La mairie de Levallois-Perret, au cœur de l'affaire Balkany, affiche un alias étonnant sur Google Maps : « Mairie corrompue de Levallois-Perret ». Une affaire qui semble dépasser le simple Google Bombing -- corrigée par Google Maps après la parution originale de notre article.

Mise à jour du 29 novembre  : Contacté par Numerama, Google a admis le souci, qui est en cours de correction — nous avons constaté que la requête était toujours suggérée aux alentours de 16h. Une porte-parole du service Maps en a profité pour apporter  des précisions sur la nature du problème.

Pour le géant de Mountain View, il s’agit comme nous en faisions l’hypothèse d’une dérive du système des Local Guides. Ces utilisatrices et utilisateurs actifs sur la plateforme peuvent gagner un niveau de confiance élevé et leur contenu est alors de moins en moins modéré par les autres utilisateurs. Mieux encore : si des utilisateurs sont d’accord avec la modification, ici une farce polissonne, ils peuvent approuver la suggestion qui sera alors publiée. Google dit travailler sur des méthodes pour éviter ce type de détournement, mais la contribution des Local Guides fait aussi la richesse et la précision de Google Maps : se couper d’eux serait une erreur.

Article original : C’est un drôle de sujet qu’un lecteur nous a communiqué ce matin. En cherchant son chemin pour rejoindre la mairie de Compiègne, il s’est aperçu au moment d’entrer la lettre C qu’une mairie avait un nom étonnant dans les suggestions : « Mairie corrompue de Levallois-Perret  », peut-on lire sur sa capture d’écran. Nous nous sommes empressés de reproduire la manipulation et c’est tout à fait exact : la mairie de Levallois-Perret, celle au cœur des nombreuses affaires impliquant les époux Balkany, apparaît avec cette requête.

La Mairie corrompue de Levallois-Perret // Source : Capture d’écran Numerama

Une prise de position politique de Google ? Non, bien entendu. D’autant que le problème semble plus complexe qu’un simple Google name bombing, où des internautes se coordonnent pour influencer un résultat, car la recherche Mairie de Levallois renvoie bien à un lieu Mairie à Levallois. Ce même lieu « Mairie » auquel la recherche Mairie corrompue de Levallois Perret renvoie : cette recherche semble donc être un alias — le nom officiellement enregistré par Google est un nom classique pour une mairie de ville.

Google Bombing ou algorithme chenapan ?

Alors que se passe-t-il ? Nous avons contacté Google et nous sommes dans l’attente d’une réponse officielle. Mais en réalité, tous les symptômes sont réunis pour qu’on ait une bonne idée de l’origine du calembour : Google Maps enrichit ses résultats avec des contenus trouvés sur le web. C’est par exemple comme cela qu’en tapant un mot clef, vous pouvez être renvoyé sur un lieu qui n’aurait pas défini ce qu’il est. Comme un magasin qui pourrait être référencé avec la recherche magasin d’outils, même s’il n’a ni magasin, ni outil dans son nom et qu’il n’est pas spécialisé dans le bricolage (mais possède quand même un rayon).

Pour trouver ces informations, Google se sert dans les commentaires de l’application, sur les blogs, les réseaux sociaux et dans les médias. Jusqu’à des dérives qui avaient été relevées en 2015 par les médias anglophones : taper des injures racistes dans Google Maps renvoyait à des lieux fréquentés par des Noirs. Jusqu’à la Maison Blanche, quand le locataire était encore le président Barack Obama. Google avait alors reconnu les problèmes de son algorithme et ajusté son comportement sur certains mots-clefs : cela n’avait aucun sens que le moteur fasse une corrélation forte entre des propos tenus par des personnes racistes sur le web et un lieu public qui prenait alors cet alias, en plus de son nom officiel.

Cette séquence qui date de 2015 devrait être du passé. Mais en l’état, elle semble ressurgir avec la mairie de Levallois : les mots clefs liés à la corruption de la mairie et des Balkany sont nombreux dans les articles publiés. Même les articles évoquant la condamnation de Patrick Balkany pour blanchiment aggravé de fraude fiscale mentionnent les accusations de « corruption et prise illégale d’intérêts  » qui n’ont pas été retenues.

L’hypothèse Local Guide

Une autre hypothèse pourrait se trouver du côté d’un Local Guide malicieux, formulée pour Numerama par Fabien Nicollet, créateur de Maps Pro et développeur pour Business Geografic. En effet, Google fait confiance à des utilisatrices et utilisateurs qui enrichissent Maps pour améliorer les suggestions et mieux orienter les gens. La validation des informations se fait par du crowd-sourcing, Google faisant confiance au pouvoir de la communauté pour s’auto-modérer. Mais plus les Local Guides prennent du galon en s’investissant dans Google Maps, plus ils gagnent en réputation, plus ils ont de liberté.

Coïncidence : les fonctionnalités intégrées à Maps pour les Local Guides sont en partie héritées de Map Maker, un service Google justement fermé en 2015 parce qu’il avait été à la source d’autres dérives, « vandalisant  » certains résultats de recherche sur Maps.

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