Alors que les jeux vidéo deviennent de plus en plus réalistes, à la fois visuellement et dans leur approche immersive, vous pouvez toujours compter sur Nintendo pour rappeler que ce n’est pas forcément ce style qui plaît le plus. Et qui mieux que Shigeru Miyamoto lui-même pour en parler ?

Depuis que Pong s’est invité dans tous les foyers du monde, l’industrie du jeu vidéo n’a eu de cesse de poursuivre le rêve du réalisme. Une obsession qui n’est pas nouvelle, et qui préoccupait déjà bon nombre de développeuses et développeurs à l’aube du média. Déjà dans les années 80, Shigeru Miyamoto, le légendaire créateur de Mario et Zelda, discutait du sujet et affichait un avis très tranché sur l’idée du réalisme dans les jeux vidéo.

C’est dans une interview publiée en 1989 pour le magazine japonais Gamer Handbook que Shigeru Miyamoto évoquait déjà la question du réalisme et les problèmes qui en découlent. Un entretien paru il y a plus de 35 ans, récemment traduit pour la première fois par le site Shmuplations et mis en ligne le 4 mars 2026. Le créateur y explique la frustration liée aux animations complexes, qui privilégient la fluidité visuelle au détriment de la réactivité. Un entretien qui, étrangement, fait encore sens aujourd’hui.

Super Mario World  // Source : Nintendo
Super Mario World // Source : Nintendo

« Il fut un temps où les jeux à l’animation dense, privilégiant la fluidité visuelle à la réactivité, gagnaient en popularité, et plusieurs jeux aux mouvements d’une grande beauté virent le jour. Mais, en tant que jeux, ils furent pour la plupart des échecs » explique Shigeru Miyamoto. « Par exemple, les personnages se déplacent avec une fluidité incroyable. Or, voir un ennemi se mouvoir avec fluidité et dégainer lentement son épée, c’est bien beau, mais le joueur, lui, ne souhaite pas dégainer la sienne lentement. »

Pour Shigeru Miyamoto, le réalisme visuel a ses limites : lorsqu’il s’agit de concevoir un jeu, les sensations et le ressenti du joueur priment avant tout. Même dans un jeu qui se veut réaliste, il faut adapter la réactivité et les mécaniques aux attentes humaines, plutôt qu’aux seules lois physiques ou animations réalistes.

Réalisme magique

« Quand on y pense, la capacité de saut de Mario est tout simplement incroyable… il serait le plus grand athlète olympique de tous les temps ! Si Mario ne sautait qu’à la hauteur d’un humain, les lois de la physique seraient tout à fait acceptables. Et, à l’époque de Donkey Kong, il ne sautait qu’à sa propre hauteur, ce qui ne paraissait pas aberrant. Mais dès qu’on saute trois ou quatre fois sa propre taille, on s’éloigne considérablement de la réalité. » Et c’est précisément cette « vie quotidienne irréaliste », pour reprendre les mots du créateur, qui rend les jeux amusants, en offrant « des mondes qui semblent pouvoir exister dans la réalité, mais qui n’existent pas ».

Super Mario Odyssey // Source : Nintendo
Super Mario Odyssey // Source : Nintendo

Si Mario sautait comme un humain normal, il faudrait en effet adapter les règles du jeu pour qu’elles ressemblent davantage à celles d’un univers réaliste. Mais, pour Shigeru Miyamoto, tels des dieux façonnant des mondes, les développeuses et développeurs ont une responsabilité envers les joueuses et les joueurs : « Si ce monde ne paraît pas convaincant, personne ne voudra y entrer. C’est pourquoi un cadre quotidien irréaliste consiste à faire des choses étranges dans le cadre de règles acceptées par tous. »

Red Dead Redemption 2 sur PC // Source : Rockstar Games
Red Dead Redemption 2, un autre jeu de Rockstar connu pour son réalisme. // Source : Rockstar Games

En effet, une fois un certain seuil franchi, le cerveau des joueuses et des joueurs, manette en main, accepte immédiatement qu’il est normal d’accomplir des prouesses surhumaines. Après tout, depuis toujours, le plaisir du jeu vidéo réside dans cette forme de « quotidien irréaliste ».

À l’heure où GTA VI promet un réalisme rarement atteint, y a-t-il encore de la place pour un plombier moustachu aux prouesses olympiques ? La réponse est oui, et c’est là toute la beauté du jeu vidéo. Car depuis, le médium a évolué bien au-delà de ce que pouvaient imaginer ses premiers créateurs.

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