Malgré son succès commercial, Les Derniers Jedi divise les amateurs de Star Wars, notamment parce qu'il s'éloigne des codes habituels de la saga. Rian Johnson, réalisateur et scénariste de ce huitième épisode, a déjà commencé à expliquer certains de ses choix les plus clivants.

Si le succès des Derniers Jedi est indéniable au box-office, ce huitième épisode divise les spectateurs : quand certains applaudissent sa volonté de briser les codes de la saga, d’autres regrettent le traitement décevant de certains personnages ainsi que des scènes pour le moins singulières.

Rian Johnson, réalisateur et scénariste de ce nouvel opus, n’a donc pas attendu longtemps pour revenir sur certains de ses choix lors d’une session de questions-réponses post-séance dont Entertainment Weekly s’est fait l’écho. Attention, la suite de l’article spoile le contenu du film. 

Les origines de Rey

Qui sont les parents de Rey ? Depuis la sortie du Réveil de la Force en 2015, la question animait les fans et donnait lieu à de multiples théories sur son héritage, certains l’imaginant comme héritière des Skywalker, des Solo ou encore de Palpatine.

En choisissant de faire de Rey une inconnue, Rian Johnson prend le contrepied des attentes du public… tout en reconnaissant que cette piste pourrait changer dans le prochain film, selon l’intrigue adoptée par son successeur, J.J. Abrams et son co-scénariste Chris Terrio : « Je ne peux pas anticiper ce qu’ils vont faire. Et ces films posent toujours la question d’un ‘certain point de vue’ [comme avec Obi-Wan qui dit à Luke que son père est mort]. »

On pourrait en effet imaginer que les « révélations » de Kylo Ren sur les origines de Rey n’étaient que des mensonges pour l’inciter à le rejoindre — même si la propre expérience de la jeune femme dans la grotte d’Ahch-To semble confirmer cette réalité.

« Mais à mes yeux, à ce moment précis, Kylo croit que c’est la vérité. Je ne pense pas qu’il se montre purement stratégique. Je pense que c’est ce qu’il a vu quand sa main [a touché celle de Rey] et c’est ce qu’il croit. Et quand il lui dit à ce moment-là, elle le croit » explique Rian Johnson.

Ce choix lui paraît plus intéressant d’un point de vue dramatique — comme il nous l’expliquait fin novembre : « La chose la plus facile à entendre, pour Rey comme pour le public, ce serait ‘Hé oui, tu es la fille d’untel’. […] Mais la chose la plus dure à entendre, c’est qu’elle n’aura pas droit à cette réponse facile. Et pour ne rien arranger, Kylo va profiter de cette absence de réponse pour essayer de l’affaiblir et de la pousser vers lui. »

Le mystère Snoke

Depuis deux ans, l’identité de Snoke faisait aussi partie des sujets de débat les plus populaires chez les amateurs de Star Wars : qui est ce mystérieux Leader Suprême du Premier Ordre, a priori sorti de nulle part ? Les fans n’ont pas tardé à y voir Dark Plagueis, l’ancien maître Sith de Palpatine, qui aurait appris à percer les secrets de l’immortalité, comme le raconte un livre de l’univers étendu (devenu obsolète).

Mais Rian Johnson a décidé de trancher (littéralement) cette théorie en faisant assassiner Snoke par Kylo Ren alors que celui-ci est censé abattre Rey à sa demande. « En travaillant sur le personnage de Kylo, je me suis dit que le plus intéressant serait de faire disparaître ses fondations fragiles au début du film. À la fin, ce n’est plus un Vador en puissance mais un méchant complexe qui prend les rênes » explique le cinéaste américain.

D’où sa décision de se débarrasser de Snoke : « J’ai ainsi réalisé que le plus intéressant serait de mettre fin à cette dynamique entre ‘l’empereur’ et son apprenti, pour que tout soit possible dans le prochain film. » Rian Johnson estime en outre qu’intégrer à cette séquence un monologue de Snoke expliquant en 30 secondes qu’il est Dark Plagueis aurait été déplacé — même si ce type d’information aurait pu être révélé aux spectateurs d’une manière différente.

Mais là encore, le réalisateur garde la porte ouverte pour ses successeurs : « Et je ne dis pas que [Snoke] est Dark Plagueis ! […] Je ne veux pas rejeter les fans qui élaborent des théories. […] J’espère que cet aspect sera raconté dans une autre histoire, s’il y trouve sa place. » Une réapparition dans l’Épisode IX est en effet envisageable si J.J. Abrams et Chris Terrio décident de donner corps à cette théorie et d’expliquer le retour de Snoke par son immortalité durement acquise.

