Défendant la « sérénité de travail », le secrétaire d'État au Numérique exige une nouvelle équipe pour le Conseil National du Numérique. L'équipe présentée par Mme Ekeland en début de semaine a déjà provoqué des réactions vives à l'Assemblée Nationale.

À peine quelques jours après la constitution d’une première équipe pour le Conseil National du Numérique, Marie Ekeland, sa nouvelle présidente, va devoir revoir sa copie. Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au Numérique en a fait la demande, choisissant, selon ses termes, de privilégier la « sérénité pour travailler » au sein du conseil.

Une équipe indépendante ?

Lors de la première liste de Mme Ekeland, la présidente avait pu, pour la première fois explique M. Mahjoubi, « composer son équipe, en intégrant des points de vue dont certains peuvent être différents de ceux du gouvernement.  »

D’abord libre de ses choix, Mme Ekeland se verrait finalement contrainte de choisir des membres qui n’inquiéteront pas l’Assemblée Nationale. Car derrière la demande du gouvernement, ce serait le cas de la nomination de Rokhaya Diallo, militante antiraciste et féministe, qui crisperait certains.

Valérie Boyer, députée LR, avait par exemple dénoncé cette nomination ainsi que celle du rappeur Axiom au sein du Palais Bourbon ce mercredi. L’élue dénonçait l’incohérence du gouvernement, nonobstant la liberté de choix de la présidente.

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CC Jean-Baptiste Bellet

Elle citait ce qu’elle considère comme des « contradictions  » au sein du gouvernement : pointant la plainte de M. Blanquer, ministre de l’Éducation Nationale, contre un syndicat parlant de « racisme d’État  » alors que Mme Diallo évoquerait elle-même ce concept.

L’opposition, mais également certaines personnalités de la majorité selon le Figaro, aurait ainsi vu dans cette nomination un soutien tacite du gouvernement à la militante. Alors même que la composition du Conseil relève de sa présidente afin que celui-ci puisse «  agir en indépendance, compte tenu de l’importance des sujets à traiter », selon M. Mahjoubi. Bénévoles, les membres du Conseil National du Numérique ne sauraient être des représentants du gouvernement, au contraire, ils constituent une commission consultative indépendante.

Le 12 décembre, Mme Diallo répondait déjà, par un tweet, aux accusations qui lui étaient faites : « Je n’ai pas le droit de collaborer avec les instituons de mon propre pays parce que j’ose dire publiquement qu’elles sont imparfaites ? Quelle étrange conception de la démocratie.  » Le rappeur Axiom quant à lui répondait également à Mme Boyer sur le réseau social, prévenant cette dernière de suites judiciaires.

Ce coup d’arrêt à l’indépendance du CNNum semble mettre en péril la volonté exprimée à sa nomination par Mme Ekeland de garantir dans son conseil une « pluralité des opinions » pour mener « un débat qui doit désormais aller au-delà des frontières historiques du numérique afin d’englober plus largement la société française et sa complexité  ». Ajoutant alors, dans son annonce Penser demain que cette condition serait « garante de l’indépendance de pensée du CNNum ».

Article publié initialement le 14 décembre 2017

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