Essentiels au développement du quick commerce, les dark stores s’installent dans de plus en plus de centres-villes, au grand dam des maires et des habitants.

Il y a des nouveaux venus dans les centres-villes de France : les dark stores. Là où avant se tenaient un supermarché, une épicerie ou un petit commerce de proximité, se trouvent maintenant des locaux aux fenêtres opacifiées, d’où sortent des livreurs à vélos ou à scooter à toute heure du jour et de la nuit, et où les clients ne sont pas les bienvenus.

Les dark stores désignent les entrepôts ou les cuisines utilisées par les entreprises de livraison. On y prépare des plats chauds pour les apps de livraisons comme Deliveroo ou Uber Eats, mais également des commandes de courses classiques, pour les apps du quick commerce, comme Gorillas ou Flink. Les dark stores sont plus que de simples points de collecte : ce sont les centres névralgiques de ces entreprises, les endroits sur lesquels leur business model repose.

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Dans un dark store de Gorillas. // Source : Gorillas

Qu’est-ce qu’un dark store ?

Concrètement, les dark stores sont construits comme des sortes de supermarchés, à la différence qu’ils n’accueillent pas de clients. Dedans, on ne trouve que des préparateurs de commandes, et un endroit où les livreurs peuvent venir chercher les commandes et parfois se reposer. C’est par ailleurs l’endroit où les vélos et scooters utilisés pour les livraisons sont stockés.

Mais, les clients ne voient jamais rien de tout cela. Ces derniers passent par une app pour passer leurs commandes, avant d’être livrés. Ils n’ont jamais besoin de se déplacer sur place, et ils ne savent d’ailleurs généralement pas d’où partent les livreurs. De l’extérieur non plus, on ne peut pas réellement savoir ce qu’il se passe à l’intérieur. Les vitrines et les fenêtres sont opacifiées et floquées des logos des marques, et des panneaux au niveau de l’entrée indiquent généralement que la boutique n’accueille aucun client.

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Devant un dark store Flink. // Source : Flink

Pour ce qui est des dark kitchens, la situation est globalement la même. Ces établissements fonctionnent uniquement avec les plateformes de livraison de repas, comme Deliveroo et Uber Eats. Il s’agit parfois des adresses secondaires de chaînes de restaurations déjà bien connues du public. Ces dark kitchens, contrairement aux autres établissements, n’ont cependant pas vocation à accueillir des clients. Dedans, il n’y a que des cuisiniers qui préparent à la chaîne les commandes qu’ils reçoivent sur les apps.

Il s’agit habituellement de locaux beaucoup plus petits que ceux des dark stores : il n’y a besoin que de quelques plans de travail et fourneaux pour les cuisiniers. Pas besoin de stocker des produits de consommation courante. De même, il n’y a pas d’espace spécialement pour les livreurs : ces derniers récupèrent juste les sacs avant de repartir.

Les maires et les habitants s’opposent à leur installation

Afin de pouvoir être profitables, il faut que dark stores et dark kitchens soient installés dans des endroits ayant une forte densité de population pour toucher le plus de clients possible — les coursiers restent dans un certain périmètre délimité à l’avance, pour effectuer les livraisons le plus rapidement possible.

L’enjeu pour les entreprises est de trouver des endroits centraux — c’est donc généralement près des centres-villes ou dans les rues les plus commerçantes que ces derniers souhaitent s’installer. Et, c’est bien ce point-là qui dérange. Paris est la ville française la plus touchée par le phénomène (on compte plus de 80 dark stores dans la capitale et dans sa banlieue), mais elle n’est pas la seule : Lille, Toulouse, Nice, Marseille et d’autres grandes agglomérations sont également touchées.

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Un dark store de Zapp, un service anglais de quick commerce. // Source : Zapp

Les élus locaux, les vendeurs du quartier et les habitants voient majoritairement d’un mauvais œil l’installation des dark stores. Déjà, la plupart le font dans l’illégalité, car les entrepôts ne peuvent pas s’implanter partout comme ils le veulent. Les maires et les commerçants leur sont pareillement hostiles : ces derniers estiment que les entreprises du quick commerce représentent une concurrence déloyale, et les édiles ont peur qu’ils causent la fermeture des commerces de quartier, déjà mis à mal par les grandes surfaces.

Enfin, les habitants se plaignent de l’activité qui arrive avec les dark stores : des flottes de livreurs, parfois à scooter, défilent à longueur de journée devant chez eux, ce qui provoque régulièrement des commotions et crée des nuisances sonores. Sans compter le fait que les entrepôts sont ouverts tous les jours, même le dimanche, et qu’ils sont actifs très tôt le matin et jusque tard dans la nuit.

S’ils sont pour l’instant dans l’illégalité, ce qui permet aux mairies d’avoir un moyen de lutter contre leur implantation, un projet du gouvernement pourrait changer les choses. Un projet de décret, déposé en juillet 2022 et découvert en août par l’un des adjoints à la mairie de Paris, propose de changer la régulation actuelle. En sa forme actuelle, le décret considérerait les dark stores comme des commerces, et non comme des entrepôts — ce qui permettrait aux entreprises de les installer très facilement, où ils veulent.

Pour l’instant cependant, le texte n’est pas finalisé et les contributions des villes sont les bienvenues, ont indiqué plusieurs membres du gouvernement. Cependant, les maires s’inquiètent, et s’opposent ouvertement à cette idée. Toulouse a même proposé une règle « zéro dark store » — reste à voir si elle pourra vraiment être applicable.