La commission nationale de contrôle de la campagne a demandé au candidat de supprimer certains de ses messages sur les réseaux sociaux. La raison ? Un mélange des genres entre candidat et président que la commission n’a pas aimé.

Le 3 mars, Emmanuel Macron levait le doute sur sa candidature à l’élection présidentielle de 2022 à travers une « lettre aux Français ». Le document, publié sur le site de campagne du candidat, a aussi été partagé sur ses réseaux sociaux, à travers Facebook et Twitter.

Mais le 11 mars 2022, les publications contenant cette fameuse lettre ont été supprimées de plusieurs réseaux, tout comme certaines photos. La biographie du compte d’Emmanuel Macron a même été changée sur Twitter. Que s’est-il passé pour que ces changements s’opèrent subitement ? La raison est à chercher du côté de la CNCCEP. La Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle a en effet fait savoir aux équipes d’Emmanuel Macron que tout n’était pas parfaitement en règle avec les comptes du président.

De la « propagande électorale »

Pour la CNCCEP, les publications liées à la campagne d’Emmanuel Macron n’avaient pas leur place sur son compte officiel, où il a partagé depuis le début de son mandat ses activités et actions en tant que président.

Dans un communiqué de presse publié sur son site le 11 mars, la commission explique avoir observé que le message contenant la Lettre aux Français d’Emmanuel Macron « se rattachait à la propagande électorale et que, compte tenu des caractéristiques de l’utilisation de ce compte Twitter, utilisé de longue date et de façon prépondérante pour relayer des messages afférents à l’exercice de ses fonctions de Président de la République, il était préférable de ne pas utiliser ce compte pour y diffuser de tels messages. »

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Une capture d’écran du tweet d’Emmanuel Macron contenant sa « Lettre aux Français » avant sa suppression // Source : Web Archive

La commission demande dans son communiqué aux équipes du président de « s’abstenir d’utiliser ce compte pour diffuser des messages se rattachant à la propagande électorale pendant la durée de la campagne », et d’utiliser de préférence un autre compte, dédié à la campagne, afin de faire passer ces messages.

Plusieurs messages enlevés et des photos changées

La commission précise également que le message a été envoyé aux équipes du président le 7 mars. Or le tweet était encore en ligne le 11 mars au matin, comme l’a relevé le journaliste Alexandre Léchenet. Le tweet a été supprimé peu de temps après. Les équipes du président ont donc, semble-t-il, attendu la dernière minute pour faire le ménage sur les comptes du président.

Si le tweet contenant la déclaration de campagne d’Emmanuel Macron était la seule expressément mentionnée dans le message de la CNCCEP, ce n’est pas le seul a avoir été supprimé.

Le Parisien a ainsi relevé que le message contenant la « Lettre aux Français » a disparu de Facebook et que les photos de profil du compte d’Emmanuel Macron sur Instagram, Tiktok et Twitter ont été changées : il ne s’agit plus des images de campagne du candidat, mais de la photo du président.

Les biographies sur ces trois réseaux sociaux ont également été changées : on peut désormais lire « Pour suivre l’actualité de ma campagne, rendez-vous sur @avecvous [son compte de campagne officiel, ndlr] », alors qu’avant, il était indiqué qu’Emmanuel Macron était « candidat pour un second mandat @avecvous ».

Une situation qui pourrait toucher les autres candidats ?

Emmanuel Macron pourrait ne pas être le seul dans cette situation : la plupart des candidats occupent une fonction politique officielle, et n’utilisent pas de compte dédié à leur campagne pour tweeter. Valérie Pécresse est présidente de la région Île-de-France, Anne Hidalgo est maire de Paris, Jean-Luc Mélenchon est député, Yannick Jadot est député européen, et tous sont dans la même situation.

Pour l’instant, la CNCCEP n’a pas précisé si les autres candidats pourraient être également amenés à utiliser d’autres comptes. Il reste cependant évident qu’en tant qu’actuel président, les actions d’Emmanuel Macron sont plus lourdes de conséquences.

C’est la première fois qu’une telle situation arrive : en 2017, François Hollande, qui était alors le président sortant ne s’est pas représenté, et en 2012, une telle polémique n’a pas eu lieu.

La situation d’Emmanuel Macron aurait certainement pu être évitée : le président aurait pu utiliser le compte @Elysee, le « compte officiel de la Présidence de la République française et du Palais de l’Élysée », sorte d’équivalent du @Potus américain, et ne garder son compte personnel que pour partager que des messages moins « présidentiels ».