Il y a d’abord le nom de Bungie. Halo, les deux Destiny… Difficile de nier les impeccables sensations de leur gameplay et la maîtrise artistique et créative derrière ces séries. De la pure, bonne SF, dépaysante, exaltante et des aventures spectaculaires à la clé. Ensuite, il y eut les premières images dévoilées de Marathon et la direction artistique m’a immédiatement percuté en plein cœur comme un tir de fusil sniper dans la tête. Ces structures géométriques démesurées, ces aplats de couleurs vives, éclatantes, aveuglantes, presque, ces typos taillées au laser… J’ai tout de suite eu des réminiscences du cultissime WipEout 2097 et de Mirror’s Edge. Tout cela mis bout à bout m’amenait à une seule conclusion possible : il FAUT que je joue à ce jeu.

Plus dure sera la chute…
Et puis, on en a appris plus sur le game design du titre. Extraction shooter, FPS multi uniquement… Mon enthousiasme est retombé avec autant de fracas que le cadavre de mon avatar surpris par une escouade d’ennemis que je n’avais pas vus venir. Oui, je suis un joueur solo. Même les hypes successives de Helldivers 2 ou, plus encore, Arc Raiders m’ont laissé de marbre. J’étais absolument persuadé que tout cela n’était pas pour moi. Pourtant, jadis, j’ai brûlé mon modem ADSL en dépassant aisément les 200h sur Phantasy Star Online, premier MMO sur console de l’histoire (oui, j’avais même le Broadband adapter sur ma Dreamcast). Bien plus tard, je me suis laissé prendre très longtemps dans les deux The Division et Destiny, même dans leur facette multijoueur — c’est toutefois leur campagne solo qui m’a attiré dedans au départ. Mais avec le temps, je me suis persuadé que ces modes de jeu en ligne n’étaient plus faits pour moi. Que je n’avais ni le temps, ni les compétences et la dextérité pour rivaliser avec des Américains, des Tchèques et des Néerlandais qui, de fait, m’ont systématiquement roulé dessus à chaque fois que je faisais une tentative dans un mode PvP quelconque.
Mais la DA de Marathon continua d’agir sur moi comme un aimant. Enfin une SF osée, une audace visuelle et artistique allant même jusqu’à l’habillage et les cinématiques du jeu dont les glitchs 8-bits me rappelaient l’exubérance de Watch Dogs 2. J’y suis donc allé en ne connaissant de l’extraction shooter que son principe, formalisé avec Escape from Tarkov, mais déjà présent dans les assauts périlleux au cœur de la Dark Zone du tout premier The Division en 2016. Et je dois dire que mes premières heures ont été proches d’un calvaire. Toutes mes craintes semblaient se concrétiser en même temps et piétinaient l’enthousiasme de ma découverte du jeu et son univers incroyable.

L’enfer, c’est les autres
Il y a d’abord ces menus, ces systèmes, ces myriades d’items aux noms et fonctions incompréhensibles qui s’accumulent dans un inventaire pas très lisible… J’étais noyé sous les instructions, les chiffres, les concepts… Un enfer. Pourtant, le principe de base est limpide : on est téléporté sur une planète en phase de colonisation par les Humains et on dispose de vingt minutes pour arpenter une des trois très vastes maps pour y dénicher des armes, des objets précieux et réussir quelques objectifs pour gagner des points d’XP avant de filer vers un point d’extraction et crier « téléportez-moi, Scotty » pour rentrer au bercail avant de recommencer, encore, encore et encore.

Le souci est que je connaissais le principe du jeu par les récits entendus ou lus çà et là d’Arc Raiders. J’ai donc commencé à m’aventurer sur Tau Ceti IV en solitaire, tâchant d’explorer prudemment et de m’en prendre aux différents bastions protégés par des grappes d’ennemis. J’étais en fait persuadé que le destin mettrait sur mon chemin quelque joueur ou joueuse serviable avec qui l’on pourrait partager spontanément un bout d’aventure ensemble. Naïf que j’étais… Au bout de quelques balles dans la tête souvent assorties de ricanements entendus via le chat de proximité, j’ai compris que, comme Dallas, Marathon était un univers impitoyable où la devise était le chacun pour soi. Ainsi le jeu semblait-il ironiquement retourner ma propre méfiance à son égard contre moi et me dire avec âpreté : on ne veut pas de toi ici.
Un nouvel espoir
J’ai alors commencé à me résoudre à rejoindre des escouades de trois, au bon vouloir du matchmaking du jeu. Et là, tout a changé. À l’image de Destiny, Marathon est, en fait, intrinsèquement pensé pour être joué ainsi ; voir des escouades de trois joueurs et joueuses s’affronter sauvagement au milieu de robots fourbes gérés par une IA tout à fait efficace. Il y a bel et bien une part d’entraide et de coopération entre inconnus, mais uniquement dans le cadre de la création de ces petites équipes où les compétences complémentaires des différents profils de héros du jeu pourront s’exprimer. Selon les circonstances, j’ai donc eu à mes côtés tantôt des gardes du corps volant à mon secours quand j’étais puni par mon imprudence, tantôt des appâts attirant les tirs ennemis tandis que j’arrivais courageusement à prendre l’ennemi à revers pour sauver tout le monde (un type de stratégie notamment rendu possible par le formidable level design du jeu et la grande mobilité de certains personnages jouables).

Voilà comment Marathon m’a finalement révélé sa nature grisante qui, par beaucoup d’aspects, m’a évoqué certains ressorts typiques des Souls-like et du rogue-lite. On tient, de l’un, le frisson saisissant de la peur de la mort, synonyme de perte réelle de son matériel et de son avancée ; du second, on retrouve cette incessante routine de retourner dans les mêmes lieux pour espérer glaner des ressources (armes, items et XP) qui sauront nous aider pour les prochaines explorations. Tout cela, mélangé à l’aléa joyeusement bordélique propre au multijoueur, donne un cocktail diablement efficace et que j’ai trouvé toujours fun. Un signe qui ne trompe pas : même lorsque mon équipe se faisait honteusement décimer par un trio humain bien plus efficace, j’avais un vilain sourire, conscient de bêtes erreurs commises et déjà pressé de retenter ma chance. Est-ce que cela en fait le jeu de l’année ? Sans doute pas. Est-ce qu’il a le potentiel de devenir un phénomène ? Seul le temps saura le dire. En tout cas, une chose est certaine, je ne regrette pas de m’y être aventuré et je me hâte de finir cet article pour pouvoir m’y reconnecter sans attendre.
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