L’entreprise leader du secteur du quick commerce vit une période difficile. Pour remonter la pente, l’entreprise allemande a annoncé qu’elle allait réduire son périmètre d’activité, et licencier la moitié des équipes de ses bureaux.

« Gorillas accélère son passage vers une rentabilité à long terme » : le communiqué de presse que Numerama a reçu par mail ce 24 mai 2022 pourrait laisser croire à de bonnes nouvelles. Pourtant, la situation n’est pas bonne pour l’entreprise de quick commerce allemande, dont la spécialité est la livraison de courses à vélos en quelques minutes.

Comme Gorillas l’explique dans le communiqué de presse, après avoir « défini précisément les prochaines étapes », les fondateurs ont décidé, « le cœur lourd, d’ajuster la taille de [leur] effectif mondial ». Concrètement, « 300 membres de l’équipe de notre bureau mondial vont quitter Gorillas ». Il n’y a pour l’instant pas de licenciement prévu en France, d’après le directeur des relations publiques de Gorillas, contacté par Numerama.

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Gorillas, l’un des acteurs majeurs qui quick commerce en France. // Source : Gorillas

Gorillas se retire de 4 pays

Le communiqué de presse ne précise pas dans quel pays les employés vont être licenciés. Mais d’après Sifted, il s’agit tous d’employés du siège de Gorillas, à Berlin, et les 300 départs représenteraient près de la moitié des effectifs du bureau. Le directeur France des relations publiques de Gorillas nous a de plus précisé qu’« aucun poste en France n’est concerné » par ces licenciements.

Gorillas n’a pas non plus pour plan de licencier des coursiers. Les employés congédiés occupaient tous des postes au sein des bureaux de l’entreprise, et non pas dans les entrepôts, ce qui fait que les livraisons ne devraient pas être affectées. Mais ce n’est pas la seule mauvaise nouvelle : « 90 % de notre chiffre d’affaires provient de cinq marchés clés », explique Gorillas dans son communiqué de presse, « l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et les États-Unis ». Et « c’est pourquoi nous avons décidé de nous concentrer sur ces cinq marchés ».

Gorillas va donc cesser ses opérations en Italie, en Espagne, au Danemark et en Belgique. L’entreprise étudie « toutes les options stratégiques possibles pour la marque Gorillas », mais n’a pas précisé concrètement ce qu’il allait advenir des employés installés dans ces pays. Pour l’instant, on ne sait pas si les parts de Gorillas dans ces pays pourraient être revendues à la concurrence, ou si les entrepôts pourraient simplement fermer leurs portes.

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Gorillas va se retirer de plusieurs pays. // Source : Gorillas

En tout, Gorillas emploie 14 400 employés à travers le monde selon The Verge, principalement des riders et des pickers, les noms que l’entreprise donne aux coursiers et aux préparateurs de commande. « Bien que cette décision ait été extrêmement difficile à prendre, il s’agit de mesures nécessaires qui aideront Gorillas à devenir une entreprise plus forte et plus rentable, avec un focus accru sur ses clients et sa marque », a déclaré l’entreprise dans son communiqué de presse.

Gorillas peut-elle survivre ?

La mauvaise santé de l’entreprise a de quoi surprendre. Il y a quelques mois encore, l’entreprise bouclait une levée de fonds de plus d’un milliard d’euros, et comptait dans ses investisseurs des grands noms de la consommation, comme le géant de la livraison allemand Delivery Hero. L’entreprise s’est fait connaître en France en misant sur de gigantesques campagnes publicitaires, et Gorillas a également fait un partenariat avec l’équipe de foot du PSG.

Mais l’entreprise a dû revoir sa communication et sa promesse de vente : Gorillas avait commencé en garantissant des livraisons en moins de 10 minutes, mais avait dû changer quelques mois après son lancement. L’entreprise parle maintenant de « livraisons en quelques minutes », des estimations plus proches de la réalité.

Numerama avait auparavant enquêté sur les conditions de travail des livreurs à vélo. En travaillant comme livreuse incognito chez Gorillas pendant le temps d’un week-end, nous nous étions rendu-compte que la promesse de Gorillas était quasiment impossible à tenir. Même en fournissant des vélos électriques aux livreurs et en installant des dark stores un peu partout en centre-ville, les délais étaient rarement tenables, et la plupart des livraisons prenaient plutôt entre 15 et 20 minutes. Surtout, les conditions de travail des livreurs étaient très difficiles, entre des sacs extrêmement lourds et des problèmes fréquents avec les autres usagers de la route.

Le business model de Gorillas peut-il tenir dans la durée ? Même en se retirant d’Italie, d’Espagne, du Danemark et de Belgique et en se concentrant sur lAllemagne, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et les États-Unis, il n’est pas sûr que Gorillas arrive à s’en sortir. La concurrence est brutale dans le secteur du quick commerce, où un grand nombre d’entreprises se sont lancées entre 2020 et 2021. Et après avoir longtemps fait figure de leader, grâce à des levées de fonds records, Gorillas semble désormais être à la traîne : Sifted rapporte qu’en mai 2022, l’app de Getir, l’un de ses principaux concurrents, a été téléchargée 1,5 million de fois. Celle de Gorillas ne l’a été que 320 000 fois.