Dans une très longue vidéo, un vidéaste dénonce la pratique courante du plagiat sur YouTube. Il accuse notamment de nombreux youtubeurs d’avoir volé le travail d’autres, mais s’interroge surtout sur la popularité de la pratique, alors que les auteurs originaux sont encore rarement dédommagés.

Que se passe-t-il lorsque des influenceurs volent le contenu d’autres créateurs ? La plupart du temps, rien. C’est en tout cas ce que raconte Hbomberguy, un youtubeur britannique, au cours d’une très longue vidéo (3h50) dédiée au plagiat sur YouTube qui est sorti avec grand fracas. Un exposé fascinant sur une pratique extrêmement courante parmi les youtubeurs, dont le grand public n’a pas encore complètement conscience et qui est encore très rarement punie. Et, comme il le résume : « sur YouTube, si vous avez une bonne idée, elle ne sera pas à vous très longtemps ».

Le plagiat chez les youtubeurs, un fléau encore trop peu dénoncé

Si le plagiat sur les réseaux sociaux est encore aussi peu dénoncé, c’est avant tout parce qu’il est toujours difficile d’attraper les copieurs la main dans le sac. Comme l’explique Hbomberguy, « pour qu’un vol soit remarqué, il faut que quelqu’un voie le contenu copié, et fasse le rapprochement avec le contenu original ». Or, quand le contenu est perdu dans les limbes d’internet ou de YouTube, il est particulièrement difficile de se faire justice.

Hbomberguy parle ainsi dans sa vidéo de très nombreux créateurs de contenus ayant eu recours à du plagiat — certains étant de véritables stars de la plateforme, cumulant plusieurs centaines de milliers d’abonnés. C’est notamment le cas de Filip, un youtubeur et ancien journaliste d’IGN, qui aurait plagié plusieurs tests de jeu vidéo, notamment celui Dead Cells réalisé par un autre vidéaste, avant d’être renvoyé. Hbomberguy raconte également le conflit qui l’a opposé à un autre youtubeur, Luke Stephens, à propos du vol d’une vidéo sur Bloodborne, et l’histoire d’iilluminaughtii, une créatrice de contenus qui aurait plagié le documentaire de Netflix sur le Fyre Festival.

Mais Hbomberguy évoque surtout un cas important et emblématique du problème actuel du plagiat sur YouTube, et plus globalement sur Internet : celui de James Somerton. James Somerton est un youtubeur ouvertement gay, spécialisé dans les sujets sur la pop culture LGBTQIA+. Suivi par plus de 305 000 abonnés, il est très apprécié pour ses vidéos les plus fouillées et les plus longues — or, comme l’explique Hbomberguy, James Somerton ne produirait pas son contenu lui-même. D’après ses recherches, la majorité des vidéos de James Somerton seraient des plagiats. Elles reprendraient parfois mot pour mot des paragraphes entiers venant de livres ou d’articles, dont les auteurs ne seraient jamais cités.

Le youtubeur James Somerton est accusé de plagiat // Source : YouTube / James Somerton
Le youtubeur James Somerton est accusé de plagiat // Source : YouTube / James Somerton

Hbomberguy donne de nombreux exemples de plagiats, dont un particulièrement cocasse : une autrice, qui soutenait James Somerton sur Patreon en lui donnant régulièrement de l’argent, se serait un jour rendue compte que ce dernier avait complètement plagié son travail dans sa dernière vidéo.

Hbomberguy ne fait pas que dénoncer : il analyse également les excuses des youtubeurs pris en flagrant délit de plagiat. La plupart se dédouaneraient en expliquant avoir fait une erreur, en oubliant simplement de citer leur source. D’autres encore se cacheraient derrière une forme d’amateurisme, ou alors expliqueraient avoir simplement été inspirés par leurs sources, sans reconnaître le vol.

Le débat pour tracer la frontière entre l’inspiration et le vol n’est pas nouveau, et a d’ailleurs déjà servi d’excuse à de nombreux auteurs accusés de plagiat par le passé. Au final, ce n’est pas un commentaire seulement sur les youtubeurs, mais plus globalement sur toute l’industrie du divertissement. C’est d’ailleurs exactement ce qu’Hbomberguy explique dans son introduction : le plagiat existe depuis très longtemps, mais il est toujours très rare que les auteurs des contenus originaux reçoivent des compensations pour le vol de leur travail. Le dernier exemple en date remonte à 1980, lorsque deux écrivains, Harlan Ellison et Ben Bova, ont gagné leur procès contre la chaîne de télévision américaine ABC. Il n’y en a pas eu depuis.


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