Il n'aura fallu qu'un tweet pour que le compte du très surveillé Elon Musk déchaîne les passions de l'extrême droite américaine.

« Qui *contrôle* la presse d’après vous ?  » Ce tweet n’a pas été écrit par Donald Trump, un éditorialiste d’extrême droite ou un tribun populiste. C’est une réponse du milliardaire et patron de Tesla et SpaceX Elon Musk à Joshua Topolsky, journaliste et fondateur de The Verge (Vox Media) et The Outline (indépendant). La question de M. Topolsky était pourtant simple : « Vous êtes très intelligent et j’aimerais que vous réfléchissiez à cela quelques secondes : pensez-vous que les puissants ont pour intérêt de soutenir la presse qui dévoile leurs mensonges ou détruire la presse pour que leurs mensonges soient plus faciles à faire avaler ? »

Rattrapé par l’extrême droite

Au lieu d’une réponse, M. Musk a choisi l’invective. Et, aux États-Unis, ce *owns* entre étoiles a lancé deux mouvements. Le premier, plutôt issu du milieu des médias, tente d’éclaircir le point de vue d’Elon Musk : voulait-il se référer au sujet de la question de M. Topolosky, à savoir, « les puissants  » ? Ou a-t-il tout simplement fait une allusion antisémite, en sous-entendant les Juifs  ?

C’est en tout cas ce qu’a retenu le deuxième mouvement, en l’absence de précision dans un premier temps d’Elon Musk. Le tweet a lancé une vague de réponses de l’extrême droite américaine, jusqu’à toucher des militants français, dans une forme classique : des mèmes antisémites et des messages autoréférencés.

Compilation de réponses

Parmi eux, on trouve le fameux /our guypopularisé par l’alt-right, et qui est une version contractée de « Is He /Our Guy  ?/ » (Est-il l’un de nos gars ?). D’après KnowYourMeme, il s’agit d’un signe de ralliement né sur le site communautaire 4chan quand un des membres reconnaît qu’une personne publique leur a adressé un signe. Dans le cas présent, ce serait donc que la tournure de la phrase d’Elon Musk est un signe que le milliardaire se reconnaît dans les thèses antisémites et « antisystème  » portées par ces militants.

Ce n’est pourtant pas le cas et une autre réponse, survenue bien trop tard pour endiguer le flot de tweets, vient enfin préciser la pensée du CEO de Tesla : « Le contexte est très clair, j’évoquais les « puissants » mentionnés par l’apprenti journaliste et porte-parole de Rodin (sic) Joshua Topolsky. Ceux qui voient de l’antisémitisme dans ce que j’ai dit affichent simplement leur propre sectarisme  ». Contacté par Numerama, M. Topolsky nous avait donné une première réponse avant de voir les précisions d’Elon Musk : « Il a l’air heureux de laisser des nazis et l’alt right croire qu’il faisait référence ‘aux Juifs’ ou à quelque chose du genre  ».

Twitter étant ce qu’il est, la précision a bien moins d’impact que la première déclaration. À l’heure où ces lignes sont écrites, le tweet initial compte plus de 2 500 réponses, 5 000 retweets et 14 000 « J’aime ». La clarification dépasse à peine les 200 réponses, 400 retweets et 2 500 « J’aime ».

La mauvaise affaire

Cette affaire qui a démarré à cause de l’invective d’Elon Musk contre la presse, le milliardaire ayant évoqué très sérieusement l’idée d’un service de notation pour les médias et les journalistes, n’arrange finalement pas les affaires du patron de SpaceX. L’extrême droite américaine n’est jamais un allié désirable, même si leur interprétation est fausse et que son interprétation de la déclaration n’est pas soutenue par Elon Musk.

Son image auprès du public est une donnée importante qui a été parfaitement maîtrisée jusqu’à aujourd’hui : on le perçoit volontiers comme un milliardaire sympa qui veut sauver l’humanité avec de nombreux projets qui, à juste titre, font rêver.

Peut-être le temps est-il venu pour Ol’Musky de faire une pause sur les réseaux sociaux ?

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