La présidente du Conseil national du numérique, Marie Ekeland, a démissionné. Quelques jours auparavant, le gouvernement réclamait le départ de Rokhaya Diallo du Conseil.

Le Conseil national du numérique traverse une grave zone de turbulence. Alors que cet organisme chargé d’éclairer le gouvernement sur les sujets du numérique devait profiter en cette fin d’année d’une nouvelle impulsion, avec une nouvelle présidente et un effectif largement renouvelé, Le Bondy Blog a révélé mardi 19 décembre que sa nouvelle présidente, Marie Ekeland, a démissionné.

Ce départ a été confirmé par l’intéressée elle-même, dans une publication sur le site du Conseil national du numérique : « J’ai présenté aujourd’hui ma démission afin de laisser la place à une autre vision au CNNum ». L’intéressée avait été pourtant nommée récemment à ce poste : mais son départ est la conséquence de l’ingérence du gouvernement dans la composition de cette structure consultative.

Le refus du gouvernement

En effet, l’exécutif n’a pas supporté le choix de Rokhaya Diallo. Dans un communiqué publié le 13 décembre, Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au numérique, demandait « à la présidente du CNNum de proposer une nouvelle composition du Conseil », estimant que « les derniers échanges sur la composition du Conseil soulignent que ces conditions ne sont pas pleinement réunies » et que l’instance « a besoin de sérénité pour travailler ».

Pourtant, Mounir Mahjoubi avait laissé entendre qu’une liberté d’appréciation était laissée à Marie Ekeland, « en intégrant des points de vue dont certains peuvent être différents de ceux du gouvernement ». Mais il faut croire que le point de vue de Rokhaya Diallo, qui traite de la question du racisme, était trop aux antipodes de la marge de manœuvre laissée par le gouvernement sur cette instance.

L’annonce de son départ a été l’occasion pour Marie Ekeland de revenir sur cette affaire, essentiellement alimentée par la présence de Rokhaya Diallo mais aussi, dans une moindre mesure, par celle de Hicham « Axiom » Kochman, un rappeur engagé qui a fondé une startup et profite de sa musique pour revendiquer l’égalité des droits. « J’ai été choquée par les caricatures auxquelles Rokhaya Diallo et Axiom ont été réduits : elles n’ont rien à voir avec ce qu’ils sont vraiment ».

« Les débats démocratiques sur ces sujets me paraissent trop rares, aujourd’hui je comprends mieux pourquoi ils le sont. Les réactions qui ont suivi cette nomination me font mesurer à quel point […] dans notre pays, nous ne voulons pas entendre des voix dissonantes. À quel point nous ne savons plus débattre sereinement de nos divergences de vue. À quel point nous avons du mal à nous mettre à la place des autres. À quel point réseaux sociaux et immédiateté du jeu politique alimentent la violence de la parole et la stigmatisation », ajoute-t-elle.

« Je ne vois pas aujourd’hui, comment continuer à le porter en maintenant son essence et de bonnes chances de réussite »

« Je ne vois pas aujourd’hui, comment continuer à le porter en maintenant son essence et de bonnes chances de réussite. […] Il a été violemment accueilli par certains, qui y voyait une position là où il n’y avait que l’ouverture d’un dialogue dans un cadre de réflexion bénévole, orienté vers l’intérêt général. La violence de cette réaction a profondément déstabilisé le projet dans son ensemble », continue-t-elle.

Pour Marie Ekeland, il est impossible d’assurer l’indépendance du CNNum avec la forme actuelle de nomination et de fonctionnement fixée par décret : en effet, ses membres sont nommés par arrêté du Premier ministre, sur proposition du ministre chargé du numérique. Quant à son secrétariat, les frais de fonctionnement sont pris en charge par une direction du ministère français de l’économie et des finances.

Comment, en ayant les pieds et poings liés, espérer « formuler de manière indépendante et de rendre publics des avis et des recommandations », comme le formule le décret ?

À lire sur Numerama : Qui est Marie Ekeland, la première présidente du Conseil national du numérique  ?

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