La CEO de YouTube, Susan Wojcicki, s'est exprimée sur une affaire d'homophobie très médiatisée. Elle explique pourquoi la plateforme a décidé de garder des vidéos problématiques en ligne.

Faut-il supprimer tous les contenus homophobes de YouTube ? La réponse pourrait sembler au premier abord évidente. Dans une interview publiée par Recode lundi 10 juin, la CEO Susan Wojcicki explique que c’est selon elle plus complexe qu’il n’y paraît. Elle estime que trop chercher à sanctionner les propos LGBTphobes risquerait d’aboutir à une forme de censure. En conséquence, il vaudrait mieux tolérer des discours qui violent pourtant ses propres conditions d’utilisation.

La réaction en demi-teinte de YouTube

Cette prise de position fait suite à une affaire très médiatisée, qui a éclaté le 5 juin. Carlos Maza, un journaliste gay, a raconté qu’il était harcelé par un youtubeur conservateur américain nommé Steven Crowder. Ce dernier est spécialisé dans les commentaires d’actualité et compte 3,8 millions d’abonnés. Il a eu des propos homophobes de manière répétée à l’égard du journaliste. Dans ses vidéos, il l’imite avec des voix aiguës, le traite d’«  homo qui zozote » ou compare sa façon de manger des chips au fait de « manger des bites ». Il vend également sur son site des t-shirts avec des messages homophobes.

Le youtubeur Steven Crowder. // Source : YouTube/StevenCrowder

Susan Wojciki s’est exprimée à ce sujet 5 jours plus tard au micro de Recode. Elle s’est d’abord dite «  extrêmement désolée  » de la réaction de YouTube. Suite à la publication de tweets par Carlos Maza, la plateforme avait dans un premier temps expliqué que les vidéos concernées n’étaient pas contraires à son règlement — celui-ci proscrit pourtant en théorie le harcèlement, ainsi que l’homophobie.

La chaîne a ensuite été démonétisée, ce qui reste une sanction limitée. Selon les règles de YouTube, les contenus qui incitent à la haine (l’emploi d’insultes étant intégré à cette catégorie) sur la base d’une orientation sexuelle doivent être supprimés et non pas seulement démonétisés. Il devrait en être de même pour le harcèlement. Certaines règles ont été durcies le 5 juin pour lutter contre les discours de haine.

Trop de contenus à supprimer

« Si l’on supprime ces contenus, le problème, c’est qu’il y aura tellement d’autres contenus qu’il faudra supprimer », a lancé la CEO. « Je pense que nous perdrions beaucoup de diversité d’opinions et je ne pense pas que ce soit une bonne solution », a-t-elle précisé, avant d’admettre qu’on trouvait sur YouTube de nombreux contenus ne respectant pas les règles du site.

Cet équilibre entre censure et liberté d’expression n’est visiblement pas toujours simple à trouver. Il pose beaucoup question au sujet de l’extrême-droite notamment, chez YouTube comme sur d’autres réseaux sociaux. Concernant les propos homophobes cependant, les critères de suppression d’une vidéo devraient être clairs.

Une plateforme bienveillante ?

Susan Wojcicki ne semble pas vraiment prendre la mesure du problème. Sous-entendant que les journalistes se focalisaient un peu trop sur les aspects négatifs de YouTube, elle a dit : « Il y a aura toujours des gens qui veulent écrire des histoires étant donné notre importance aujourd’hui  ». « Nous avons plein de contenus publiés qui sont de très bons contenus mais les articles de presse parlent presque tous des 1 % de [vidéos] qui n’en sont pas  », a-t-elle regretté.

La CEO de YouTube a rappelé que la plateforme avait toujours été, selon elle, un environnement «  ouvert » aux communautés LGBT. Des scandales ont pourtant déjà éclaté à ce sujet. À l’été 2018, l’entreprise avait dû s’excuser pour avoir démonétisé sans raison des vidéos sur ou faites par des personnes LGBT et avoir laissé des annonceurs diffuser des publicités homophobes.

La nouvelle affaire a eu un retentissement particulier car elle a été dévoilée en plein «  mois des fiertés », un événement qui vise à donner plus de visibilité aux personnes LGBT et à rappeler qu’elles sont victimes de discriminations. Suite aux propos homophobes et racistes qui l’ont visé, le journaliste Carlos Maza a été harcelé. Pour lui, les réactions de YouTube sont influencées par des motivations capitalistiques. « YouTube est conçu pour récompenser les contenus discriminants qui génèrent beaucoup d’engagement. Cela récompense les harceleurs », affirme-t-il.

Partager sur les réseaux sociaux