La mort de Luke

À la fin des Derniers Jedi, Luke Skywalker, qui vient de se projeter à distance sur la planète Crait sans jamais quitter son île, aperçoit les deux soleils de Tatooine qui ont bercé sa jeunesse… avant de rendre son dernier souffle. Le film laisse supposer que le maître Jedi ne fait désormais plus qu’un avec la Force — à l’instar d’Obi-Wan Kenobi et de Yoda avant lui.

Rian Johnson marche ainsi dans les pas de J.J. Abrams en faisant disparaître un autre personnage emblématique de la trilogie d’origine, juste après la mort de Han Solo : « J’ai vraiment beaucoup hésité. J’étais terrorisé, mon angoisse ne faisait que s’accentuer quand j’ai réalisé que ça aurait vraiment du sens dans [cet épisode]. »

Le réalisateur précise avoir développé cette idée en collaboration avec Kathleen Kennedy, présidente de Lucasfilm, et tous les auteurs du l’équipe d’écriture Star Wars, avec un but précis en tête : offrir à Luke une fin « qui bouscule le public et donc le personnage ».

Mark Hamill, également présent pendant cette séance de questions-réponses, s’est quant à lui fendu d’une blague — «  Je suis encore dans le déni, je pense que [Luke] s’est juste téléporté ailleurs » — avant de révéler, plus sérieusement, qu’il avait demandé à Rian Johnson s’il était possible de reporter cette mort à l’Épisode IX.

Une demande refusée par le réalisateur : « J’estime que le parcours héroïque de Luke Skywalker a pris fin dans le Retour du Jedi. Cette [trilogie] est consacrée aux destins de héros de Rey, Finn et Poe. » Luke a toutefois de fortes chances d’être présent dans le volet conclusif de la trilogie, vu son nouveau statut de « fantôme » et les derniers mots qu’il adresse à Kylo Ren.

Leia dans l’espace

Parmi les scènes les plus commentées — et les plus clivantes — des Derniers Jedi, impossible de passer à côté du soudain réveil de Leia dans l’espace, dont le corps sans vie flotte, visiblement inanimé… avant quelle n’ouvre soudainement les yeux et rejoigne sans sourciller l’entrée du vaisseau le plus proche.

La scène, qui a donné lieu à de nombreuses critiques sur son absurdité, son incohérence, la pauvreté de ses effets spéciaux ou encore à des comparaisons moqueuses avec Mary Poppins et Superman, servait visiblement un but bien précis pour Rian Johnson : « [Kathleen Kennedy] n’arrêtait pas de dire : ‘Leia est une Skywalker, Luke lui dit dans Le retour du Jedi qu’elle a aussi [le potentiel d’utiliser la Force]. Ça me semblait très marquant émotionnellement de la voir utiliser la Force. »

« À l’instar d’une noyée qui ressurgit à la surface, c’est comme ça que la Force se manifeste chez elle pour la première fois » précise Rian Johnson… oubliant de fait que Leia ressent la mort de Han Solo à distance grâce à cette sensibilité dans Le Réveil de la Force.

Le réalisateur s’est toutefois bien gardé de commenter la cohérence du passage pour se pencher à la place sur sa symbolique : « J‘aimais bien l’idée qu’il s’agisse d’un moment instinctif. Comme ces histoires sur les parents qui parviennent à soulever une voiture comme s’ils étaient Hulk quand leur enfant se retrouve coincé en dessous. »

Le retour de Yoda

L’hommage le plus évident rendu par Rian Johnson à la trilogie d’origine dans Les Derniers Jedi reste le retour de Yoda, le temps de venir sermonner Luke — et de brûler l’arbre des Jedi, ce qui interroge sur sa capacité d’interaction en tant que « fantôme », jusque-là méconnue avec le monde réel.

Si l’équipe a redoublé de précaution pour garder secret — en vain — le retour de Frank Oz, l’animateur et doubleur original de la marionnette, Rian Johnson admet que la petite créature s’imposait comme seule figure du passé de Luke, en l’absence d’Alec Guinness, l’interprète original d’Obi-Wan Kenobi : « C’était vraiment [ça l’idée]. En pensant à quoi ressemblerait l’arc narratif de Luke, j’ai réalisé que Yoda était le plus judicieux pour incarner cette figure qui revient lui donner un coup de pied aux fesses. »

Sans possibilité de faire appel à Alec Guinness, la solution Ewan McGregor, qui interprète Obi-Wan Kenobi dans la prélogie, lui paraissait en outre peu adéquate : « Ça aurait été sympa de faire jouer Ewan mais Luke n’a jamais fréquenté la version d’Obi-Wan qu’il incarne. »

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