La maison-mère de Facebook refuse que ses employés parlent d’IVG sur le réseau interne. La décision interpelle, alors que les États-Unis vivent une grande polémique autour du retour de l’interdiction de l’avortement.

Les employés de Meta, la maison-mère de Facebook, ne peuvent pas parler de tout ce qu’ils veulent pendant leurs heures de travail. Alors que le droit à l’avortement pourrait être remis en cause aux États-Unis, les discussions autour de l’IVG sont interdites sur le réseau social interne de l’entreprise.

C’est ce qu’a appris The Verge, un média américain spécialisé dans la tech. Une des cadres de Meta aurait annoncé à des employés jeudi 19 mai qu’ils avaient interdiction de parler de l’avortement sur Workplace, le réseau interne. L’interdiction aurait été justifiée par le fait que les discussions autour de l’avortement représenteraient un « risque accru » que l’entreprise soit perçue comme ayant « une ambiance de travail hostile ».

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Une manifestation en soutien au droit à l’avortement, à Washington // Source : Gayatri Malhotra / Unsplash

Les discutions sur l’IVG ne sont pas autorisées par le règlement interne

Cette décision n’est pas nouvelle. Meta l’a mise en place en 2019, mais la règle n’avait jamais jusque là été évoquée dans la presse. Dans le détail, il est interdit aux employés « de discuter ou de débattre pour savoir si l’IVG est acceptable ou non, ou sur les points de vue politiques, religieux ou humanitaires sur le sujet », selon le règlement interne de l’entreprise que The Verge a pu consulter.

Des employés de Meta auraient tenté de remettre en question cette règle, après avoir vu que le droit à l’avortement était menacé aux États-Unis. Un document, publié par Politico au début du mois de mai 2022, indique que la Cour Suprême entend revenir sur l’une de ces précédentes décisions, qui protégeait le droit à l’avortement au niveau fédéral. Si la mesure passe, de très nombreux États comptent complètement interdire les IVG.

L’annonce inquiète grandement à l’intérieur du pays, et au sein de Facebook, les employés souhaiteraient pouvoir discuter du sujet. Les salariés ont déjà la possibilité de discuter « respectueusement » de certains sujets sensibles, tels que l’immigration, les droits de la communauté trans, et les mouvements anti-racistes comme Black Lives Matter. Mais le management s’oppose à élargir cette autorisation à l’avortement.

L’avortement serait « le sujet le plus conflictuel » abordé par les employés sur Workplace, et les publications à ce sujet figureraient parmi les plus « signalées », selon Janelle Gale, la directrice des ressources humaines de Meta. La DRH aurait déclaré lors d’une réunion avec tout le personnel de Meta, organisée jeudi 19 mai, que « même si les personnes sont respectueuses et essaient d’être respectueuses à propos des points de vues sur l’avortement, [ces discussions] peuvent tout de même mettre mal à l’aise certains employés et leur donner l’impression d’être attaqués par rapport à leur genre ou à leur religion », rapporte The Verge.

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Une pancarte pendant une manifestation en soutien au droit à l’IVG, qui dit « l’avortement fait partie des soins de santé » // Source : Gayatri Malhotra / Unsplash

Facebook n’a pas pris la parole sur le sujet

Les employés de Facebook ne peuvent donc pas parler de l’avortement sur Workplace, mais ils sont néanmoins autorisés à en parler au travail dans certaines situations très encadrées. Naomi Gleit, l’une des vice-présidentes de Meta, a précisé quelques jours après l’annonce de Politico le cadre dans lequel ces discussions pouvaient avoir lieu. Les employés peuvent aborder le sujet de l’avortement pendant leurs heures de travail avec « un collègue de confiance dans un cadre privé », ou bien lors de « groupes de parole, avec au maximum 5 personnes d’accord sur le sujet, dans un acte de solidarité ». Les employés sont cependant autorisés à partager leur point de vue publiquement sur les réseaux sociaux.

Contrairement à d’autres entreprises, qui ont immédiatement après la parution de l’article de Politico annoncé leur intention d’aider leurs employés à avoir accès à des IVG, même s’ils habitaient dans des États où l’avortement pourrait être interdit, Facebook n’a pas pris publiquement la parole sur le sujet. Naomi Gleit a seulement précisé que la compagnie « continuerait d’offrir à ses employés un accès aux soins de santé en matière de reproduction, peu importe leur lieu de résidence ». Une formulation vague, qui ne dit pas clairement si les frais pour aller avorter dans un autre État pourraient être pris en charge.

Certaines entreprises ont, après la parution de l’article de Politico, annoncé leur intention d’aider leurs employées à avoir accès à des IVG, même si ces derniers habitaient dans des États où l’avortement pourrait être interdit. Facebook n’a pas pour l’instant pris publiquement la parole sur le sujet.

Sheryl Sandberg, la numéro 2 de l’entreprise, a bien pris la défense de l’IVG sur sa page Facebook, en expliquant que l’avortement était un « droit fondamental », mais Meta est restée silencieuse. La décision de ne pas autoriser les discussions sur le sujet en interne a, de plus, frustré un bon nombre de salariés, selon The Verge. Dans une publication sur Workplace, à laquelle The Verge a eu accès, une employée explique se sentir « isolée » à cause de cette règle. « Toute cette situation […] est déshumanisante, et dystopique. »