Londres a décidé de ne plus suivre la piste du traçage des contacts reposant sur une architecture centralisée, rapporte un journaliste de la BBC. À la place, le Royaume-Uni s'en remet à la solution conçue par Google et Apple.

Le Royaume-Uni ne donnera aucune suite à son application de traçage des contacts reposant sur un modèle centralisé. C’est ce qu’annonce jeudi 18 juin Rory Cellan-Jones, journaliste britannique à la BBC, dans un message publié sur Twitter. Le système de santé britannique (NHS) a décidé de basculer sur la solution alternative proposée par Apple et Google et qui suit une logique décentralisée.

Ce revirement n’est pas exactement une surprise, dans la mesure où il est apparu dès le début du mois de mai que les autorités sanitaires outre-Manche s’étaient lancées dans un tout nouveau chantier technique pour utiliser le protocole imaginé par les deux entreprises américaines. Cela, alors même que le pays était déjà doté d’une application de traçage des contacts, en cours de test.

Toujours selon le journaliste de la BBC, la NHS a évalué les deux applications et a fait le constat que l’application reposant sur une logique centralisée s’avérait faiblarde pour la reconnaissance des iPhone, vraisemblablement parce qu’Apple cloisonne iOS et ne donne pas accès au Bluetooth en permanence. Cela, la solution fournie par Google et Apple n’est pas la panacée, avec des soucis de mesure.

Le traçage des contacts, ou contact tracing en anglais, consiste à remonter les chaînes de transmission du virus entre les individus.

Cette méthode, conduite jusqu’à présent via des enquêtes épidémiologiques de terrain ou par téléphone, peut aussi s’organiser au moyen d’une application mobile, en évaluant la durée et la proximité d’un contact avec d’autres personnes, via un logiciel qui exploite les caractéristiques des smartphones — comme une liaison Bluetooth ou une localisation par GPS.

Si le système apprend qu’une personne est malade du coronavirus, alors il est en mesure de diffuser une notification à tous les individus qui ont été en contact rapproché avec elle, à condition bien sûr que toutes ces personnes se servent de l’application de traçage des contacts, afin de les mettre en garde et de leur expliquer ce qu’ils doivent faire : s’isoler et prendre contact avec un médecin.

Mesh communication
Le principe de fonctionnement simplifié d’une application de traçage des contacts, par liaison Bluetooth. FireChat

 

Ces notifications passent par un système de gestion d’identifiants pseudonymisés, pour protéger la vie privée des utilisateurs et des utilisatrices. Or, c’est sur cette gestion que se fonde le désaccord de Paris. Le gouvernement souhaite avoir la main sur ces identifiants, via un système central, là où Apple et Google optent pour une approche décentralisée, où ces identifiants résident dans les smartphones des individus.

La France, isolée en Europe

Cette annonce est un coup dur pour la France, qui désormais apparaît bien isolée sur la scène internationale, et notamment européenne. Avec la toute récente défection de Londres, L’Hexagone est aujourd’hui le seul grand pays du Vieux Continent à miser sur une architecture de traçage des contacts centralisée. Tous les autres pays qui envisageaient cette approche, comme l’Allemagne, ont fini par y renoncer.

C’est aussi une mauvaise nouvelle pour Cédric O. Le secrétaire d’État au numérique s’était appuyé fin mai sur l’exemple britannique dans son discours devant les parlementaires pour défendre les orientations techniques et philosophiques soutenant StopCovid. Il suggérait alors que cette faculté de se passer de la proposition d’Apple et de Google était une démonstration de souveraineté effective.

Cédric O 27 mai 2020
Cédric O, le 27 mai 2020. // Source : Assemblée nationale

« 22 pays ont à ce jour choisi de développer une solution de protection des contacts qui s’appuie sur l’interface développée par Apple et Google. 22 pays mais pas la France ni le Royaume-Uni », déclarait-il le 27 mai dernier, en faisant observer que ces deux pays sont aussi détenteurs de l’arme nucléaire — dont la mise en œuvre à travers la dissuasion est l’aboutissement ultime de la souveraineté.

« Ce refus n’est pas un refus dogmatique. Il n’intervient pas, en soi, parce qu’il s’agit d’Apple et de Google. Mais parce qu’une grande entreprise, aussi performante soit-elle, n’a pas à contraindre les choix de politique sanitaire d’une nation souveraine. Et parce que pour garantir la sécurité des données des Français et l’efficacité sanitaire du dispositif, la France a fait le choix de l’indépendance », ajoutait-il.

Cet isolement n’est pas sans incidence sur le terrain sanitaire : alors que les frontières internes de l’Union européenne rouvrent, la France est pour l’instant mise à l’écart, car elle ne peut pas faire dialoguer StopCovid avec les autres applications européennes de traçage des contacts, qui misent toutes sur l’approche de Google et Apple. Alors même qu’elle est un carrefour du continent et un pays très touristique.

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