Warner Bros et Disney ont porté plainte contre Triton Media, une société ayant fourni une assistance matérielle et des services dans le domaine de la publicité à neuf sites pirates. Les deux studios veulent que les annonceurs et les entreprises de ce secteur se responsabilisent et ne fassent pas d’affaire avec des projets flirtant avec la ligne jaune.

Frapper les pirates au porte-feuille. Non, ce n’est pas la dernière lubie de Brice Hortefeux en matière de sécurité, mais la tactique choisie par deux grands studios hollywoodiens, Warner Bros et Disney, pour combattre le piratage d’œuvres protégées par le droit d’auteur. Et pour cela, les deux sociétés ont porté plainte contre Triton Media.

Dans les faits, Triton Media n’a pas fourni lui-même de contenus piratés aux internautes. Cependant, Warner Bros et Disney reproche à la société d’avoir offert une « aide matérielle » à neuf sites accusés d’avoir fourni des copies illicites de leurs films. Par ailleurs, Triton Media est coupable, à leurs yeux, d’avoir fourni des services dans le domaine de la publicité en ligne.

Si les deux studios ont évidemment pris soin de porter plainte (.pdf) contre les neuf sites en question, ils veulent également que Triton Media soit tenu pour responsable parce que – selon eux – la société est à un moment ou à un autre impliquée dans la chaîne du piratage. Les sites en question ont des noms particulièrement équivoques, comme free-tv-video-online.info, watch-movies-links.net ou encore watchmovies-online.tv.

La question du rôle des annonceurs vis-à-vis des sites proposant des contenus piratés n’est pas nouvelle. L’an dernier, Luc Besson avait reproché à différents acteurs de soutenir implicitement le piratage parce qu’ils auraient « un intérêt financier à faire perdurer le système« . Le réalisateur-producteur avait cité Google et Allotrafific pour les publicités affichés et PriceMinister, l’un des annonceurs apparaissant sur le site de streaming BeeMotion.

« Ces sites (BeeMotion, ndlr) ne pourraient exister sans la complicité objective de bon nombre d’acteurs économiques français » avait jugé Luc Besson. « L’économie du piratage sur Internet est une longue chaîne d’acteurs qui, pour la plupart, n’apparaissent pas au grand jour mais tirent profit de cette activité illégale […]. De grandes entreprises françaises sont impliquées à tous les niveaux de la chaîne de valeurs […] Elles sont complices d’un délit, donc coupables, et doivent, dans un Etat de droit comme le nôtre, être condamnées et sanctionnées« .

La complainte de Luc Besson avait trouvé un écho favorable en la personne de Frédéric Lefebvre. Celui-ci avait officiellement demandé une commission d’enquête parlementaire sur les sites de streaming. Il avait ainsi expliqué que « six acteurs du net (hébergeur, régie publicitaire, annonceurs) » sont impliqués dans le piratage des films diffusés.

À l’époque, nous avions suggéré à Frédéric Levebvre de ne pas oublier d’autres acteurs impliqués dans l’existence de BeeMotion, comme l’EDF qui a fourni du courant électronique pour les serveurs du site, les entreprises de BTP qui ont déployés les câbles des data-centers, les revendeurs informatiques pour avoir vendu du matériel et même le Trésor Public qui a collecté de la TVA sur ces ventes.

Dans le cas de Triton Media, les studios veulent que les annonceurs et les entreprises travaillant dans le domaine de la publicité se montrent « responsables » et ne traitent pas avec n’importe qui pour faire des affaires. Mais encore faut-il que tous puissent savoir sur quels sites leurs publicités apparaissent. Ce qui est loin d’être le cas.

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