Le Parquet de Paris doit se pencher sur le contenu d'un groupe Facebook qui était composé de plus de 50 000 hommes. Ils s'y échangeaient des photos et contenus dégradants et violents sur les femmes et jeunes filles.

Depuis des mois voire des années, Facebook peine à lutter contre un groupe Facebook particulièrement problématique. Baptisé « Femmes indignes 6.0 résurrection », il a regroupé jusqu’à 56 000 hommes en 2017. Ils partageaient des propos et images dégradants, sexistes et violents. 20 Minutes explique dans une enquête publiée ce 5 juillet que la justice s’est également penchée sur le sujet.

Propos misogynes et incitations à la violence

Le média raconte que les membres appelaient les femmes de « LV » — pour signifier « lave-verge » ou « lave-vaisselle  » –, des « salopes », « chiennes » ou encore des « trous ». Le groupe mêlait des faits de revenge porn, des appels à la violence physique ou sexuelle contre les femmes, des propos misogynes et réducteurs à leur égard, des humiliations de femmes battues et glorifications des abus sexuels sur mineures.

Image d’illustration. // Source : Pixabay

Le groupe était évidemment interdit aux femmes et il s’agissait d’un groupe secret : seuls les hommes invités par un autre membre pouvaient y accéder.

Deux plaintes ont dû être déposées par le Collectif féministe contre le viol. La première date de novembre 2017, pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » et «  mise en péril de mineurs ». La plainte a été classée sans suite, car rien ne permettait selon les enquêteurs de déterminer s’il y avait bien eu des victimes mineures. Une seconde plainte a donc été déposée le mois suivant pour « provocation à la haine ou à la violence en raison du sexe » et « injure publique en raison du sexe ».

La BRDP (brigade de répression de la délinquance sur la personne) a été saisie à ce sujet en mai 2018 par le Parquet de Paris. L’enquête est aujourd’hui terminée et le Parquet doit analyser ses conclusions.

Deux plaintes et un sentiment d’impuissance

Facebook a expliqué de son côté avoir fermé le groupe en 2018, après plusieurs signalements. Les raisons avancées sont la nudité et la pornographie mais le réseau social ne mentionne pas les faits de violence ou de revenge porn.

Les avocats du Collectif féministe contre le viol, Eric Deprez et Marine Duponcheel, ont expliqué à 20 Minutes que Facebook avait peu coopéré. Le réseau social n’aurait pas voulu donner l’identité des administrateurs et membres actifs du groupe alors qu’il collabore assez largement avec les autorités françaises pour les enquêtes — quelques 10 000 demandes ont été faites en 2018, avec près de 70 % qui ont abouti.

Cette posture de Facebook n’est pas nouvelle : jusqu’à présent, l’entreprise s’est montrée très frileuse sur le fait de transmettre des identités à la justice, sauf dans des cas de terrorisme ou pédopornographie — et notamment parce qu’elle est aussi tenue de protéger la vie privée de ses clients si une affaire non légitime demande des données. En juin, Cédric O, secrétaire d’État au numérique, s’est exprimé à ce sujet. Il a dit que Facebook s’engagerait à fournir les adresses IP des personnes concernées lorsque la justice l’exige. Les cas de cyberviolences étaient concernés.

Le 6e groupe du genre sur la plateforme

Les avocats ont partagé leur sentiment d’impuissance. Le groupe ne s’appelait pas 6.0 pour rien : il s’agissait du sixième groupe du genre créé sur la plateforme. Facebook a eu beau en supprimer, ils sont aussitôt réapparus, sur Facebook ou d’autres réseaux sociaux comme Twitter.

Facebook a beaucoup fait ces derniers mois pour valoriser les groupes. De nombreuses fonctionnalités comme les stories, une banque à mèmes pour ados ou l’application de partage de photo Moments n’ont pas eu le succès escompté. Les groupes en revanche sont extrêmement populaires et les autres plateformes n’ont pas encore réussi à les imiter. Le problème c’est que plus ces groupes sont nombreux, plus Facebook a du pain sur la planche en matière de modération.

Comment modérer ces groupes ?

Théoriquement, Facebook n’est pas tenu de mener des actions proactives pour les modérer. Parce que la loi considère la plateforme comme un simple hébergeur, elle n’est obligée d’effacer que les contenus violant la loi qui lui ont été préalablement signalés par des internautes. Ou qui enfreignent ses standards — comme la pornographie.

Cette méthode pose aujourd’hui question. Un groupe comme « Femmes indignes » aurait pu longtemps passer inaperçu si ses utilisateurs étaient suffisamment malins pour ne déclencher aucune modération algorithmique. Si l’on ignore la date de création de la première version du groupe, un compte Twitter de secours repéré par 20 Minutes laisse penser qu’il daterait d’au moins 2013.

Cette page Twitter de secours date de 2013. // Source : Capture d’écran Twitter / Numerama

Cette longévité est logique. Il s’agissait d’un groupe dont les membres étaient cooptés les uns les autres. Comme le groupe était secret, seules ces personnes auraient pu signaler des propos haineux ou violents. Or pourquoi l’auraient-ils fait s’ils partageaient les avis violents et sexistes exprimés ?

La question des sanctions se pose également. Facebook n’avait pas d’autre choix que de supprimer les contenus. Cependant, la plateforme semble plus frileuse à poursuivre le travail pour empêcher ses créateurs et membres actifs de sévir de nouveau. En refusant de donner leurs adresses IP, elle prend le risque d’une récidive.

Les responsables du groupe qui seront identifiés malgré tout encourent des peines variables. L’injure publique (car selon les avocats, le groupe était suffisamment gros pour être considéré comme public) sexiste est punie de 6 mois de prison et 22 500 euros d’amende.

Contacté par Numerama, Facebook n’a pas encore répondu à nos questions sur le sujet.

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