrones ! Sont-ils tous crédibles ? Probablement pas, mais le réalisme ne fait pas franchement partie des prérequis à un bon cosy mystery.
Si on se perd quelque peu dans la quadrature du cercle des explications de Benoit Blanc, l’enquête ne lâche pas son fil rouge et promet une résolution qui tient la route. L’esthétique gothique travaillée, entre les scènes dans l’église, au cimetière ou dans une forêt, métaphore du tourment du héros, réjouira par ailleurs les fans du genre.
Réveille-toi l’Amérique !
Là où le film se montre diablement pertinent, c’est en interrogeant le sens de la foi catholique en 2025 et en dénonçant la percée du fondamentalisme religieux à travers la figure de Wicks, au discours proche de celui des masculinistes. Généreux en dialogues percutants, il plante ici et là quelques piques bien senties à Trump, à ses sbires et à leur idéologie mortifère.
À travers ses différents personnages féminins (en particulier l’origin story de la mère de Wicks), Rian Johnson pointe aussi du doigt la misogynie inhérente à la religion catholique, surtout lorsqu’elle est pratiquée par des prêtres radicalisés.

Revers de la médaille : en s’intéressant à cette communauté conservatrice, le film relègue les protagonistes féminins à l’arrière-plan. Ils possèdent un temps de parole à l’écran réduit comparé aux deux volets précédents, tandis que ces messieurs se lancent, au choix, dans de grands prêches ou de longues explications sur le pourquoi du comment. Wake Up Dead Man aurait d’ailleurs gagné en clarté à se tenir sur deux heures, au lieu de 2 h 20.
À travers son titre, son intrigue et ses multiples révélations, Wake Up Dead Man demande en tout cas aux Américains de se réveiller et de se détacher de l’emprise de ces vieux hommes nocifs, qui refusent de voir le monde changer et le patriarcat s’éteindre.
Le verdict

Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés
Voir la ficheOn a aimé
- Un casting en or
- Daniel Craig et Josh O’Connor forment un duo d’anthologie
- Une belle ambiance gothique
- Un propos politique d’actualité
On a moins aimé
- Des personnages féminins trop en retrait
- Quelques longueurs
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